Ligue 1 : Comment les « petits » championnats européens sont devenus le terrain de chasse préféré des clubs français

Ce n’est pas le premier pays qui vous vient en tête au moment où on parle des vacances d’été, mais l’Autriche a de solides arguments à faire valoir : Vienne, le Tyrol, Klagenfurt et son lac gigantesque, une bouffe incroyable dans le sud… Et ce n’est pas les recruteurs des clubs de Ligue 1 qui vous diront le contraire. Depuis plusieurs mois, le pays de Mozart est devenu l’une des destinations hypes des scouts, à la recherche de belles affaires sur le mercato.

Cet été, quatre joueurs de la Bundesliga autrichienne ont rejoint l’Hexagone, dont Mads Bidstrup (RB Salzburg) et Mohamed Ouédraogo (SCR Altach) qui affrontent Auxerre avec l’Olympique Lyonnais ce samedi. Mais l’Autriche n’est pas le seul championnat de « seconde zone » à intéresser les directions sportives des clubs français. La Belgique, le Danemark, les Pays-Bas, la Suède ou la Suisse font également partie des destinations prisées en juillet-août.

« C’était des championnats qui étaient quand même déjà observés avant, notamment la Scandinavie, mais c’est vrai que le nombre de joueurs provenant de ces pays est en augmentation, assure Laurent Calippe, scout passé notamment par Sunderland, les Girondins de Bordeaux ou l’Atlético de Madrid. Ce sont des joueurs qui s’intégreront facilement, souvent sans trop de problèmes d’entourage et qui coûtent moins cher. »

Huit recruteurs français pour un match de Lausanne

Car le nerf de la guerre est bien là : en raison de la crise des droits TV (environ 170 millions d’euros espérés pour la saison 2026-2027), la majeure partie des clubs français se retrouvent à devoir bricoler pour façonner les effectifs sans lâcher des billets par monts et par vaux, comme l’explique Baptiste Drouet, ancien responsable du recrutement à Lorient et Nantes :

« Pour les pays scandinaves, il y a des joueurs qui arrivent avec des bons transferts quand même, mais les plus petits clubs ne demandent pas des indemnités très importantes. Par contre, ils ont des rémunérations plus faibles. Des salaires inférieurs à ce que les clubs de L1 peuvent pratiquer. Même avec des salaires bas, ils gagnent plus que dans leur championnat d’origine et ils ont une belle exposition dans un championnat qui est valorisé. »

Alors, même si la data est venu aider au repérage dans le processus de recrutement, les clubs français n’hésitent pas à envoyer du monde dans tous ces pays pour tenter de dénicher la perle rare : « On a un intérêt croissant des clubs français, nous explique Stéphane Henchoz, directeur sportif de Lausanne Sport. Sur les matchs contre les bonnes équipes, on peut avoir jusqu’à sept, huit recruteurs de clubs français. Et, en règle générale, c’est entre trois et quatre. On a toujours beaucoup de demandes. »

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Le phénomène est aussi observé aux Pays-Bas, en Suède ou au Danemark, où même les « petites » équipes sont dans l’œil des recruteurs. « En France, les clubs ont pris conscience du potentiel du marché danois, où ils peuvent recruter des talents de haut niveau pour des montants relativement modestes s’ils ne se limitent pas aux joueurs des trois principaux clubs », assure Nicolai Damgaard Sand, journaliste danois pour le site Bold.

Le potentiel de revente, critère numéro 1 ?

Equipé de son gros système de datas, Toulouse est ainsi allé chercher du côté des modestes clubs de Viborg (Thomas Jorgensen pour 7,5 millions d’euros) et d’Horsens (Christ Tapé pour 2,5 millions d’euros) cet été pour un montant que les suiveurs estiment en dessous du marché. « Le montant aurait été au moins deux fois plus élevé si Jorgensen avait joué pour Copenhague, Midtjylland ou Nordsjælland », ajoute le journaliste.

Avant de lâcher les rares biftons, les clubs de L1 ne prennent plus le moindre risque pour éviter la faute de casting. « Ils sont plus frileux quant à l’investissement à faire, ça prend plus de temps pour qu’ils se décident sur un joueur peut-être, estime Henchoz. Avant, en ayant plus de moyens, c’était peut-être moins grave si on se trompait un peu. Sur ce mercato, on le ressent. Il y a beaucoup d’intérêts sur les joueurs, mais moins d’offres fermes. »

Car recruter un jeune joueur qui puisse améliorer l’effectif n’est pas la seule priorité. Il faut aussi, idéalement, que le joueur possède une marge de progression importante pour pouvoir être revendu au prix fort après quelques mois/années. « Les clubs français sont intéressés uniquement à nos joueurs qui ont un potentiel de revente », nous explique Stéphane Henchoz, qui a vu plusieurs de ses joueurs rejoindre l’Hexagone, et notamment Auxerre.

Les clubs français se penchent beaucoup sur les championnats danois, suisses, néerlandais ou suédois lors de ce mercato.
Les clubs français se penchent beaucoup sur les championnats danois, suisses, néerlandais ou suédois lors de ce mercato. - Universal Studios

Une situation gagnant-gagnant pour le club vendeur et le club acheteur. « On est un championnat et on est un club, où on doit vendre régulièrement des joueurs pour faire tourner le club, complète l’ancien défenseur de Liverpool. Une source très importante de revenus, c’est la vente de joueurs. Pour nous, le fait que des clubs français soient intéressés par nos joueurs, et que plusieurs deals aboutissent, c’est important. »

Même les U16 sont recrutés à l’étranger

Cette stratégie a même fait évoluer la stratégie de certains clubs au Danemark. « Le niveau ne s’est pas nécessairement amélioré ici, mais j’y vois le reflet de l’évolution moderne du football, ajoute Nicolai Damgaard Sand. Les petits clubs ont adopté une nouvelle approche eux aussi, ce qui explique pourquoi ils se concentrent davantage sur la formation des jeunes talents. Les ventes réalisées par Viborg et Horsens comptent parmi les plus gros transferts de leur histoire, c’est donc une réussite. »

Cette volonté des clubs français d’aller chercher des jeunes joueurs à fort potentiel à l’étranger à moindres frais va jusqu’à les pousser à faire leur « marché » dans les catégories de jeunes, même si cela reste « sous-exploité », selon Baptiste Drouet. Lausanne Sport a ainsi vu l’un de ses U16, Nolaan Stifani, rejoindre Strasbourg cet été, presque gratuitement, au grand dam de Stéphane Henchoz : « Il y a des indemnités de formation réglementées par la Fifa, 60-80.000 euros environ, mais ce n’est pas la somme à laquelle on aurait aimé vendre un joueur qui aurait pu se développer chez nous. »

Et puisque les clubs français restent toujours à l’affût d’une bonne affaire, on leur a mâché le travail en demandant à nos intervenants (Laurent Calippe et Baptiste Drouet ont préféré ne pas dévoiler leur coin à champignons) quelles pourraient être les prochaines pépites à atterrir au pays des Lumières : Stéphane Henchoz a de suite parlé de son attaquant Omar Janneh alors que Nicolai Damgaard Sand a évoqué les noms de Frederik Emmery et James Bogere (AGF), Justin Janssen (Nordsjælland) et Jacob Ambæk (Brondby). On s’en rappellera quand ils arriveront en France tout casser.

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