Le soutien suicidaire de l’Europe à une Ukraine corrompue

L’impossibilité de critiquer une Ukraine gangrenée par la corruption, et l’obligation de lui apporter un soutien inconditionnel, ne laissent plus aucune place au débat. Toute voix critique est aussitôt cataloguée de « prorusse », une accusation qui semble être devenue, en France, un véritable délit d’opinion.

La journaliste Xenia Fedorova en paie aujourd’hui le prix. Mais, au-delà de son cas personnel, c’est aussi la démocratie qui en sort affaiblie. Le macronisme a engendré de nouvelles atteintes à la liberté d’expression, parmi lesquelles figure l’interdiction de fait de critiquer l’Ukraine.

Et c’est pourtant à ce pays que l’Europe endettée apporte un soutien quasi suicidaire.

EXCLUSIF. Corruption, dérive autoritaire : Iuliia Mendel, ex-porte-parole de Zelensky, se confie au JDD

DISSIDENTE. Celle qui a été la voix du président ukrainien pendant deux ans l’accuse d’avoir fait du conflit le socle de sa survie politique.

Le JDD. Vous avez été la porte-parole de Volodymyr Zelensky pendant deux ans. Quel regard portez-vous sur cette période et à quel moment avez-vous commencé à douter de lui ?

Iuliia Mendel. J’ai travaillé deux ans avec lui, étant, pour ainsi dire, parmi ses plus fidèles propagandistes. Un porte-parole ne parle pas en son nom : il est la voix du président, il ne peut pas s’opposer à lui publiquement. En 2021 déjà, j’étais devenue très critique en privé. Nous étions nombreux à penser qu’il ne terminerait pas son premier mandat. Son manque de professionnalisme était évident : il s’était brouillé avec l’administration Biden, avec des diplomates américains, ses relations avec Merkel étaient exécrables…

Puis la guerre a éclaté. Comme la majorité des Ukrainiens, je lui étais reconnaissante d’être resté dans le pays. Dès juin 2022, tout a changé. J’ai commencé à découvrir les mécanismes de corruption, les manipulations. La censure progressait, la démocratie reculait. Et j’ai compris que Zelensky accordait davantage d’importance à son pouvoir et aux flux d’argent qu’à son propre pays.

Le massacre de Boutcha a-t-il été un tournant personnel ?

Je connais suffisamment Zelensky pour savoir qui il est réellement. Après Boutcha, il a joué un rôle : lors de sa visite, il semblait affligé. Quelques jours plus tard, j’ai rencontré quelqu’un qui venait de passer du temps avec lui. Cette personne m’a raconté qu’en essayant de lui parler de la tragédie, Zelensky lui avait simplement répondu : « Pourquoi es-tu aussi inquiet ? Tout va bien. » Je me suis immédiatement dit : « Voilà le vrai Zelensky ! » Il cherche toujours à profiter de la vie, à être au centre de l’attention. C’est sa personnalité.

Que représente-t-il aujourd’hui, à vos yeux ?

Je considère qu’il est devenu le principal problème de mon pays. Le monde a fini par confondre l’Ukraine avec le visage d’un seul homme. Il a cru en cette image fabriquée de toutes pièces. Je crois que Zelensky est aujourd’hui le principal bénéficiaire de cette guerre. Grâce à elle, il reste au pouvoir, puisqu’il a annulé les élections. Autour de lui gravitent des entreprises liées à ses proches, qui bénéficient de milliards d’euros venus de l’Union européenne. Et pour quelqu’un d’aussi narcissique, être applaudi par le monde entier compte énormément.

S’est-il enrichi avec cette guerre ? Lui, ou du moins ses amis ?

Presque toutes les personnes nommées par Zelensky sont aujourd’hui accusées de corruption. Prenez Timur Mindich [accusé principal du scandale de corruption Energoatom – environ 100 millions de dollars de pots-de-vin, NDLR], qui le connaît depuis de très nombreuses années : des enregistrements ont fuité où on l’entend discuter avec le ministre de la Défense de milliards d’euros destinés à Fire Point, une société soutenue par la présidence.

« L’État accuse ceux qui fuient, et le peuple accuse l’État »
Ces conversations donnent le sentiment d’un fonctionnement mafieux. Je n’ai jamais vu ses comptes bancaires, mais si presque tout son entourage est accusé de corruption, comment est-il possible que le président ne sache rien ? Deux hypothèses existent. Ou bien il est incompétent. Ou bien il fait semblant de ne rien voir.

