La déclaration de David Zini sur l’obligation de loyauté des hauts fonctionnaires envers les élus a déclenché un vif affrontement politique : la droite salue « une vérité fondamentale en démocratie », tandis que la gauche et d’anciens hauts responsables de la sécurité mettent en garde contre une atteinte à l’intérêt général, à l’État de droit et à l’intégrité des institutions.
JDN
Les propos du chef du Shin Bet (Service de sécurité intérieure), David Zini, affirmant que l’une des raisons pour lesquelles il a accepté son poste était un sentiment d’aptitude particulière à « être loyal envers les élus », ont suscité une vague de réactions au sein de la sphère politique. La coalition exprime son soutien aux déclarations tranchées de Zini, tandis que l’opposition et d’anciens hauts responsables de la sécurité mènent une charge sévère.
Le ministre des Finances et président du parti Sionisme Religieux, Bezalel Smotrich, a déclaré que Zini « a dit la chose la plus évidente qui soit », à savoir que dans un État démocratique, les services de sécurité et les fonctionnaires sont subordonnés aux élus du peuple. Selon lui, ceux qui attaquent le chef du Shin Bet « invoquent le nom de la démocratie en vain » et cherchent à bafouer la loi qui stipule que le Shin Bet est subordonné au gouvernement. Smotrich a ajouté que la tempête autour de ces propos vient du fait que c’est « la première fois qu’un homme de son rang dit tout haut » que l’administration et le conseil juridique empêchent les élus de diriger le pays.
Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a écrit : « Enfin, le chef d’une haute organisation de sécurité dit la chose de base dans un État démocratique : je suis subordonné aux élus ». Ben Gvir a attaqué les détracteurs de Zini, affirmant qu’il s’agissait d’une réaction typique face à « la folie de la Haute Cour et de la conseillère juridique du gouvernement ».
Le président de la commission des Lois de la Knesset, le député Simcha Rothman, a également apporté son soutien total à Zini, déclarant que le chef du Shin Bet « dit une chose qui va de soi pour quiconque se soucie de l’État de droit ou de la démocratie ». Selon lui, le pouvoir exécutif doit être entre les mains d’un gouvernement élu et non d’une « oligarchie administrative et juridique ».
Une vive critique de l’opposition et des anciens de la sécurité
À l’inverse, les critiques ont été virulentes. L’ancien chef du Shin Bet, Yoram Cohen, qui se présente sur la liste de Gadi Eizenkot, a soutenu que Zini avait formulé « une critique acerbe et inquiétante sur sa propre nomination ». Selon lui, le fait de présenter la loyauté envers les élus comme une compétence majeure pour ce poste, tout en délaissant les valeurs d’impartialité de l’État et de la loi, est profondément préoccupant. Cohen a souligné que « la seule loyauté du chef d’un organe de sécurité et de tout titulaire d’une fonction publique va d’abord et avant tout à l’État d’Israël, à ses lois et à ses citoyens ».
La députée Naama Lazimi a elle aussi attaqué durement, affirmant que les propos de Zini prouvent que « le coup d’État institutionnel est déjà profondément ancré au sein du Shin Bet ». Selon elle, cela représente un danger pour la démocratie et la sécurité nationale, en particulier au cours d’une semaine où, d’après elle, le gouvernement « s’insurge contre l’État de droit ». Elle a ajouté que le chef d’une organisation de sécurité agissant selon l’agenda politique du pouvoir au lieu de servir les citoyens d’Israël constitue une menace pour l’intégrité des élections et pour les garde-fous institutionnels.
« Quiconque est prêt à vendre la sécurité du pays pour plaire au dirigeant sera renvoyé chez lui », a prévenu Lazimi. « Nous ne les laisserons pas briser les garde-fous. Nous gagnerons les élections et nous nettoierons le système de tous ceux qui ont failli. »
Le député Yoav Segalovitz, ancien chef de la division des enquêtes et du renseignement de la police, a réagi : « Le chef du Shin Bet, David Zini, a dit qu’il serait « loyal envers les élus ». La loyauté envers les élus n’est pas mentionnée dans la loi sur le Shin Bet. Le principe d’impartialité de l’État, oui. La subordination, oui, mais pas la loyauté. Ce n’est pas la même chose. La loyauté ? Cela appartient aux régimes sombres et obscurs. Le chef du Shin Bet doit être loyal envers l’État d’Israël, la loi et ses citoyens. »
Le président des Démocrates, Yair Golan, a affirmé : « David Zini ne peut plus continuer à diriger le Shin Bet. »
Golan a ajouté : « Cela fait des mois que je donne l’alerte. Hier soir, nous avons découvert des enregistrements qui ont révélé des moments de vérité pure. Le chef du Shin Bet n’est pas censé être loyal envers des politiciens. Ni envers Netanyahou, ni envers Ben Gvir, ni envers aucun gouvernement. Il doit être loyal envers l’État d’Israël, la loi et la sécurité du pays.
