Portugal-Espagne : Fin de la prise d’otages à Dallas, Roberto Martinez et Cristiano Ronaldo ont (enfin) déposé les armes

De notre envoyé spécial à Dallas,

Ce matin nous aurions toutes et tous des raisons d’être abattus. Comme chaque matin, du reste. Le climat qui se dérègle, des chaleurs suffocantes là où d’antan il faisait bon vivre, l’inflation, la flambée du populisme un peu partout dans le monde, la naissance de Donald Trump, l’existence même de Donald Trump, la décision de Gianni Infantino de se mettre à genoux devant Donald Trump… Mais pour une fois, si vous le voulez bien, on va choisir de voir le verre à moitié plein.

Outre la saucée de nos meilleurs amis belges contre Team USA, vainqueurs (4-1) de la bande à Pochettino malgré la présence parmi eux du futur Ballon d’or Folarin Balogun, renvoyant les tricheurs américains à leurs études, une autre bonne nouvelle nous est venue de Dallas. Oui, oui, de Dallas, la terre où l’on dégomme des sangliers en hélicoptère ; comme quoi, tout arrive. On parle bien sûr de l’élimination du Portugal qui, si elle fera forcément couler quelques larmes au pays de la saudade, va vite devenir une date importante dans l’histoire du pays.

Roberto et Cristiano sont dans un bateau

On s’explique. Cela ne fait jamais plaisir de sortir d’un Mondial quand on possède un effectif aussi dense et talentueux que ne l’est celui des champions d’Europe 2016, mais il fallait bien à un moment donné que cesse la mascarade. Celle qui a vu le sélectionneur Roberto Martinez s’entêter contre vents et marées à poser le nom de Cristiano Ronaldo sur la feuille de match à chaque rencontre, en plus de le faire jouer la quasi-totalité des 90 minutes alors même que celui-ci n’avait plus ni les cannes ni le talent pour faire la différence comme il le fit jadis. Et qui pourrait lui en vouloir, après plus de 20 ans d’une formidable carrière au plus haut niveau ?

La dernière danse.
La dernière danse.  - Aymeric LE GALL

On peut donc le dire haut et fort : Alléluia, la Seleçao est enfin débarrassée de Roberto Martinez et de CR7 ! Pour le premier, personne ne viendra chouiner et on entend d’ici les klaxons raisonner à Lisbonne, Porto, Monsanto ou Piódão. Et pour le second, il s’agit évidemment plus d’un soulagement que d’une véritable joie. Personne n’oubliera ce que Cristiano Ronaldo, l’un des footballeurs les plus dingues que ce sport n’a jamais pondu – et ce peu importe ce qu’en pensent les fans de Messi – a fait pour la sélection portugaise.

Mais cette fois-ci, tout le monde l’aura admis – à part sa communauté toxique qui cherchera bientôt à retrouver l’adresse de l’auteur de ses lignes pour lui faire sa fête – s’acharner à faire jouer l’idole à chaque match aura été une erreur incommensurable de la part du sélectionneur espagnol. Lequel retrouvera d’ailleurs son ami dès la rentrée prochaine du côté de l’Arabie saoudite, au point que les gens se sont interrogés durant ce Mondial sur l’existence d’un possible lien de causalité

« Il ne devrait plus enchaîner tous les matchs »

C’était en tout cas l’avis de la plupart de nos confrères portugais croisés en zone mixte après l’élimination. Journaliste à Jornal Expresso, Diogo Pombo s’en fait leur porte-parole, lui qui fut en revanche le seul à avoir la foi de répondre à nos questions à visage découvert.

« Personne ne peut contester le fait qu’il a beaucoup trop joué pendant cette compétition. À 41 ans, il ne devrait plus enchaîner tous les matchs et jouer chaque minute. D’autant que le Portugal a des attaquants plus jeunes capables de courir, de presser et de faire les efforts sans ballon. C’était le bon moment pour commencer à préparer l’avenir mais Roberto Martinez s’est entêté dans cette voie sans issue. L’annonce de son départ est même la meilleure nouvelle du jour », confie-t-il.

Ronaldo n’est évidemment pas le seul responsable de la purge offerte par la Seleçao lundi après-midi du côté de Seattle et c’est bien tout un collectif qui a failli sur l’autel du manque d’ambition de son sélectionneur. Notre confrère déroule : « Le Portugal n’a jamais vraiment essayé de prendre le contrôle du match. Ils ont laissé le ballon à l’Espagne, ils ont défendu très bas et ont attendu que les choses se passent… Avec un joueur qui ne participe quasiment pas au pressing, c’est très compliqué d’aller chercher une équipe comme la Roja. Le plan de jeu c’était juste de subir et d’espérer récupérer un ballon pour partir en contre. » Le « Jean-Claude-Dusse-Ball » comme on l’appelle par chez nous.

