«Prendre cette décision n’a pas été facile, mais j’apprends que la santé doit passer en priorité. » C’est en ces termes que Sophia Laforteza a confirmé son départ (temporaire) de Katseye. « Je réalise que si je ne prends pas soin de mon corps et de mon esprit maintenant, je serai incapable de continuer à faire ce que j’aime le plus sur la durée », poursuit-elle sur son compte Instagram.
C’est le label HYBE x Geffen Records qui a annoncé ce départ temporaire. « Il est impératif de prioriser sa santé mentale et son bien-être », peut-on lire dans un communiqué relayé par de nombreux médias, dont la BBC. Il y est précisé que la jeune femme a consulté plusieurs professionnels de santé qui lui ont recommandé de prendre « un repos prolongé et des soins continus pour garantir un rétablissement complet ». Une décision qui intervient quelques mois après le retrait d’une autre membre du groupe, Manon Bannerman, et… les pauses successives de nombreux artistes.
Stromae libère la parole avec « L’enfer »
« J’ai parfois eu des pensées suicidaires et j’en suis peu fier. On croit parfois que c’est la seule manière de les faire taire. Ces pensées qui me font vivre un enfer. » Début 2022, Stromae dévoile un nouveau morceau, L’enfer, en plein JT de 20h sur TF1. Plus de 7 millions de téléspectateurs sont suspendus aux lèvres du chanteur belge, qui évoque face caméra, à travers un plan-séquence, son profond mal-être. Pour la première fois à une heure de grande écoute, une personnalité de haut rang met en lumière un sujet sensible, sinon tabou : les troubles de la santé mentale.
Un moment de télévision salué par le public, mais aussi par la communauté médicale. « Parler de suicide et de maladie mentale dans les médias est une chose rare. Face à une personnalité populaire, il y a un phénomène d’identification vertical. Ces célébrités ont donc une responsabilité », s’est réjoui le Dr Christophe Debien, psychiatre au CHU de Lille, dans Le Figaro. Et de préciser que « cette chanson peut avoir une portée préventive sur les comportements suicidaires ». L’impact est tel que le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) remercie lui aussi Stromae sur X « pour avoir abordé le sujet délicat du suicide ».
Des retraits en série
Mais Stromae n’a pas fait que briser les tabous autour de ces troubles, qui concernent plus d’un milliard de personnes dans le monde, d’après l’OMS. Après avoir annoncé vouloir faire une longue pause en 2016, l’interprète de Papaoutai a annulé sa tournée en 2023 pour des raisons médicales. Autrement dit, le chanteur a fait le choix de privilégier sa santé mentale versus sa carrière, et ne s’en est pas caché. Autre message fort envoyé au public, mais aussi à d’autres artistes touchés par la dépression, les troubles anxieux, et autres troubles de la santé mentale.
Tournée menée à un rythme effréné, pression médiatique… Les artistes, musicaux notamment, sont de plus en plus nombreux à dire ouvertement qu’ils ont besoin d’une pause pour « prioriser [leur] santé mentale et [leur] bien-être », comme vient de le faire Sophia Laforteza de Katseye. Quelques jours avant elle, c’est Ariana Grande qui a annoncé vouloir se retirer de la vie publique dès la fin de son « Eternal Sunshine Tour », un porte-parole évoquant « une attention publique incessante et permanente ». Lola Young, Selena Gomez, Lady Gaga, Lomepal, Doja Cat ou encore Demi Lovato comptent parmi les nombreux artistes qui ont donné de la voix à ce sujet toujours considéré comme tabou, et pris du recul à un moment de leur carrière.
Les artistes davantage touchés ?
Si ces artistes contribuent à libérer la parole sur le sujet, ils montrent également un certain mal-être au sein de l’industrie musicale. Plusieurs études ont mis en évidence un taux significatif de troubles de l’anxiété chez les musiciens. C’est le cas d’une enquête de l’université de Westminster qui a révélé dès 2017 que les musiciens étaient exposés à un risque plus élevé de troubles de santé mentale.
Dans la même veine, mais en France cette fois, le collectif Cura a tiré la sonnette d’alarme dès 2019 sur le mal-être dans l’industrie musicale. Le rapport fait notamment état d’anxiété, de stress, de dépression et de troubles du sommeil, « parfois ou souvent », chez quatre personnes interrogées sur cinq. « Les gens qui se font une entorse vont chez le médecin, il faudrait que ce soit pareil pour le reste. Dans la musique, les fragilités personnelles peuvent parfois être un drôle d’argument marketing », avait commenté Shkyd, l’un des co-fondateurs du collectif, dans les colonnes de Libération.
Mais la population générale est aussi largement concernée. En 2025, le directeur général de l’OMS alertait : « La transformation des services de santé mentale est l’un des enjeux de santé publique les plus pressants. » En France, la santé mentale a été désignée Grande Cause nationale en 2025 et 2026.
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