Pourtant, la plupart des dirigeants occidentaux, comme Macron, continuent de soutenir Zelensky et le considèrent comme un héros de guerre…

Il y a plusieurs raisons à cela. L’une d’elles est politique : c’est Macron qui a accepté d’allouer des milliards d’euros. Reconnaître aujourd’hui que Zelensky n’est pas celui qu’il prétend être nuirait à l’image de tout responsable politique ayant accepté de distribuer cet argent. L’autre raison, c’est que la majeure partie des sommes sert en réalité à la production locale d’armes : l’Union européenne alloue des fonds à ses propres pays, à ses groupes industriels spécialisés dans l’armement.

Dans ce contexte de conflit sans fin et de corruption massive, les Ukrainiens le soutiennent-ils encore ?

Très peu. Ceux qui le soutiennent encore travaillent souvent pour le gouvernement ou profitent directement du système. Parmi les gens que je connais, l’immense majorité ne le soutient plus : ils considèrent que l’Ukraine est devenue une autocratie.

Avez-vous des exemples de cette dérive autoritaire ?

La conscription forcée ! Des hommes sont arrêtés dans la rue par les centres de recrutement, puis détenus illégalement. Certains se jettent par les fenêtres, d’autres meurent. Récemment, un homme d’une soixantaine d’années, qui n’était même pas concerné par la mobilisation, a été menotté à une voiture alors que son propre fils combat déjà dans l’armée. Les responsables ne sont pratiquement jamais sanctionnés. Zelensky a bafoué la confiance des gens dans l’État, et cela a sapé toute motivation à se battre. L’État accuse ceux qui fuient le pays, et le peuple accuse l’État : c’est une déloyauté réciproque.

Les médias donnent l’impression que l’Ukraine a récemment pris le dessus. Même Trump et le clan Maga semblent se ranger à cette position…

Beaucoup raisonnent uniquement en termes militaires. Mais pour les Ukrainiens qui vivent cette guerre au quotidien, cela ne change rien. Nous vivons sous les attaques de drones, sous les missiles, sous les bombes. Voici le point essentiel : même si la Russie est en train de perdre, cela ne signifie pas que l’Ukraine est en train de gagner. Et la Russie n’est pas en train de perdre.

Expliquez-moi comment une mère ukrainienne devrait se réjouir parce qu’une raffinerie russe brûle : cela ne lui rend pas son mari, cela ne protège pas ses enfants. La Russie s’adapte, elle répare ses raffineries. Je consulte les cartes chaque jour : nous perdons du territoire, des hommes, notre économie, notre démocratie, notre avenir.

Qui, alors, selon vous, gagne réellement cette guerre ?

Personne. Ni les Ukrainiens, ni les Russes, ni les Européens, ni les Américains. Les seuls gagnants sont ceux qui vivent de cette guerre : certains responsables politiques, certains lobbyistes. Les peuples, eux, paient le prix. L’Ukraine enregistre des records de morts et de blessés civils : le mois dernier, environ 2 000 blessés et 265 morts ; en juillet, déjà 377 morts, et le bilan pourrait atteindre 400… Nous sommes en train de disparaître. Je regarde mon pays mourir pendant que j’entends des applaudissements en Occident.

Quelle est l’ampleur de cette disparition démographique ?

En 1991, à notre indépendance, nous étions 52 millions d’habitants. Aujourd’hui, je serais surprise qu’il y en ait plus de 25. Chaque année, et ce, même selon des estimations prudentes, nous perdons 600 000 personnes à cause des risques élevés de décès : la moitié de la population est retraitée, la natalité est faible, les décès sont dus à la guerre et, bien sûr, il y a des exilés qui ne supportent plus ce conflit. À l’intérieur même du pays, notre avenir nous échappe. À Kharkiv, l’Unicef a constaté que 40 % des enfants de 10 ans ne savaient pas lire.

On vous accuse d’être pro-russe. Quel message adressez-vous aux Occidentaux ?

Arrêtez cette guerre ! Sauvez l’Ukraine ! On cite souvent l’exemple de la Finlande : oui, elle a perdu des territoires au profit de l’URSS, mais elle a sauvé son État, son peuple et sa liberté. Quant à l’accusation d’être pro-russe, c’est l’argument le plus facile. Aucun service de renseignement au monde ne pourra vous confirmer une telle chose car il n’y a rien ! C’est bien plus facile que d’analyser en profondeur cette guerre. Si vous êtes de ceux qui veulent vaincre la Russie au prix du sang ukrainien et de la mort de mon peuple, alors vous avez perdu toute humanité – peu importe ce que vous dites. Je le dis haut et fort car je sais que le temps nous est compté.

Scandale de corruption en Ukraine : les révélations qui fragilisent Volodymyr Zelensky

De nouvelles retranscriptions publiées par la presse ukrainienne suggèrent que plusieurs proches du chef de l’État auraient joué un rôle central dans un vaste système de détournement de fonds.