« le Portugal n’a rien à envier à la France ou l’Espagne, mais… »

Admettre la réalité fait partie de la thérapie et cela s’avérera forcément libérateur. Mais cela n’enlève en rien les regrets d’une Coupe du monde portugaise qui aurait pu (dû) être belle et qui ne le fut pas. Une Coupe du monde sacrifiée au nom de l’entêtement d’un sélectionneur qui n’a pas osé froisser sa star déchue au lieu de donner les clés de son attaque à un homme comme Gonçalo Ramos qui, non content d’avoir été barré au PSG par plus forts que lui, l’a aussi été en sélection par plus intouchable encore.

« « Cette génération est bourrée de talent, se désole un autre confrère à qui l’on a oublié de demander le prénom (nos excuses à la famille). Franchement, le Portugal n’a rien à envier à l’Espagne, à la France ou à l’Argentine sur le plan individuel. Le problème, c’est que le sélectionneur n’a jamais construit une équipe avec une vraie identité. Il adapte son plan à Ronaldo et à chaque adversaire, au lieu d’imposer son propre style. On ne le regrettera pas. » »

La dernière de CR7 sous le maillot portugais a rendu les journalistes totalement hystériques en zone mixte.
La dernière de CR7 sous le maillot portugais a rendu les journalistes totalement hystériques en zone mixte.  - Aymeric LE GALL

Le mauvais procès fait à la jeunesse

Lourdement attaqués durant ce mois de football aux États-Unis par les ayatollahs du Ronaldisme, Vitinha et João Neves ont pourtant montré avec le PSG toute l’étendue de leur talent. Entourés d’attaquants généreux dans les efforts et au sommet de leur art – et non de leur âge – leur talent ressort plus facilement en club qu’en sélection. Car sans des joueurs offensifs capables de faire les bons déplacements et de participer à l’intelligence collective, les meilleurs milieux du monde ces deux dernières saisons ne peuvent pas grand-chose.

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Quant au prodige de Funchal, dont le passage en zone mixte a failli crée rune émeute parmi nos confrères journalistes pour la moitié en transe et n’hésitant pas à pousser dans le tas pour gratter une place au premier rang synonyme de selfie avec le GOAT, ses derniers mots sous le maillot de la Seleçao ne nous ont pas beaucoup surpris mais nous ont quand même beaucoup déçus.

Pas un mot pour ses coéquipiers, pas un mot pour le collectif, pas même un mot pour les millions de supporters portugais dépités par cette élimination sans saveur. Certes Ronaldo ne fut pas aidé par des questions très centrées sur lui, mais Rodri et Merino ont eu droit au même traitement de la part de nos confrères espagnols quelques minutes plus tôt et cela ne les a pas empêchés de tout ramener au collectif.

Génération dorée mais génération sacrifiée

Du côté du joueur d’Al-Nassr, après avoir assuré qu’il avait « la conscience tranquille » et le sentiment d’avoir « tout donné » pour son probable dernier match avec la Seleçao, on est vite passé à la troisième personne pour parler de soi. « J’ai gagné trois titres avec le Portugal. Avant Cristiano, il n’en avait gagné aucun. Je suis heureux. Le meilleur titre que j’ai gagné a été l’Euro 2016. Pour moi, cela a la même dimension qu’une Coupe du monde, sincèrement. C’est pour cela que je répète : je pars avec la conscience tranquille, j’ai donné mon meilleur et c’est tout. Demain sera un autre jour et la vie continue. »

La nouvelle génération, celle des Vitinha, João Neves, Nuno Mendes et Gonçalo Ramos n’a plus qu’à ronger son frein et patienter deux ans avant de pouvoir montrer, à l’Europe d’abord et au monde ensuite, ce qu’elle avait déjà sous la semelle dès cet été mais qu’elle n’a pas pu mettre en évidence à cause de l’entêtement de deux hommes. Cela prouve s’il le fallait qu’il n’est jamais facile quand on a tutoyé les étoiles et touché le sublime de sentir le moment où il faut s’arrêter. C’était avant ce Mondial, mais il est déjà trop tard pour s’apitoyer.

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