Six ans après le Brexit, pourquoi le Royaume-Uni se (re) tourne-t-il vers l’Union européenne ?

Les temps changent entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, près de six ans après le Brexit, actant la sortie fracassante du pays de l’UE. Ce mercredi, Londres a signé le texte actant la réintégration, en 2027, du Royaume-Uni dans le programme européen d’échanges universitaires Erasmus. Ce partenariat s’inscrit dans une dynamique plus large. Au pouvoir depuis juillet 2024, le Premier ministre travailliste Keir Starmer a lancé un « reset », une relance des relations de son pays avec l’Europe. L’heure est à la détente entre l’île et le continent après des années de tensions entre les 27 pays de l’UE et les précédents gouvernements conservateurs. Jusqu’où ?

La réintégration de Londres dans Erasmus n’est que l’ultime étape d’une politique plus large menée par les travaillistes au pouvoir. En mai 2025, un peu moins d’un an après l’arrivée de Keir Starmer au 10 Downing Street, s’est tenu le premier sommet bilatéral entre le Royaume-Uni et l’UE depuis le Brexit. Celui-ci a abouti à un « nouveau partenariat stratégique », qui prévoit notamment une collaboration plus étroite en matière de défense et de sécurité, un alignement en matière sanitaire et phytosanitaire, ou encore un accord sur les eaux de pêche. Malgré ce titre ronflant de « partenariat stratégique », « cette politique de  » reset  » de Keir Starmer était au début relativement limitée », juge Lord Peter Ricketts, ancien ambassadeur du Royaume-Uni en France et ancien secrétaire général du Foreign Office, le ministère des affaires étrangères britannique.

Dégradation de la relation entre Washington et Londres

L’ancien diplomate relève que « les sujets de rapprochement économique allaient très lentement et il n’y avait pas énormément de progrès ». En cause notamment, les « lignes rouges » jugées indépassables pour Londres, précisées par la chancelière de l’Échiquier Rachel Reeves en mai 2025, affirmant que les règles vis-à-vis du marché unique, l’union douanière et le retour à la libre circulation resteraient inchangées.

Mais, depuis le printemps dernier, le contexte international et les perspectives du Royaume-Uni ont changé. La relation privilégiée avec les Etats-Unis s’est dégradée. Après avoir loué le dirigeant travailliste, le président américain Donald Trump a multiplié les commentaires agressifs, l’accusant de ne pas soutenir suffisamment la guerre au Moyen-Orient. Le dirigeant républicain a menacé, mercredi, de revenir sur l’accord commercial limitant les impacts de la hausse des droits de douane américains. Keir Starmer a répondu qu’il ne « céderait pas », malgré les « fortes pressions exercées ».

Keir Starmer appelle à un « partenariat plus étroit » avec l’UE

Quelques jours plus tôt, début avril, le Premier ministre appelait à « un partenariat plus étroit » avec les Européens. « Face à un monde qui devient toujours plus volatil, notre intérêt national à long terme exige un partenariat plus étroit avec nos alliés européens et l’Union européenne », déclarait-il lors d’une conférence de presse consacrée à la crise au Moyen-Orient et ses répercussions économiques au Royaume-Uni. « Le Brexit a profondément nui à notre économie, et les opportunités de renforcer notre sécurité et de réduire le coût de la vie sont tout simplement trop importantes pour être ignorées », a-t-il ajouté.

Désormais, l’heure est à « l’accélération » dans ce rapprochement de Londres vis-à-vis de Bruxelles, selon l’ancien diplomate Peter Ricketts. Les menaces sur le Groenland, l’OTAN, les « insultes de Donald Trump à l’adresse de Keir Steimer à propos des divisions sur la guerre en Iran » représentent autant de menaces « qui poussent le gouvernement britannique à vouloir aller plus vite et de manière plus ambitieuse dans ce rapprochement avec l’Union européenne », selon l’ancien haut fonctionnaire.

Un Royaume-Uni à « mi-chemin », selon Peter Ricketts

Jusqu’où ce rapprochement peut-il aller ? Si le Premier ministre a, jusqu’à aujourd’hui, repoussé l’idée d’un retour dans le bloc ou dans l’union douanière européenne, la perspective semble plutôt une intégration sectorielle progressive au marché européen. Des discussions sont en cours entre Londres et Bruxelles sur les médicaments, les produits chimiques, mais aussi les qualifications professionnelles, pour faciliter le commerce des services.

Cependant, un « changement total » de perspective vis-à-vis de Bruxelles ne pourrait intervenir qu’à la faveur d’élections britanniques, rappelle Peter Ricketts. Outre les élections locales et régionales du 7 mai prochain, les prochaines élections législatives, décisives pour ce sujet, doivent se tenir au plus tard le 15 août 2029.

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Si l’ancien diplomate estime que les Britanniques « sont aujourd’hui à mi-chemin » dans ce désir d’indépendance et de rapprochement vis-à-vis de Bruxelles, Peter Ricketts estime que la conflictualité des relations internationales ne devrait pas s’apaiser avec Donald Trump à la Maison-Blanche. « A Londres, on ne croit pas vraiment que Washington reviendra vers l’Europe, mais qu’il va falloir vivre avec des Etats-Unis durablement différents », estime encore Peter Ricketts. Une perspective qui motive, selon lui, à « une accélération du rapprochement avec l’Union européenne dans les années à venir ».

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