De notre envoyé spécial à bord de l’Atlantique 2 au-dessus de la Manche,
A l’intérieur de la carlingue, l’espace est exigu, le confort sommaire et le bruit des moteurs assourdissant. Nous sommes en ce mardi de juin à bord de l’Atlantique 2, ou ATL2 pour les intimes, l’avion de patrouille maritime de la Marine nationale. Pour cet exercice de routine auquel 20 Minutes a été exceptionnellement convié, le décollage a lieu de la base de Lann-Bihoué près de Lorient (Morbihan), connue pour son bagad mais qui abrite surtout la deuxième plus grande base aérienne militaire de France après Istres et la plus grande base aéronavale d’Europe.
C’est de là qu’opèrent « les marins du ciel », ces militaires qui se sont engagés dans la Marine mais passent le plus clair de leur temps dans les airs. Au sein des cinq flottilles implantées sur cette base de 800 hectares, ils mènent leurs missions de défense aérienne à bord des puissants Falcon 50, des Hawkeye, reconnaissables à leur dôme rotatif qui offre une couverture radar à 360°, des petits Xingu et des 18 appareils Atlantique 2. Ces derniers équipent les flottilles 21F et 23F.
Cet avion de 31 mètres de long et de 37 mètres d’envergure mis en service au début des années 1990 et qui est un peu la star de la base. On le surnomme « la frégate volante » ou « le couteau suisse de la Marine. »
Traquer les sous-marins espions russes
De nombreux surnoms qui témoignent de la diversité de ses missions.
« Il observe tout ce qui se passe en mer, c’est à la fois les yeux et les oreilles de la Marine dans le ciel. »
Sa mission principale réside tout de même dans la lutte anti-sous-marine. Déployé dans les eaux de la Manche, de l’Atlantique, de la Méditerranée ou de la Baltique, il ratisse les mers pour observer et documenter la présence sur zone de navires militaires alliés ou ennemis. Comme les sous-marins russes qui ne se cachent même plus pour espionner les câbles et dont la présence près de nos côtes s’est encore accentuée depuis le début de la guerre en Ukraine.
Pour les traquer ou détecter la présence de navires suspects, l’Atlantique 2 dispose de tout un arsenal technologique. A son bord, un équipage de 14 membres composé d’opérateurs acousticiens, radaristes ou de spécialistes de la guerre électronique qui passent tout le vol les yeux rivés sur des écrans et des moniteurs. Comme le second maître Florian, acousticien qui se charge de collecter toutes les données des nombreux capteurs de veille optique de l’appareil. « On a notamment un système électro-optique qui permet l’identification de jour comme de nuit des cibles de surface à grande distance », explique-t-il.
« On cherche tout ce qui peut être suspect »
Les images sont en effet saisissantes. Une petite embarcation de pêche située à plusieurs kilomètres près des côtes anglaises apparaît ainsi en toute netteté sur l’écran. Idem avec ce navire militaire russe dont la présence avait été signalée dans la Manche et qui se révélera être l’Amiral Grigorovitch, la frégate impliquée quelques heures plus tôt dans un incident avec un voilier britannique. « La curiosité est le maître-mot à bord et on cherche tout ce qui peut être suspect, souligne le lieutenant de vaisseau Baptiste, coordinateur tactique de la mission. Si un navire par exemple a coupé son système de géolocalisation AIS, cela nous alerte sur le fait qu’il cherche à cacher ses activités comme le trafic de drogue. »
Suivant les missions, des bouées acoustiques peuvent aussi être larguées en mer. « C’est comme un micro sous l’eau qui va être capable de détecter les sons des dauphins mais aussi des sous-marins », explique le second maître Florian. L’Atlantique 2 ne se contente pas de récolter des infos mais peut aussi attaquer ou répliquer avec des torpilles, des missiles ou des bombes embarquées à bord. En appui des forces terrestres, l’aéronef a été mobilisé sur des terrains de guerre ces dernières années comme au Mali, au Niger, en Irak ou en Syrie.
Lutte contre la pollution et secours aux naufragés
Il participe aussi régulièrement à des exercices interarmées et interalliés de l’Otan. « Nos alliés ont choisi un autre modèle, le Boeing P8 Poséidon, qui est certes plus rapide et récent mais les résultats opérationnels de l’Atlantique 2 parlent pour lui, souligne avec fierté le lieutenant de vaisseau Baptiste. Il y a un vrai savoir-faire français en matière de lutte anti-sous-marine et qui est reconnu de tous. »
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Œil volant de la Marine, l’avion, capable de voler à très haute comme à très basse altitude, joue aussi le rôle de vigie du littoral en luttant contre les pollutions maritimes mais aussi, mission moins connue, en portant secours à des personnes en détresse. « On a un canot de survie qui peut être jeté à la mer si besoin pour sauver des migrants ou des marins », précise le coordinateur tactique. Après plusieurs heures de recherches, l’Atlantique 2 avait ainsi en janvier 2026 réussi à localiser une embarcation à la dérive avec plusieurs personnes à bord au sud-ouest de la Sardaigne. « C’est pour ça qu’on le surnomme aussi le Saint-Bernard des mers », sourit le militaire.
Après quatre heures de vol au-dessus de la Manche, il est maintenant l’heure pour nous de regagner la terre ferme de la base aéronautique navale de Lann-Bihoué. Et à notre grande surprise, on n’a même pas été malade à bord. « Mais cela nous arrive aussi à nous parfois car ça peut secouer sévère quand les conditions de vol ne sont pas bonnes », nous confie un membre d’équipage. Par chance, le ciel était ce jour-là de notre côté.
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