Si celui qui est à la tête du Service de sécurité intérieure déclare que son rôle est d’être loyal envers l’échelon politique, il sape la confiance du public dans l’une des institutions les plus cruciales du pays. C’est dangereux au quotidien, et plus encore à la veille d’élections. Ces derniers jours, et ce matin encore, nous entendons des ministres, dont le ministre de la Justice, appeler à désobéir à la Haute Cour. À présent, on entend des propos qui estompent la frontière entre la loyauté envers l’État et la loyauté envers le pouvoir.
Ce ne sont pas des événements isolés, c’est une seule et même vision : le démantèlement de l’impartialité de l’État, l’affaiblissement des garde-fous et la primauté de la loyauté politique sur l’État de droit. C’est pourquoi David Zini ne peut plus être le chef du Shin Bet et doit démissionner. Le gouvernement du changement que nous établirons ramènera tous les organes de sécurité à l’application du principe d’impartialité, qui est la loyauté exclusive envers l’État d’Israël. Pas envers un parti, pas envers un Premier ministre, ni envers un camp politique. Sans impartialité, il n’y a pas de Shin Bet. Sans État de droit, il n’y a pas de démocratie. »
Les propos de David Zini qui ont déclenché la polémique
Il a été révélé hier (mardi) que le chef du Shin Bet, David Zini, s’est exprimé récemment pour la première fois en détail sur sa décision d’accepter la direction du service. Il a expliqué que la raison principale pour laquelle il a répondu favorablement à la demande du Premier ministre était un sentiment de mission autour de la nécessité d’être loyal envers les élus et de mettre en œuvre leur politique.
Zini, diplômé du programme Churchill de l’Institut Argaman, s’est exprimé lors d’un événement de l’institut. Il a raconté que lorsque le Premier ministre lui a proposé de prendre la tête du Shin Bet, il a hésité en raison de sa position de longue date selon laquelle il est préférable que les directeurs progressent en interne au sein de l’organisation plutôt que d’être nommés « sans être passés par les tranchées ».
« À première vue, selon ma propre doctrine, j’aurais dû lui dire : je ne suis pas apte », a-t-il déclaré. Il a précisé avoir dit au Premier ministre qu’il y avait au sein du service « de meilleures personnes que moi », se demandant pourquoi ne pas choisir l’une d’elles. Toutefois, il a ajouté avoir accepté car il se sentait capable de mener à bien cette mission – et en particulier parce qu’il estimait avoir une aptitude unique à « être loyal envers les élus ».
Dans ses propos, Zini a critiqué la situation où des décisions de ministres ne sont pas appliquées pendant de longs mois. « Les élus n’ont pas réellement les capacités de diriger les structures dont ils ont la charge et pour lesquelles ils ont été élus, car les gens se sont trompés sur leur rôle », a-t-il affirmé. Selon lui, il arrive qu’un ministre donne une directive, mais qu’il faille attendre huit mois pour qu’elle soit exécutée.
Zini a détaillé la tension inhérente entre le jugement professionnel et la subordination à l’échelon politique. Selon lui, un responsable public doit d’un côté posséder une vision du monde, de l’initiative et de la responsabilité – « être la locomotive » – mais doit en même temps faire preuve d’humilité envers les élus du peuple, et savoir « être aussi le dernier wagon du train » lorsque l’échelon politique fixe la direction.
« J’ai un agenda, je veux le faire avancer, c’est ma responsabilité et c’est mon rôle. Mais d’un autre côté, je me dois d’être humble face aux élus du peuple, qui décident de la direction à prendre. »
Par la suite, il a également évoqué le statut du système judiciaire, précisant que malgré les critiques existantes, sa nécessité absolue ne devait pas être remise en cause. « Un pays sans justice, sans un système judiciaire fort, est un pays en ruine », a-t-il dit, tout en ajoutant que les juristes et les avocats sont des « outils d’aide » et ne sont pas censés se substituer aux décideurs.
En conclusion, Zini a lié ces questions de fond sur la responsabilité, la gouvernance et la distinction entre l’essentiel et les détails aux défaillances qui ont précédé l’attaque du Hamas à Sim’hath Tora 2023. Selon lui, « nous avons confondu l’essence avec un détail technique », avertissant que négliger les petits détails témoigne parfois d’une faille dans la compréhension des enjeux véritablement majeurs.
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