Mort de Balladur : Quelles leçons tirer de l’élection présidentielle 1995 pour 2027 ?

Edouard Balladur est décédé à Paris lundi à l’âge de 97 ans. Le dernier Premier ministre de François Mitterrand aura marqué l’histoire politique française, notamment lors de l’élection présidentielle de 1995. Longtemps favori du scrutin, le candidat avait finalement échoué à se qualifier au second tour, devancé par le socialiste Lionel Jospin et « l’ami de trente ans » Jacques Chirac, devenu son grand rival. Plus de trente ans plus tard, quelles leçons tirer de ce scrutin ? On en parle avec l’historien Jean Garrigues.

Le grand favori peut être battu

Lors de la campagne de 1995, Edouard Balladur a longtemps été donné largement en tête du premier tour dans les enquêtes d’opinion. « Il avait alors l’image d’un homme d’État, de sérieux, d’efficacité. Il avait su bien gérer la cohabitation avec François Mitterrand à Matignon et les privatisations. Il y avait un  »effet Balladur » qui apparaissait alors comme le grand favori », assure Jean Garrigues. Mais au fil de la campagne, son avance faiblit. « Petit à petit, Jacques Chirac gagne du terrain, les courbes s’inversent à la fin du mois de février, et on arrive à cette surprise du premier tour. C’est une vraie une gifle pour Edouard Balladur », ajoute l’historien.

Ce scrutin de 1995 peut être une « leçon utile pour les mois qui viennent », a d’ailleurs assuré ce mardi matin Michel Barnier. « Je recommande à tous les candidats de ne pas trop se fier aux sondages », qui changeront probablement d’ici à l’année prochaine, a assuré l’ancien Premier ministre, sur France Inter. Message sans doute reçu du côté du RN, qui caracole en tête avec 15 points d’avance chez tous les instituts de sondage.

Une (mauvaise) campagne peut tout changer

Le statut de favori est une chose, mais le scrutin de 1995 a montré que les mois de campagne peuvent renverser tous les statuts. « Jacques Chirac a réussi à imposer sa thématique de  »fracture sociale », mettre en scène sa proximité avec les Français, bien aidé par les Guignols de l’info qui le font passer pour quelqu’un de sympa. Balladur apparaît a contrario comme un grand bourgeois avec un programme de rigueur très libéral », explique Jean Garrigues. Si le maire RPR de Paris est une bête de campagne, c’est loin d’être le cas pour son rival. « Balladur tente d’infléchir son image, avec une visite dans le métro ou une fausse opération d’autostop, mais cela fait trop artificiel et ne passe pas du tout », poursuit-il. Evidemment, la politique a changé nature en 30 ans, et les candidats n’hésitent plus à rivaliser de mise en scène parfois grossières pour casser leur image. Mais attention au rôle de composition qui va trop loin : au hasard, servir des frites avec Gérald Darmanin ou monter dans une éolienne harnaché comme l’as de pique.

Les guerres fratricides laissent des traces

Dans une campagne présidentielle, les guerres internes sont souvent les plus brutales. « Lorsque la droite triomphe des législatives de 1993, il y a une sorte d’accord moral entre Balladur et Chirac : au premier Matignon, au second la candidature à la présidentielle. Mais Balladur est un chef de gouvernement très populaire et décide finalement d’être aussi candidat. Il reçoit de nombreux soutiens à droite et le thème de trahison apparaît », dit Jean Garrigues. La rivalité entre Chiraquiens et Balladuriens est très violente et durera plusieurs années. « On est à couteaux tirés, il y a bien plus de brutalité qu’entre Chirac et Jospin d’ailleurs.

Cet affrontement laissera des traces majeures pour la suite. Chirac exigera qu’il n’y ait aucun balladurien dans son gouvernement et Sarkozy sera mis au purgatoire », rappelle l’historien qui a dirigé l’ouvrage La République des traîtres. De 1958 à nos jours (Tallandier, 2020). La parallèle est évident avec 2027 et le duel au couteau entre Gabriel Attal et Edouard Philippe, qui devront tendre la main aux déserteurs des premières heures quand l’un des deux se détachera : bon courage pour mettre les rancœurs de côté.

4. La lassitude du pouvoir en place

L’élection de 1995 arrive après deux septennats de François Mitterrand, et non sans une certaine lassitude du pouvoir en place. « Edouard Balladur a probablement aussi été affaibli parce qu’il était, malgré la cohabitation, lié à cette fin de règne et aux affaires de Mitterrand, de sa fille cachée Mazarine aux scandales sur son passé vichyste. Ca a beaucoup plus rejailli sur sa campagne que sur celle de Jacques Chirac, qui apparaissait comme un homme plus nouveau », assure Jean Garrigues. Des leçons que pourront méditer les candidats à la présidentielle 2027 dans les mois à venir.

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