Macron en Arménie : Pourquoi la France accueille la troisième plus grande communauté arménienne du monde

Charles Aznavour, Missak Manouchian, Youri Djorkaeff… L’Histoire de la France regorge de personnalités d’origine arménienne qui ont pu se retrouver au cœur des discussions informelles – et des chansons – d’Emmanuel Macron en Arménie, où il achève ce mardi une visite d’Etat.

Car si la France entretient une longue histoire d’amitié et de solidarité avec ce pays très francophile de trois millions d’habitants, elle accueille aussi la troisième plus grande diaspora arménienne du monde, après la Russie et les Etats-Unis.

De 1.000 à 400.000 personnes en un siècle

Environ 400.000 personnes d’origine arménienne vivraient dans l’Hexagone, selon différentes sources. « C’est très difficile à estimer en réalité. Dans les années 1980, on disait 300 ou 350.000. Il y a quelques années, on parlait de 600 ou 700.000… Il n’y a pas de critères objectifs donc ce n’est pas très scientifique », explique Boris Adjemian, historien et directeur de la bibliothèque Nubar de l’Union Générale Arménienne de Bienfaisance.

Toujours est-il que ce chiffre est nettement supérieur aux 1.000 ou 1.500 Arméniens présents en France au tout début du XXe siècle. Une présence assez marginale composée principalement d’étudiants et de quelques commerçants. « Des Arméniens étaient toutefois dans les rangs français au cours de la Première Guerre mondiale », ajoute Boris Adjemian.

Dans les années 1920, les Arméniens fuient les massacres

L’immigration en France a surtout commencé après le génocide des Arméniens par les « Jeunes-Turcs » dans l’Empire Ottoman à partir d’avril 1915. « Il y avait une francophilie très forte des Arméniens à l’époque. Même en dehors des écoles françaises, il y avait beaucoup d’écoles où on apprenait le français », précise l’historien. De plus, la France avait occupé le sud-est de la Turquie en 1919, la Cilicie, dans le but d’exercer un mandat au moment où les pays occidentaux voulaient se partager la Turquie. « Beaucoup d’Arméniens, qui avaient dû fuir ou avaient été déportés, étaient venus s’y installer espérant y retrouver une forme d’indépendance sous la protection de la France, ajoute Boris Adjemian. Mais quand la France est partie en 1921, les massacres ont recommencé et les Arméniens ont dû fuir vers la Syrie et le Liban. » Deux pays alors administrés par la France qui, au sortir de la Grande Guerre, manquait cruellement de main-d’œuvre.

« Il y avait des passerelles plus faciles pour les employeurs et les travailleurs. C’est dans ces conditions que beaucoup d’ouvrières et d’ouvriers arméniens sont venus. » Entre 40.000 et 60.000, selon les estimations. D’autres vagues suivront, notamment dans les années 1970 et 1980 en raison de la guerre au Liban, et après 2011 et le début de la guerre en Syrie.

Marseille, Lyon et l’Île-de-France

Si les Arméniens sont installés un peu partout en France, c’est notamment à Marseille, port d’entrée de l’immigration méditerranéenne, et dans la région lyonnaise, que la communauté arménienne est la plus présente. « Dans la commune de Décines (Rhône), un tiers de la population était d’origine arménienne dans les années 1930. Une usine, la Société lyonnaise de soie artificielle, avait une grande partie de sa main-d’œuvre qui était étrangère. Encore aujourd’hui, la ville conserve de forts accents arméniens. Le stade, par exemple, porte le nom de Youri Djorkaeff », explique Boris Adjemian, qui cite également Grenoble, Saint-Martin-d’Hères, Valence, Romans ou Bourg-lès-Valence.

En Île-de-France, la communauté arménienne a été très présente à Alfortville, Issy-les-Moulineaux, Arnouville, Enghien-les-Bains : « C’est beaucoup lié aux besoins de main-d’œuvre. Les gens arrivaient dans des conditions généralement très précaires, soit dans des habitats collectifs alloués par l’entrepreneur, soit des usines désaffectées. Parfois des bidonvilles en lisière de ces villes. » « Ces villes ont gardé un caractère arménien parce que les vagues ultérieures d’immigration, sachant qu’il y avait des communautés dans ces villes-là, s’y sont implantées en se disant qu’elles y trouveraient une école arménienne, des cousins ou des gens originaires du même coin. Des gens qui vont parler la même langue, des magasins, des produits qu’on connaît… », explique l’historien.

Une communauté « hyperstructurée »

C’est cela qui a permis, selon l’historien, à la diaspora arménienne d’être « hyperstructurée » via de nombreuses associations sportives, culturelles, cultuelles, ou musicales.

Ça et le souvenir du génocide. « Les Arméniens ne se définissent pas que par cela, mais c’est un élément fort de leur Histoire dans toutes les familles. Même si d’autres éléments culturels peuvent s’affaiblir avec le temps, comme la transmission de la langue, cette mémoire du génocide se perpétue. Elle a même tendance à se renforcer de par la perpétuelle attente de la reconnaissance de la part d’un Etat en particulier (la Turquie). Parce que ce n’est pas un négationnisme de quelques complotistes mais celui d’un Etat fort, membre de l’Otan, partenaire important de l’Union européenne. »

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