Seuls 15 % des sionistes religieux considèrent la question de l’enrôlement comme le critère principal de leur vote, et chez les ‘Hardalim, ils ne sont que 7 % • Malgré — ou peut-être à cause de — ses attaques virulentes contre le public ‘harédi, la liste Smotrich-Feiglin ne recueille que 30 % de soutien au sein du secteur sioniste religieux
JDN – Israël Zeev Leventhal
Un nouveau sondage réalisé auprès des membres du sionisme religieux présente une situation complexe, et surtout politiquement embarrassante pour le président du parti « Sionisme religieux », le ministre des Finances Bezalel Smotrich. Alors que la question de l’enrôlement des élèves des Yechivoth a occupé une place centrale dans ses déclarations particulièrement sévères à l’égard des ‘Harédim, il apparaît qu’au sein de l’électorat naturel de son parti, ce sujet n’occupe qu’une place secondaire lorsqu’il s’agit de décider pour qui voter.
Le sondage, réalisé pour Ynet et Yedioth A’haronoth par l’institut Dialog du groupe Amanat, révèle que seuls 15 % des membres du sionisme religieux considèrent l’enrôlement des ‘Harédim et « l’égalité dans le partage du fardeau » comme le sujet le plus important dans le choix du parti qu’ils soutiendront lors des prochaines élections.
Parmi les personnes interrogées qui se définissent comme « torani-nationales », c’est-à-dire le public ‘hardali considéré comme la base idéologique la plus proche de Smotrich, ce chiffre est encore plus faible : seuls 7 % ont défini la question de l’enrôlement des ‘Harédim comme le sujet principal déterminant leur choix dans l’isoloir.
En revanche, 35 % de l’ensemble des personnes interrogées ont placé la politique sécuritaire en tête de leurs priorités. 25 % ont choisi la question de l’identité juive et 14 % ont cité l’implantation en Judée-Samarie. Parmi les ‘Hardalim, la politique sécuritaire et l’identité juive arrivent en tête, avec environ 34 % pour chacun de ces deux sujets.
Ces données remettent en cause la tentative de présenter l’enrôlement des ‘Harédim comme le sujet central guidant le vote du public sioniste religieux. Même si la question préoccupe certaines parties de ce secteur et y suscite des critiques, elle est loin d’occuper la place centrale que lui attribuent le système politique et une partie des médias.
L’examen des positions des personnes interrogées concernant l’action du gouvernement ne permet pas non plus d’étayer l’affirmation selon laquelle la majorité du public sioniste religieux considère sa politique concernant l’enrôlement des ‘Harédim comme un échec total. 80 % des personnes interrogées ont répondu que les actions du gouvernement dans ce domaine représentent, à un degré ou à un autre, leurs opinions, tandis que seuls 17 % ont répondu que la politique gouvernementale concernant l’enrôlement des ‘Harédim ne les représente absolument pas. 3 % ont répondu : « Je ne sais pas / je n’ai pas d’opinion. »
Il s’agit d’une situation bien plus complexe que celle que l’opposition cherche à présenter en qualifiant le gouvernement de « gouvernement de l’esquive ». Et peut-être Smotrich aurait-il été plus avisé de garder pour lui ses récits sur le profond bouleversement qui aurait saisi son épouse lorsqu’elle avait cru que les rues de Bené Brak avaient continué à vivre normalement pendant la guerre — sans qu’elle n’ait pris la peine de vérifier ce qui se passait réellement dans les foyers, les synagogues et les Yechivoth.
À la lumière du sondage, il semble également que sa tentative de rabaisser ceux qui étudient la Tora dans les Yechivoth ‘harédites, par des déclarations présentant l’étude de la Tora pratiquée dans les Yechivoth hesder du sionisme religieux comme une étude de la Tora plus « complète », n’ait pas été sa décision la plus judicieuse.
À titre de comparaison, 68 % des personnes interrogées ont déclaré que l’action du gouvernement dans le domaine de l’implantation en Judée-Samarie représente leurs opinions dans une large ou très large mesure. Ils sont 61 % à avoir répondu de même concernant la politique sécuritaire et 50 % concernant la réforme du système judiciaire.