Lors qu’une nouvelle vague d’enregistrements vient d’être divulguée par la presse ukrainienne dans le cadre d’un vaste scandale de corruption qui secoue le pays depuis une semaine, une interrogation prédomine : le président Volodymyr Zelensky était-il au courant ? Les 28 avril et 1er mai, des retranscriptions ont été rendues publiques par le média Ukrainska Pravda, ainsi que par les députés Yaroslav Zheleznyak et Oleksiy Honcharenko, en lien avec une enquête menée par le Bureau national anticorruption (NABU) portant sur un dispositif de corruption estimé à 100 millions de dollars, organisé autour du monopole nucléaire public Energoatom.

Les nouvelles retranscriptions de conversations présumées entre les personnes impliquées laissent entendre une possible implication du chef de l’État, qui pourrait entraîner des conséquences politiques pour Zelensky si son rôle venait à être établi, estiment plusieurs observateurs. À ce stade, le nom de Volodymyr Zelensky n’est pas mentionné explicitement dans ces nouveaux documents, mais ces révélations mettent en lumière le rôle de plusieurs personnalités réputées proches de lui, comme Timour Minditch, copropriétaire de Kvartal 95, la société de production du président, ainsi que l’ancien vice-premier ministre Oleksiy Tchernichov, lui aussi présenté comme un proche du chef de l’État – il fait d’ailleurs partie des rares membres du gouvernement invités à ses anniversaires.

Une maison pour « Vova »
Les journalistes à l’origine des révélations vont encore plus loin, avançant que le président ukrainien pourrait avoir tiré profit d’une partie des fonds détournés. Cette hypothèse s’appuie notamment sur un enregistrement retranscrit par Ukrainska Pravda, dans lequel Timour Minditch évoque un projet de construction de résidences de luxe, en pleine guerre, près de Kyiv. L’une d’elles aurait été destinée à Volodymyr Zelensky lui-même. D’après cette transcription, Minditch précise qu’une maison est réservée à « Vova », diminutif de Volodymyr et surnom employé par les intimes du président.

Si fin mars le procureur général d’Ukraine a envoyé une demande d’extradition à Israël, où s’est réfugié Timour Minditch, afin qu’il puisse venir répondre de ses actes, le président Zelensky, lui, ne peut pas faire l’objet d’une enquête des autorités tant qu’il est en exercice. Mais ces révélations dans la presse lui valent toutefois de nombreuses critiques de la part de l’opposition, et il n’est pas impossible que le Parlement initie une procédure de destitution s’il est prouvé qu’il a commis des crimes.

Des précédents
Alors que le dirigeant ukrainien a annoncé la semaine dernière de nombreuses mesures très populaires, parmi lesquelles de fortes augmentations des salaires des soldats ou la possibilité d’être démobilisés, son collègue de la Commission de la sécurité nationale et de la défense, Roman Kostenko, en proposait une interprétation particulièrement critique. Selon lui, ces promesses constituent une « diversion » orchestrée par la présidence afin de détourner l’attention d’une affaire de corruption retentissante récemment relancée, affirmait-il ce week-end dans un entretien accordé à la radio privée ukrainienne NV.

Tout en se réjouissant du soutien accru aux défenseurs de l’Ukraine, l’élu d’opposition critiquait violemment la manœuvre : « C’est bien que l’on parle de changements, mais regrettable qu’on en parle précisément maintenant, car nous comprenons pourquoi […] Il a été décidé d’étouffer ces scandales de corruption. » Kostenko remarquait au passage qu’ »alors qu’on nous disait ouvertement que [la démobilisation] était impossible en temps de guerre, des scandales surgissent et, soudain, tout devient possible. »

Depuis le début de l’invasion russe, de nombreuses affaires similaires ont éclaboussé le pouvoir ukrainien, conduisant par exemple à la démission du vice-Premier ministre, Oleksiï Tchernychov, ou à l’arrestation de l’ex-ministre de l’Energie, Guerman Galouchtchenko, accusé de blanchiment d’argent. L’affaire Energoatom, elle, débute en novembre 2025, avec une série de 70 perquisitions qui a mis au jour un système à l’origine du détournement de 100 millions de dollars (environ 86 millions d’euros) dans le secteur énergétique.

Selon les services anticorruption, les sous-traitants de l’opérateur nucléaire public devaient verser des pots-de-vin pour ne pas perdre leur statut de fournisseur, tandis que Timour Minditch est soupçonné d’avoir influencé des décisions de hauts responsables gouvernementaux, comme l’ex-ministre de la Défense, Roustem Oumerov, aujourd’hui négociateur en chef ukrainien.

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