Le non-paiement des salaires des employés publics irakiens pour le mois de juillet, conséquence directe d’une crise majeure dans les exportations pétrolières et des restrictions financières imposées par les États-Unis, menace de provoquer une montée des tensions sociales dans le pays. Jusqu’à présent, les protestations sont restées limitées, en partie atténuées par le rassemblement religieux chiite du Ziyarat al-Arbaeen. Cependant, la situation économique critique, aggravée par le retard dans les paiements, pourrait rapidement dégénérer en manifestations violentes si le problème persiste.
L’économie irakienne, fortement dépendante du pétrole qui représente 90 % des revenus gouvernementaux et 95 % des exportations, est mise à rude épreuve. Le blocage du détroit d’Hormuz par l’Iran a perturbé les exportations pétrolières, privant Baghdad des ressources nécessaires pour honorer ses engagements financiers. Le pays dépense environ 6,5 milliards de dollars par mois pour les salaires, les pensions et les aides sociales. Ce retard impacte directement une population où près de 17,5 % vivent déjà sous le seuil de pauvreté, avec un risque d’aggravation si la situation perdure.
La complexité de la crise est accentuée par le contrôle exercé par les États-Unis sur les revenus pétroliers irakiens via le Development Fund for Iraq, basé à New York. Ce mécanisme permet à Washington d’exercer une pression sur Baghdad pour réformer son système bancaire, jugé non conforme aux normes américaines, notamment en raison de liens présumés avec l’Iran et des milices irakiennes. Tant que ces réformes ne seront pas mises en œuvre, l’accès aux dollars nécessaires au paiement des fonctionnaires restera limité, exacerbant la crise économique et sociale.
Cette dépendance financière s’ajoute à une situation géopolitique délicate où l’Irak est tiraillé entre l’influence américaine et iranienne. L’Iran, fournisseur crucial de gaz pour l’électricité irakienne, a interrompu à plusieurs reprises ses livraisons, provoquant des coupures d’électricité récurrentes dans un pays où les températures atteignent près de 50°C. Par ailleurs, les relations économiques entre Baghdad et Téhéran sont tendues, notamment en raison de dettes liées au gaz iranien, que l’Irak peine à régler en raison des sanctions américaines.
Le Premier ministre irakien a récemment signé des accords avec des entreprises américaines pour un montant estimé à 200 milliards de dollars, mais n’a pas réussi à obtenir d’exemptions pour les pétroliers irakiens ni à renforcer l’approvisionnement en gaz iranien. Cette situation illustre la difficulté pour Baghdad de naviguer entre ses deux puissances tutélaires, avec un risque croissant que la frustration économique et sociale débouche sur des troubles plus graves, comparables aux manifestations violentes observées en Iran.
L’Irak fait face à une crise multidimensionnelle où les retards de paiement des salaires publics ne sont que la partie visible d’un problème plus vaste mêlant dépendance économique, tensions géopolitiques et pressions internationales. Si les blocages actuels ne sont pas levés rapidement, le pays pourrait voir s’intensifier des protestations aux conséquences potentiellement déstabilisantes pour sa stabilité politique et sociale.
La source de cet article se trouve sur ce site

