Riposter aux tirs iraniens sans déclencher une guerre ouverte

Israël envisage une riposte aux tirs iraniens sans déclencher une guerre ouverte.

La frappe israélienne à Beyrouth a été un premier signe d’indépendance vis-à-vis de Washington, mais le véritable test sera de savoir si elle modifiera la situation à long terme. L’Iran indique qu’il cessera ses tirs si Israël ne riposte pas, et la question est de savoir comment et à quelle échelle riposter sans s’engager dans une guerre ouverte.

par Yoav Limor

Le tir de missile iranien de dimanche, en réponse à la frappe aérienne israélienne à Beyrouth, place Israël face à un dilemme: comment et à quelle échelle riposter en Iran sans être entraîné, une fois de plus, dans une guerre ouverte.

L’Iran a mis à exécution sa menace d’attaquer Israël si ce dernier frappait le Liban. Cette action s’est déroulée malgré les pressions de la Maison Blanche, qui s’efforce d’empêcher une nouvelle escalade dans la région.
La frappe israélienne à Beyrouth reflétait principalement la frustration face à la situation au Liban.
Après de longues semaines d’un cessez-le-feu illusoire, durant lesquelles 18 Israéliens ont été tués (dont six au cours de la semaine précédente), et face à la menace constante qui pèse sur les localités du nord, il était clair qu’il fallait agir de manière plus radicale pour rompre le dangereux rapport de force imposé par le Hezbollah.

La situation au Liban, imposée à Israël suite à la tentative du président Donald Trump de conclure un accord avec l’Iran, est catastrophique.
Si les Forces de défense israéliennes contrôlent de vastes zones du sud du pays, leur présence est quasi inexistante au-delà.
Leurs soldats, ainsi que les populations du nord, subissent des attaques incessantes du Hezbollah, principalement menées par des drones guidés par fibre optique.

Le résultat est que l’objectif affiché à chaque poste avancé, « But : la tranquillité pour les communautés du Nord », n’est pas atteint. En réalité, c’est tout le contraire : ces communautés font face à une menace croissante.

Ces dernières semaines, les hauts gradés de Tsahal, ainsi que les dirigeants des communautés du nord, ont fait pression sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour qu’il change la situation en profondeur, quitte à créer des tensions avec Trump. Netanyahu, cependant, a préféré l’alliance avec le président américain, même si cela impliquait l’humiliation personnelle qu’il a subie lors de leur conversation la semaine dernière.

Hier, l’autorisation de frapper Beyrouth a été accordée en représailles au tir de deux roquettes, interceptées, sur le territoire israélien.
Premier signe d’indépendance d’Israël, il convient toutefois d’attendre pour en comprendre le contexte plus large : a-t-elle été coordonnée avec Washington ? A-t-on convenu qu’il s’agissait d’un événement isolé ou d’un changement de cap signalant un retour à l’offensive, comme l’espèrent Tsahal et les communautés du nord ?

Le Hezbollah va certainement mobiliser ses soutiens iraniens pour tenter d’obtenir une nouvelle immunité pour Beyrouth, comme il l’a fait la semaine dernière. L’Iran avait alors menacé d’attaquer Israël, et Washington craignait qu’une escalade au Liban n’entraîne également une escalade en Iran, à un moment inopportun de son point de vue.

Test en trois volets

Le gouvernement libanais a également œuvré pour contenir Israël, arguant que de nouvelles frappes à Beyrouth pourraient compromettre les négociations menées entre les deux pays à Washington.
Trump a alors cédé à la pression et a stoppé Israël après que le Premier ministre et le ministre de la Défense ont annoncé avoir ordonné une frappe.
Désormais, la situation est revenue à la normale : la frappe a eu lieu avant l’annonce, notamment pour permettre à Tsahal d’obtenir un maximum d’efficacité grâce à l’effet de surprise.

Le véritable test de cette frappe sera de voir si elle modifie la situation sur le long terme. Il est peu probable qu’un incident isolé, même si plusieurs terroristes du Hezbollah étaient éliminés, ait un impact significatif.
Le Hezbollah a déjà prouvé, au cours de près de 1 000 jours de guerre, qu’il est une organisation adaptable et, surtout, tenace.
Ses déclarations de la semaine dernière, selon lesquelles les accords entre Israël et le Liban ne s’appliqueraient pas à lui, témoignent d’une grande confiance en soi, sans doute acquise grâce au soutien de Téhéran.

Le défi que devra relever Israël dans le nord du pays sera triple. Premièrement, le retour au calme dans les localités du nord, objectif qui n’est pas encore atteint. Deuxièmement, une nouvelle séparation entre les zones d’influence iranienne et libanaise, afin de rétablir la pleine liberté d’action de Tsahal.
Troisièmement, l’affaiblissement du Hezbollah par une offensive soutenue, ce qui faciliterait également la conclusion d’accords par le gouvernement libanais. Parallèlement, comme toujours, le gouvernement doit investir dans les localités du nord, mais pour l’instant, ces investissements restent au stade des promesses.

JForum.fr avec ILH

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