Rugissement du Lion : l’heure de l’attaque avait fuité

Rugissement du Lion : l’heure de l’attaque avait fuité

Une enquête sur une fuite présumée d’informations militaires place le Shin Bet au centre d’une vive controverse en Israël. En cause : les pressions attribuées au Premier ministre Benjamin Netanyahu et à plusieurs membres de son gouvernement pour identifier l’origine d’informations communiquées à la chaîne 12 avant le lancement de l’opération « Rugissement du Lion » contre l’Iran, le 28 février 2026.

David Zini, directeur du service de sécurité intérieure, aurait d’abord estimé qu’une telle enquête avait peu de chances d’aboutir. Plus de 4 500 personnes auraient eu accès, directement ou indirectement, aux informations concernant l’offensive. L’absence de piste précise et la protection des sources journalistiques rendaient également les investigations particulièrement délicates. Malgré ces réserves, Zini a finalement sollicité l’autorisation de la conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara, afin d’examiner la fuite présumée. Le Shin Bet présente cette démarche comme une procédure professionnelle destinée à identifier et à « colmater » une faille dans le dispositif de sécurité.

La polémique s’est amplifiée avec la révélation d’une rencontre entre David Zini et Yaakov Bardugo, commentateur de la chaîne 14 et proche de Benjamin Netanyahu. Bardugo a lui-même reconnu avoir demandé au chef du Shin Bet d’ouvrir une enquête concernant la chaîne concurrente. Cette intervention pose une question sensible : un acteur médiatique politiquement engagé peut-il intervenir directement auprès du responsable d’un service de renseignement pour réclamer des investigations visant un autre média ?

Le Shin Bet affirme que la décision d’examiner la fuite avait été prise bien avant cette rencontre et rejette toute influence extérieure sur les choix professionnels de son directeur. Cette version est néanmoins contestée par la chronologie rapportée : Zini aurait encore exprimé son opposition à l’ouverture d’une enquête devant des ministres après son entretien avec Bardugo. La rencontre a conduit plusieurs responsables politiques et une organisation de défense de la bonne gouvernance à réclamer davantage de transparence sur son contenu et sur l’identité des participants.

L’affaire est d’autant plus sensible que la chaîne 14 fait elle-même l’objet d’accusations concernant la diffusion répétée d’informations militaires confidentielles. Un groupe de réservistes a notamment demandé l’ouverture d’une enquête pénale, estimant que certaines publications auraient pu compromettre des opérations ou exposer des soldats. L’absence apparente d’une réaction comparable du gouvernement nourrit donc les soupçons d’un traitement différent selon l’orientation politique des médias concernés.

Au-delà du cas de la chaîne 12, la controverse touche à l’indépendance du Shin Bet, à la protection des sources journalistiques et aux limites de l’intervention politique dans les affaires de sécurité. Une fuite susceptible de mettre en danger une opération militaire doit naturellement être examinée. Mais la légitimité de l’enquête dépendra de critères identiques pour tous, d’un contrôle juridique rigoureux et d’une chronologie clairement établie. Sans ces garanties, la procédure pourrait durablement fragiliser la confiance dans les institutions chargées de protéger la sécurité de l’État.

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