Mais le chiffre politique le plus intrigant concerne Smotrich lui-même. Même après l’union technique avec le président du parti Zehout, Moshe Feiglin, la liste commune ne recueille le soutien que de 30 % des membres du sionisme religieux. Elle occupe certes la première place au sein de ce secteur, mais elle reste soutenue par moins d’un tiers d’un public censé constituer sa base électorale naturelle.
Le sondage a été réalisé en deux étapes. Avant l’annonce de l’alliance, le parti Sionisme religieux obtenait 21 % des voix des membres de ce secteur, tandis que Zehout en obtenait 5 %. Après l’union, la liste commune atteint 30 %, ce qui signifie que cette alliance a apporté aux deux partis un gain cumulé de quatre points.
Cependant, à l’échelle nationale, selon les données présentées parallèlement au sondage, la liste unifiée n’obtiendrait qu’environ cinq sièges, dangereusement proche du seuil électoral. L’écart entre sa première place au sein du secteur sioniste religieux et sa situation fragile auprès de l’ensemble de la population témoigne de la difficulté de Smotrich à dépasser son noyau électoral relativement restreint.
Le sondage révèle également que le Likoud recueille 17 % des voix des membres du sionisme religieux, Otzma Yehoudit, dirigé par Itamar Ben Gvir, 12 %, et le parti « Amekha Israël » d’Ofer Winter, 6 %. Le parti « Yachar ! », dirigé par Gadi Eisenkot, recueille 4 %, tout comme le Shas.
Le soutien au Shas, même s’il ne s’élève qu’à 4 %, est particulièrement intéressant compte tenu de l’importance accordée dans le débat public à la question de l’enrôlement. Il montre qu’il existe, au sein du sionisme religieux, des électeurs qui ne considèrent ni le partenariat avec le public ‘harédi ni la position du Shas sur l’enrôlement comme des obstacles les empêchant de voter pour ce parti.
Le parti « BeYa’had » de Naftali Bennett ne recueille que 3 % au sein d’un secteur qui constituait autrefois sa base électorale. Troper et Hendel obtiennent eux aussi 3 %, le parti de l’Unité de Guilad Erdan recueille 2 %, tandis qu’Israël Beitenou, Bleu-Blanc et Noam obtiennent chacun 1 %. 13 % des personnes interrogées n’ont pas encore décidé pour qui elles voteront.
Le sondage ne permet pas d’affirmer de manière catégorique que les déclarations virulentes de Smotrich contre le public ‘harédi sont à l’origine de la situation électorale difficile de son parti. Toutefois, les données soulèvent clairement une question politique aiguë : pourquoi Smotrich a-t-il choisi de durcir le ton sur une question qui ne figure pas en tête des priorités de la majorité de son électorat ?
Au lieu de chercher à se distinguer par ses réalisations dans le domaine de l’implantation — domaine dans lequel 68 % des membres du secteur estiment que le gouvernement représente leurs opinions —, le président du Sionisme religieux a choisi d’amplifier son différend avec le public ‘harédi. Et cela alors même que son propre électorat ne place pas cette question au centre de ses préoccupations et que sa majorité n’a pas adopté l’affirmation selon laquelle le gouvernement aurait agi sur ce sujet d’une manière totalement déconnectée de ses positions.
Il est possible qu’une critique de fond des dispositions concernant l’enrôlement soit partagée par une large partie du sionisme religieux, mais le ton virulent et offensant n’accorde à Smotrich aucun avantage électoral évident. Au contraire : son parti demeure proche du seuil électoral, tandis qu’une part importante des voix de ce secteur se disperse entre le Likoud, Ben Gvir, Winter et même le Shas.
Le sondage a été réalisé entre le 31 août et le 2 septembre, en deux étapes. Lors de la première étape, 508 personnes ont été interrogées ; après l’union entre Smotrich et Feiglin, 484 membres du sionisme religieux ont été interrogés à nouveau. La marge d’erreur maximale est de 4,4 %.
En définitive, le sondage publié par Ynet met en évidence un écart clair entre le discours politique et les priorités du public sioniste religieux : la question de l’enrôlement suscite des critiques, mais la sécurité, l’identité juive et l’implantation sont considérées comme plus importantes. Si Smotrich espérait que le durcissement de son affrontement avec le public ‘harédi le renforcerait dans les urnes, les données actuelles ne montrent pas que cette stratégie ait atteint son objectif.
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