Le Hezbollah décampe à Ali al-Taher face à Tsahal

Le Hezbollah évacue « Ali al-Taher »… avec le feu vert iranien, qui capitule lui aussi

Il lie son existence aux armes et fait porter au gouvernement le poids de son soutien

Le Hezbollah a surpris le milieu politique libanais en évacuant les collines d’« Ali al-Taher », permettant ainsi à l’armée israélienne d’en prendre le contrôle.

Il a choisi de ne pas les remettre à l’armée libanaise, contrairement aux conseils qui lui avaient été prodigués. Ceux-ci préconisaient de placer la question des collines entre les mains de la délégation libanaise chargée des négociations. L’objectif était de renforcer sa position dans les discussions.

La délégation se prépare à la huitième session des négociations. Celle-ci reste toutefois suspendue à une décision de Washington fixant sa date. Elle devrait, selon toute vraisemblance, se tenir durant la seconde moitié du mois de septembre.

L’évacuation des « collines » par le Hezbollah soulève de nombreuses interrogations.

La première concerne la position de l’Iran. Selon une source impliquée dans les négociations, citée par Asharq Al-Awsat, il serait inconcevable que le Hezbollah ait pris seul une décision de cette importance sans consulter Téhéran.

Cette hypothèse paraît d’autant moins vraisemblable que plusieurs responsables iraniens avaient auparavant menacé d’intervenir pour défendre les collines. Ils se sont toutefois abstenus d’apporter au Hezbollah un soutien concret. Ceci montre que l’Iran redoute Tsahal, et n’ose plus se frotter à Israël. Cela montre aussi que le lien qu’a voulu faire Trump du dossier du Hezbollah avec le dossier iranien n’était absolument pas pertinent.

Pour cette source, personne ne peut sérieusement croire que l’évacuation des « collines » ait été décidée unilatéralement, sans consultation préalable de la direction iranienne.

Des habitants inspectent les dégâts après un raid aérien israélien samedi soir qui a ciblé le village de Mefdoun, dans le sud du Liban (AFP).Des habitants inspectent les dégâts après un raid aérien israélien samedi soir qui a ciblé le village de Mefdoun, dans le sud du Liban (AFP).

L’aboutissement d’un arrangement iranien

La question se pose donc de savoir si l’évacuation des « collines » constitue l’aboutissement d’un accord auquel Téhéran aurait participé.

Plusieurs médiateurs de différentes nationalités auraient contribué à mettre cet accord au point. Il aurait notamment permis d’assurer une sortie en toute sécurité à des experts militaires qui, selon certaines informations, appartiendraient aux Gardiens de la révolution iraniens et se trouvaient à l’intérieur de l’installation militaire.

Cette hypothèse intervient alors que des responsables iraniens avaient auparavant affirmé être en contact avec les personnes présentes dans l’installation. Ils avaient même menacé d’intervenir pour empêcher Israël de l’encercler complètement.

La source souligne que la menace iranienne d’intervenir pour soutenir le Hezbollah dans sa défense des « collines » est finalement restée lettre morte. Elle ne s’est traduite par aucune mesure concrète.

Il en serait allé de même après l’assassinat par Israël de l’ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Les menaces iraniennes étaient alors restées sans suite concrète.

Selon la source, Téhéran a donc donné au Hezbollah le feu vert pour évacuer les « collines ».

Un prétexte pour conserver les armes

La source s’interroge également sur l’insistance du Hezbollah à ne pas remettre les « collines » à l’armée libanaise.

Son refus de suivre les conseils qui lui avaient été prodigués pourrait s’expliquer par le fait que sa direction n’avait aucune intention de les suivre.

Il ne s’agirait pas de la crainte de voir l’armée israélienne prendre le contrôle d’« Ali al-Taher ». Israël occupe déjà certains sites précédemment contrôlés par l’armée libanaise, laquelle s’en est retirée dans le cadre de son redéploiement au sud du Litani.

Le véritable enjeu serait ailleurs : le déploiement de l’armée libanaise sur ces positions aurait signifié la fin de la possibilité, pour le Hezbollah, de maintenir ses combattants au nord du Litani.

