Montreuil : Pourquoi un spectacle de maternelle a fait scandale sur les réseaux sociaux ?

Des enfants biberonnés au Hamas à Montreuil ? Une vidéo sur laquelle on voit des enfants portant des blouses de style militaire dans une école maternelle de cette ville de Seine-Saint-Denis a enflammé les réseaux sociaux ce week-end. De nombreux comptes et personnalités ont relayé cette vidéo en criant à l’embrigadement et à l’antisémitisme, sans se rendre compte que les images étaient vraisemblablement sorties de leur contexte.

Sur la séquence de 47 secondes, on voit des enfants de l’école Nanteuil sautiller avec leur haut « camouflage » brandissant des pistolets à eau et autres armes factices sur la chanson Charger du groupe Triangle des Bermudes. Le passage choisi de la chanson : « Sortez les armes à feu, sortez les armes ». Il n’en fallait pas plus pour alerter le web jusqu’à faire réagir le ministre de l’Education nationale qui a dénoncé des images « choquantes » et « demandé au recteur de l’académie de Créteil d’établir sans délai les conditions dans lesquelles cet événement a été organisé ».

Une publication tronquée et relayée par des comptes pro-israéliens

Ces images ont été filmées le samedi 6 juin et partagées sur Instagram par une mère d’élève. Elles ont été reprises dans la foulée par le compte X « Jugé coupable » (26.000 followers), pourfendeur de la cause palestinienne qui a ajouté un bandeau « Balance ton antisémite ».

Il n’en fallait pas plus pour que la vidéo soit reprise par plusieurs personnalités comme l’imam Chalgoumi, le député RN Jérôme Buisson ou le journaliste d’opinion Clément Weill-Raynal qui y voient des enfants « embrigadés » dans le terrorisme ou « biberonnés par le Hamas ». Ce dernier y voit même une image « clairement calquée sur les mises en scènes réalisées par le Hamas et l’Autorité Palestiniennes dans les écoles de Gaza ou de Ramallah », qui « visent à endoctriner les enfants dès leur plus jeune âge, à leur inculquer le culte du “martyr”, à leur enseigner la haine (des Juifs, mais pas uniquement) et à les préparer à leur future (et courte) carrière de djihadistes ou de kamikazes. »

Un spectacle visant à promouvoir le pacifisme

Problème, ces accusations sont contestées par le personnel de l’école et les parents d’élèves présents lors du spectacle. Dans un communiqué publié lundi, le personnel de la maternelle accuse le compte Jugé Coupable d’avoir diffusé un « extrait tronqué du spectacle » et d’avoir « jeté en pâture plusieurs enfants en bas âge à visage découvert, ainsi qu’une mère de famille, sur la base de mensonges éhontés ».

« L’objectif du spectacle était en effet de promouvoir le pacifisme et le devoir de mémoire dans une période où la question de la guerre redevient d’actualité. Après la scène représentée dans la vidéo, les enfants jetaient leurs tee-shirts militaires pour arborer des symboles de paix. Un message très clair pour tous les parents qui ont assisté à ce moment », indique le communiqué. Une version confirmée par les parents contactés par nos confrères de Libération.

Dans ce spectacle, les enfants jouaient plusieurs scènes historiques, dont la révolution russe de 1917 et la révolution cubaine de 1953. La saynète qu’on peut voir sur les images représente la guerre du Vietnam. Dans un communiqué, les parents expliquent que « cette séquence était immédiatement suivie d’une scène d’appel à la paix, où les enfants déposaient les armes, arboraient des tee-shirts ornés du symbole de la paix et portaient un message de fraternité. C’est ce spectacle, dans sa globalité, qui reflète les valeurs de notre école. »

Une saynète sur les manifestions contre la guerre du Vietnam aux Etats-Unis

Cette version est confirmée par un parent d’élève qui a transmis au média une photo où on voit les enfants porter des t-shirts et des pancartes avec le symbole « Peace and love ».

Cette saynète commençait en réalité par deux enseignants déguisés en Marty McFly et Doc Brown, les personnages du film « Retour vers le futur ». À un moment de la scène, « Marty McFly » demande « N’y a-t-il que les révolutions pour changer le monde, Doc ? » et l’autre enseignante de lui répondre que les manifestations pacifiques peuvent aussi jouer ce rôle. Et c’est là que les deux personnages remontent le temps et que les enfants entrent en scène grimés.

Suite à la diffusion de ces images, la mère qui avait posté la vidéo dans une publication éphémère sur Instagram a supprimé ces images et passé ses comptes en privé. Pourtant, plusieurs photos de son profil et son identité ont été diffusées sur les réseaux sociaux et le communiqué des parents d’élève explique qu’elle a été victime de cyberharcèlement qu’elle a subi. Sollicité, le ministère de l’Education nationale indique à Libération que l’enquête administrative est toujours en cours.

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