Les Algériens de Palestine, eux aussi victimes de la Nakba (par Yannis Arab)

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En réaction à l’occupation française de l’Algérie en 1830, des milliers d’Algériens quittèrent leur pays pour s’installer en Palestine ottomane. À la veille de la Nakba de 1948, plus de 6 000 Algériens vivaient en Palestine historique, principalement à Jérusalem, Haïfa, Jaffa, Safad, Ramleh et dans plusieurs villages de Galilée. Entre décembre 1947 et juin 1949, ils connurent un sort similaire à celui des Palestiniens et furent expulsés par les milices sionistes vers la Syrie, le Liban, la Jordanie ou encore la bande de Gaza, rapporte le chercheur Yannis Arab, sur ce volet peu exploré jusqu’à présent par les historiens.

Couple algérien du village palestinien de Hawsha. Photo issue des registres d’inscription, avec la mention « réfugiés de Palestine », délivrés par le Consulat de France à Damas en 1949

Ces migrations algériennes vers l’Orient s’inscrivent toutefois dans une histoire plus ancienne. Dès le Moyen Âge, les sources attestent d’importantes circulations entre le Maghreb et l’Orient, facilitées par les routes commerciales, le pèlerinage et l’unité politique offerte par l’Empire ottoman. À Jérusalem, les fondations pieuses dédiées aux pèlerins maghrébins, les wakfs d’Abou Medien contribuèrent durablement à l’ancrage nord-africain en Palestine. Après l’arrivée de l’émir Abdelkader à Damas en 1855, les autorités ottomanes lui attribuèrent de vastes terres en Galilée, où s’installèrent des migrants algériens fuyant la domination coloniale française. Plusieurs villages furent ainsi occupés entre les années 1850 et 1880 : Deyshoum, Marous, Ammouka, Tuleil, Husseiniya, Ma’dhar, Kafr Sabt, Samakh, Olam ou encore Hawsha, par des migrants originaires de Constantine, Batna et Oum el-Bouaghi. Les Algériens s’établirent également dans les principales villes palestiniennes – Jérusalem, Jaffa, Haïfa, Ramleh, Safad ou Tibériade – où ils exercèrent divers métiers : gardiens, marchands, artisans ou cordonniers.

La majorité des migrants choisissait la nationalité ottomane afin de bénéficier d’avantages fiscaux et militaires. D’autres se réclamaient de la protection française auprès des consulats de Jérusalem, Jaffa ou Beyrouth. Ils tiraient ainsi parti des privilèges liés aux Capitulations accords entre l’Empire ottoman et les diverses puissances européennes ayant pour objet initial d’établir un réseau de clientèle au sein de l’Empire et ainsi pour échapper à certaines obligations ottomanes telles que le service militaire ou l’impôt. Mais après l’abolition des Capitulations en 1922, les Algériens furent progressivement soumis aux mêmes formes de contrôle et de répression que les Palestiniens. Durant la Grande Révolte arabe (1936-1939), beaucoup furent victimes d’arrestations arbitraires, de violences ou de déportations. En mai 1936, un collectif d’Algériens de Jérusalem écrivit ainsi au consul de France afin de dénoncer avoir été « sérieusement injurié par la police anglaise » et que « la police depuis hier n’a pas cessé de nous brutaliser et de nous frapper ». D’autres furent emprisonnés ou exécutés, à l’image de Mustafa Sherif, Algérien natif de Jaffa, pendu à Jérusalem le 30 janvier 1939 pour « activités terroristes ».

Ainsi, les Algériens de Palestine en vinrent progressivement à partager le destin politique de la société palestinienne. Venus initialement pour fuir la domination coloniale française, ils furent confrontés quelques décennies plus tard à une nouvelle situation coloniale – britannique puis sioniste – qui conduisit finalement à leur expulsion lors de la Nakba de 1948.

Pour l’article complet :
https://carep-paris.org/recherche/etudes_sur_la_palestine/les-algeriens-de-palestine-comme-vecteurs-du-recit-de-la-nakba-aupres-des-consulats-francais-1948-1952/

CAPJPO-EuroPalestine

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