Le scandale, c’est le silence et l’hypocrisie

Le scandale ce n’est pas le tunnel. Le scandale, c’est le silence et l’hypocrisie

Pendant des mois, les capitales occidentales ont multiplié les sermons à l’adresse d’Israël.

Retenue.
Proportionnalité.
Désescalade.
Responsabilité.

À chaque opération israélienne, les mêmes communiqués. Les mêmes indignations. Les mêmes leçons de morale.

Mais aujourd’hui, face aux images qui montrent un vaste complexe souterrain du Hezbollah sous le château de Beaufort, dans le sud du Liban, un silence assourdissant s’abat soudainement sur les grandes consciences de l’Occident.

Où est Emmanuel Macron ?
Où est Pedro Sánchez ?
Où sont les dirigeants irlandais ?
Où est Ottawa ?
Où sont les déclarations d’urgence de l’ONU ?

Où sont les condamnations immédiates que l’on nous présente habituellement comme des impératifs moraux ?

Disparues.

Évaporées.

Comme si la découverte présumée d’une infrastructure militaire du Hezbollah, construite avec le soutien de l’Iran à quelques kilomètres de la frontière israélienne, ne méritait ni inquiétude ni attention.

Imaginez un instant le scénario inverse.

Imaginez qu’Israël ait construit une installation militaire clandestine sur le territoire d’un pays voisin.

Imaginez les unes des journaux.

Imaginez les sessions extraordinaires des organisations internationales.

Imaginez les éditoriaux indignés.

Imaginez les manifestations.

Le monde politique occidental entrerait instantanément en éruption.

Mais lorsque le Hezbollah est concerné, la réaction semble toujours plus prudente.

Plus nuancée.

Plus hésitante.

Comme si certaines menaces avaient droit à des circonstances atténuantes permanentes.

Depuis des années, Israël avertit que le Hezbollah n’est pas une simple force politique libanaise. Il s’agit d’une organisation lourdement armée, financée et soutenue par l’Iran, dont l’objectif déclaré a longtemps été la confrontation avec l’État hébreu.

Pendant des années, ces avertissements ont été accueillis avec scepticisme, parfois même avec condescendance.

Pour une partie de l’establishment occidental, Israël est souvent considéré comme le problème principal du Moyen-Orient, tandis que ceux qui l’encerclent sont analysés avec une indulgence remarquable.

Cette grille de lecture a produit une immense cécité stratégique.

Car la réalité ne disparaît pas parce qu’on refuse de la regarder.

Les arsenaux ne cessent pas d’exister parce qu’ils compliquent un récit politique.

Les tunnels ne s’évaporent pas parce qu’ils contredisent certaines certitudes idéologiques.

Le véritable problème est là.

Depuis trop longtemps, une partie des élites occidentales préfère examiner les réactions d’Israël plutôt que les menaces auxquelles Israël est confronté.

On dissèque la riposte.

On minimise la provocation.

On condamne la conséquence.

On relativise la cause.

Cette inversion permanente de perspective a fini par devenir la norme.

Et pourtant, aucune démocratie au monde n’accepterait qu’une organisation armée accumule des capacités militaires à sa frontière sans réagir.

Aucune.

Ni la France.
Ni le Royaume-Uni.
Ni les États-Unis.
Ni le Canada.
Ni l’Espagne.

Personne n’accepterait une telle situation comme une simple anomalie géopolitique.

Pourquoi Israël devrait-il être la seule exception ?

Pourquoi exiger de l’État hébreu un niveau de passivité que nous n’exigerions jamais de nos propres gouvernements ?

Voilà la question que les critiques d’Israël évitent soigneusement.

Car elle expose une contradiction fondamentale.

Les mêmes responsables politiques qui invoquent le droit des nations à protéger leurs citoyens semblent souvent réticents à reconnaître ce droit lorsqu’il s’agit d’Israël.

Les mêmes commentateurs qui parlent sans cesse de sécurité nationale deviennent soudainement hésitants lorsque les menaces visent les Israéliens.

Les mêmes institutions qui réclament vigilance et prévention découvrent soudain les vertus de l’attentisme lorsqu’Israël tire la sonnette d’alarme.

Cette incohérence n’est pas seulement injuste.

Elle est dangereuse.

Parce qu’elle envoie un message clair aux ennemis d’Israël : la communauté internationale examinera chaque action israélienne à la loupe, mais elle regardera souvent ailleurs lorsqu’il s’agira des préparatifs militaires dirigés contre Israël.

Aucune politique de sécurité sérieuse ne peut fonctionner dans un tel environnement.

Et puis il y a la question des médias.

Non, tous les journalistes ne sont pas biaisés.

Non, toutes les rédactions ne poursuivent pas le même agenda.

Mais il existe un phénomène évident : certaines images dominent instantanément le cycle médiatique mondial, tandis que d’autres peinent à franchir les portes des rédactions.

Certaines histoires deviennent des symboles planétaires.

D’autres disparaissent avant même d’avoir été examinées.

Lorsqu’une information renforce un récit déjà installé, sa diffusion est rapide.

Lorsqu’elle le complique, elle devient soudainement moins urgente.

Cette asymétrie alimente la méfiance du public.

Et cette méfiance est largement méritée.

Car le rôle du journalisme n’est pas de protéger un récit.

Le rôle du journalisme est de poursuivre la vérité, même lorsqu’elle dérange.

Surtout lorsqu’elle dérange.

Les images qui circulent aujourd’hui ne devraient pas être ignorées parce qu’elles sont favorables à la position israélienne.

Elles devraient être examinées précisément pour cette raison.

Parce qu’une démocratie mature ne sélectionne pas les faits qu’elle accepte de voir.

Parce qu’un journaliste digne de ce nom ne détourne pas le regard lorsqu’une information remet en cause ses hypothèses.

Parce qu’un responsable politique sérieux ne peut prétendre défendre la stabilité régionale tout en ignorant les infrastructures militaires qui menacent cette stabilité.

Au fond, le scandale n’est peut-être pas ce que montrent les images.

Le scandale est la réaction qu’elles suscitent.

Ou plus exactement l’absence de réaction.

Car lorsque les preuves potentielles d’une menace majeure émergent et que les gardiens autoproclamés de l’ordre international restent silencieux, ce silence devient lui-même une information.

Et une information extrêmement révélatrice.

Une fois encore, Israël se retrouve confronté à une réalité familière : être jugé selon des critères que personne d’autre n’aurait à supporter.

Être condamné pour ses réponses.

Mais rarement compris pour les menaces auxquelles il fait face.

Le monde devrait se poser une question simple.

Si un pays européen découvrait à sa frontière une infrastructure militaire comparable dirigée contre ses citoyens, combien de temps faudrait-il avant que les dirigeants occidentaux réclament une action immédiate ?

La réponse est évidente.

Quelques heures.

Pas davantage.

C’est pourquoi le silence actuel n’est pas seulement troublant.

Il est accablant.

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