Liban ; une trêve sans vrai retrait israélien

Liban ; une trêve sans vrai retrait israélien

L’annonce a pris de court une partie des responsables israéliens comme libanais. Jeudi, un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban a été confirmé après des échanges séparés entre Donald Trump, Benjamin Netanyahu et le président libanais Joseph Aoun. La trêve doit entrer en vigueur dans la nuit de jeudi à vendredi, à minuit heure israélienne, avec un objectif affiché : stopper au moins temporairement l’escalade sur le front nord et ouvrir une séquence diplomatique inédite. Le président américain a même proposé d’accueillir les deux dirigeants à la Maison-Blanche pour ce qui serait le premier cadre de discussion aussi direct entre les deux pays depuis plus de quarante ans.

Mais derrière l’effet d’annonce, la réalité du terrain reste brutale. Selon des informations concordantes, l’armée israélienne ne prévoit pas de se retirer des zones du sud du Liban où elle est actuellement déployée pendant la trêve. Autrement dit, il ne s’agit pas d’un arrêt clair et net du rapport de force, mais d’une pause sous tension, avec des lignes militaires qui restent en place. Ce point est central, car il fragilise immédiatement la portée politique du cessez-le-feu : une trêve sans retrait, dans une zone encore disputée, laisse entière la question de la souveraineté libanaise et du risque de reprise rapide des combats. À cela s’ajoute un autre élément révélateur : en Israël, plusieurs médias ont rapporté que le cabinet de sécurité n’avait pas formellement voté sur l’accord avant son annonce, et que certains ministres en auraient pris connaissance par voie médiatique. Cela donne l’image d’une décision précipitée, davantage portée par l’impulsion diplomatique américaine que par un consensus politique stabilisé.

Côté libanais, la réaction officielle a été double. Le Premier ministre Nawaf Salam a salué une avancée qu’il présente comme l’objectif prioritaire poursuivi par Beyrouth lors des discussions menées à Washington. En revanche, Joseph Aoun a refusé l’idée d’un contact direct avec Netanyahu avant l’annonce finale, signe qu’au Liban, toute ouverture diplomatique avec Israël reste politiquement explosive. Cette prudence s’explique par les équilibres internes du pays, mais aussi par la position du Hezbollah. Le mouvement chiite a posé ses propres conditions : pas de liberté d’action israélienne sur le territoire libanais, et maintien du “droit de résister” tant que des troupes israéliennes restent présentes au Liban. En clair, le cessez-le-feu est accepté comme suspension possible des combats, non comme reconnaissance d’un nouvel ordre politique.

Cette trêve intervient en outre dans un contexte régional beaucoup plus large, marqué par les efforts américains pour contenir l’embrasement né de la guerre avec l’Iran. Sur ce point, la pause entre Israël et le Liban apparaît moins comme un règlement du conflit que comme un maillon d’une désescalade régionale encore fragile. Bruxelles a d’ailleurs salué l’accord, en insistant sur la nécessité d’en faire un point de départ et non un simple répit humanitaire. Toute la question est là : dix jours peuvent créer un espace politique, mais ils peuvent aussi n’être qu’un entracte avant une nouvelle phase de confrontation. Pour l’instant, l’accord offre une respiration. Il ne règle ni le statut du Hezbollah, ni la présence israélienne au sud du Liban, ni le verrou central de toute sortie durable de crise : qui imposera les termes de l’après-guerre.

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