Elles sont petites, terriblement envahissantes, robustes, très nombreuses, leur morsure est douloureuse et elles se trouvent particulièrement adaptées aux milieux humains : Les fourmis électriques déboulent en France, et particulièrement dans le Var, à Cavalaire-sur-Mer où un 3e foyer d’infestation a été détecté, après la Croix-Valmer voisine en 2024 et Toulon en 2022.
Et les autorités semblent déterminées à sortir la grosse artillerie et des drones, alors qu’un arrêté d’autorisation de l’utilisation par « saupoudrage de deux produits pendant 180 jours » a été pris pour traiter à partir du mois de mai les trois zones identifiées, soit 7 hectares au total. Cela fin d’éviter un destin à la Chypre ou Israël, « où la fourmi électrique est déjà incontrôlable », averti Julien Foucaud, ingénieur à l’INRAE (l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et spécialiste des fourmis électriques.
Originaires d’Amérique du Sud, les fourmis électriques, aussi appelée « fourmis de feu », sont arrivées sur les rives de la Méditerranée « par Israël vers 2005, après avoir colonisé toute la ceinture tropicale. Ensuite, elles sont passées à Chypre puis sont arrivées en France en 2022 tandis qu’un second foyer s’installait en Andalousie, vers 2015, et remonte depuis, jusqu’à Alicante et sont certainement déjà présentes en Catalogne », retrace l’ingénieur pour qui cette répartition a très probablement eu lieu par des importations de plantes en pot, dont la terre hébergeait ces petites fourmis qui mesurent environ 1,5 millimètre.
Si rien n’est fait, « il faut s’attendre à en trouver prochainement dans tout PACA mais aussi en Occitanie, peut-être se trouve-t-elle déjà dans les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes », envisage Julien Faucoud. Au risque d’importants dégâts sur les activités agricoles et touristiques.
« Elles élèvent des pucerons et des cochenilles nuisibles aux cultures. Et avec une densité de 20.000 individus au m², elles piquent vraiment fort et les travailleurs ne peuvent plus ramasser car ce n’est pas supportable toute la journée. Au Brésil un abandon de parcelle de culture de cacao a même été documenté et si j’étais gérant de camping dans le Var, je m’inquiéterais », soutien l’ingénieur.
Le clonage comme méthode de reproduction
Une inquiétude pas vraiment vivace pour les gérants de campings de la Côte d’Azur des zones concernées. « J’en ai entendu parler vite fait, j’ai vu article sur le sujet il y a quelques jours. On fait attention sans vraiment s’inquiéter », dit à 20 Minutes celui qui officie depuis une quinzaine d’années sur cette chaîne de camping.
En agissant rapidement, la possibilité de contrôler l’expansion des fourmis est réelle. « Ce n’est pas une espèce qui essaime mais qui se transporte très facilement dans la terre et se développe en super-colonies, essentiellement par clonage des reines. Elle n’a pas besoin de creuser de grandes galeries, elle se plaît dans des anfractuosités, entre deux feuilles, dans une gaine… Elle est très adaptée aux milieux perturbés, donc les milieux humains ou modifiés par l’homme, comme les zones agricoles irriguées », résume Julien Foucaud.
La France connaît pourtant déjà un avant-goût de ce que pourrait donner une cohabitation avec cette fourmi envahissante. Arrivées à Tahiti au milieu des années 1990 via la Nouvelle-Calédonie, la fourmi électrique a très rapidement colonisé l’archipel, touchant aujourd’hui l’ensemble des communes, rapporte la Diren (Direction régionale de l’environnement).
Le précédent de Tahiti
Et de pourrir la vie des habitants, comme Mimi le racontait à France Info Outre-Mer, dans un reportage de 2021 : « Il y en a dans la chambre, mais surtout près de l’évier. Je me fais piquer en faisant la vaisselle. Il y en a sur les assiettes et on ne peut pas manger. Quand ça pique, ça gratte, comme une brûlure de feu ». Et les ménages deux fois par jour suffisent tout juste à rendre l’endroit vivable.
Pourtant, les autorités tahitiennes ont essayé dans un premier temps d’éradiquer la colonie, avant d’acter de leur échec et d’y renoncer en 2016.
Aussi, les chercheurs s’activent pour endiguer ce fléau en métropole. « On pourrait croire que leur mode de reproduction en clonage les amènerait à dégénérer et disparaître d’elles-mêmes, reprend le spécialiste de l’INRAE, mais cela fait plus de cinquante que ça dure en Nouvelle-Calédonie, dont les fourmis de la supercolonie n’ont qu’un seul génome, alors je ne miserais pas trop dessus ».
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