Rafle du billet vert : des photographies inédites des camps loirétains exposées au Mémorial de la Shoah, à Paris
Le lendemain de la rafle du billet vert, les hommes arrêtés à Paris sont envoyés au camp de Pithiviers. © Aucun(e) – Mémorial de la Shoah
C’est une découverte immense pour les historiens de la Seconde Guerre mondiale : 98 photographies inédites ont refait surface et sont aujourd’hui exposées au Mémorial de la Shoah. Des images capturant la rafle du billet vert qui a entraîné la déportation de 3.700 juifs vers les camps du Loiret.
Quand l’Histoire resurgit, 85 ans après. C’est ce qui est arrivé au Mémorial de la Shoah, à Paris, quand en septembre 2020, deux collectionneurs ont déposé des photographies inédites de la « Rafle du billet vert ».
Cinq planches-contact chinées lors d’une brocante à Reims et qu’ils ont identifiées comme étant un véritable trésor pour les historiens de la Seconde Guerre mondiale. Car ces 98 images, exposées depuis le 10 mai au Mémorial de la Shoah, permettent de mieux comprendre le déroulement de la première rafle de juifs en France, le 14 mai 1941.
Une rafle qui a débuté par une simple convocation sur un petit billet vert, adressée à tous les juifs étrangers de la capitale et signée par le préfet de police de Paris. Ce qui était censé être un simple contrôle administratif était en fait un piège : les hommes et les garçons sont enfermés dans différents lieux de la capitale, dont le gymnase Japy dans le XIᵉ arrondissement, avant d’être envoyés dans le Loiret. Au total, 3.700 hommes et garçons ont répondu à cet appel. Tous ont été transférés depuis Paris vers les camps loirétains de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, avant d’être déportés à Auschwitz-Birkenau.
98 photographies inédites retracent étape par étape l’arrestation de 3.700. Ici, devant le gymnase Japy dans le XIe arrondissement de Paris. © Aucun(e) – Mémorial de la Shoah
« Ces images ont une valeur inestimable »
« C’est un moment historique », s’enthousiasme Lior Lalieu, responsable de la photothèque du Mémorial de la Shoah, à propos de la découverte de ces clichés. « Je pense que je ne m’en suis toujours pas remise. Ces images ont une valeur inestimable. C’est la preuve du crime qu’on n’avait pas encore. En France, très peu de photos existent sur la persécution des Juifs. Ces images montrent des scènes qu’on nous a seulement racontées, que même les archives ne mentionnent pas. » Des images « exceptionnelles », qui vont « bouleverser beaucoup de monde », selon Lior Lalieu.
Ces photographies, presque minute par minute, ont permis de mieux comprendre cette première rafle française sous le régime de Vichy. © Aucun(e) – Mémorial de la Shoah
Et ces photographies permettent aujourd’hui d’en savoir plus sur cette première rafle de juifs en France. « On voit très bien sur les photographies que cette rafle est un piège en deux temps », explique Lior Lalieu. « On n’avait pas très bien compris, au départ, à quel point cette rafle avait été pensée, imaginée par les autorités. On ne comprenait pas pourquoi il y avait des femmes présentes sur les quelques photos de propagande publiées à l’époque. Aujourd’hui, on sait que la police leur avait demandé de venir et d’apporter un sac de vêtements pour leurs proches. »
Des photographies qui montrent un tout nouvel aspect de cette rafle du billet, assez méconnue du grand public encore aujourd’hui. © Radio France – Cécile Da Costa
Des photos contraires aux règles de la propagande
Des photographies capturées par Harry Croner, photographe de la PK, la Propaganda Kompanie, créée par Joseph Goebbels. Seule une poignée de ses photos, répondant aux critères de la propagande nazie, ont été publiées à l’époque. Les autres, ont disparu des radars, car « trop humaines » et « boulevarsantes », souligne Lior Lalieu. Et le photographe de la PK ne s’est pas arrêté à la rafle des juifs à Paris. Il s’est aussi rendu, deux jours plus tard, dans les camps de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers. « Et là aussi il a pris des photos incroyables », poursuit Lior Lalieu.
« On voit à quel point les choses sont totalement désorganisées, les barbelés ne sont pas encore installés », décrit Lior Lalieu. « C’est pour ça que ces photos ne sont jamais parues. [Les photos de propagande] doivent montrer des choses très organisées. Ce n’est pas du tout ce qu’on voit sur ces images. » Et dans ces quelques photographies des camps loirétains, certaines sont également remarquables pour les historiens. « Les enfants témoignaient souvent du hangar noir qui les terrifiait, mais on n’en avait jamais eu de trace. Et bien ce hangar noir, c’est celui que l’on voit sur ces photos. »
Le lendemain de la rafle au camp de Pithiviers et Beaune-la-Rolande : des hommes dans les baraques insalubres. © Aucun(e) – Mémorial de la Shoah
Seulement cinq visages identifiés
Aujourd’hui, l’enjeu majeur de cette exposition au Mémorial de la Shoah, c’est de permettre d’identifier le plus de personnes possibles sur ces photographies. Car à ce jour, le Mémorial et les historiens n’ont réussi à identifier que cinq personnes. Alors chaque visiteur est appelé à se manifester s’il pense reconnaître l’un de ses proches sur ces images. L’exposition va durer jusqu’au 31 décembre 2026.
Les cinq planches-contact chinées par deux collectionneurs et déposées en septembre 2020 au Mémorial de la Shoah © Radio France – Cécile Da Costa
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