La source estime donc que le Hezbollah a préféré évacuer les « collines » une fois celles-ci encerclées par l’armée israélienne.

Cette dernière avait pris le contrôle des principaux accès et des voies d’entrée et de sortie. Ces positions sont adjacentes aux localités de Nabatiyeh al-Fawqa et Kfar Tibnit, ainsi qu’aux abords de Dohat Kfar Rumman.

Pour la source, l’évacuation des « collines » ne signifie pas que les combattants du Hezbollah ont quitté le nord du Litani.

Elle correspondrait plutôt à un redéploiement destiné à justifier le maintien de ses armes, sous prétexte de continuer à faire face à Israël.

La source pose alors une question :

« Les autorités officielles n’ont-elles obtenu aucune information permettant de savoir si l’armée israélienne a complètement pris le contrôle des “collines” ? Ou existe-t-il encore à l’intérieur des passages et des ramifications par lesquels elle cherche à achever son contrôle ? »

Elle estime qu’il aurait été préférable que le Hezbollah remette les collines à l’armée libanaise.

Une telle décision aurait renforcé la position de la délégation libanaise dans les négociations. À l’inverse, leur évacuation au profit de l’armée israélienne transforme son contrôle des collines en fait accompli.

Cette question devrait désormais figurer au premier plan de l’ordre du jour de la huitième session des négociations.

Parallèlement, les préparatifs du congrès international organisé à Paris pour soutenir l’armée libanaise et les forces de sécurité intérieure se poursuivent. Il doit se tenir à la mi-septembre.

Selon les informations dont dispose la source, aucun affrontement entre Israël et le Hezbollah n’avait précédé l’évacuation des collines.

Le Hezbollah aurait donc pris cette décision en raison du déséquilibre des rapports de force. Les informations disponibles indiquent également qu’il n’a évacué les collines qu’après avoir réussi à retirer les combattants encore en vie qui s’y trouvaient.

La source s’étonne dès lors que le Hezbollah n’ait pas accepté de remettre les collines d’« Ali al-Taher » à l’armée libanaise.

Elle y voit une nouvelle illustration de sa volonté de conserver ses armes au nord du Litani.

Plus largement, elle estime que l’existence politique du Hezbollah semble désormais liée au maintien de son arsenal. Le mouvement refuse de remettre ses armes sans obtenir, en contrepartie, une concession politique.

Il chercherait notamment à conditionner leur abandon à un accord sur une stratégie nationale de sécurité.

La tournée entreprise par une délégation du Hezbollah auprès de la plupart des dirigeants politiques et des responsables de partis n’a manifestement pas permis d’obtenir ce qu’il espérait.

Cette tournée avait commencé par une rencontre avec le Courant patriotique libre.

Mais le consensus libanais en faveur du monopole des armes par l’État semble désormais laisser au Hezbollah peu d’alliés capables de justifier le maintien de son arsenal.

Des panaches de fumée s'élèvent suite aux bombardements de la forêt d'Ali Taher, dans le sud du Liban (Agence nationale d'information).Des panaches de fumée s’élèvent suite aux bombardements de la forêt d’Ali Taher, dans le sud du Liban (Agence nationale d’information).

La source s’interroge également sur l’intérêt de maintenir le Liban lié au « mémorandum d’entente » américano-iranien.

Son application reste suspendue à l’évolution des tensions entre Washington et Téhéran. De son côté, Washington continue d’exercer périodiquement une forte pression sur les dirigeants iraniens afin qu’ils acceptent les conditions fixées par le président américain Donald Trump.

Dès lors, qu’est-ce qui empêcherait le Hezbollah de soutenir la délégation libanaise et de lui permettre de mettre en œuvre « l’accord-cadre » ?

Pourquoi maintenir le pays prisonnier d’un « mémorandum d’entente » qui, selon la source, semble ne pas devoir voir le jour dans un avenir proche ?

Le Liban maintient, pour sa part, ses principales revendications : consolider le cessez-le-feu, obtenir la libération des prisonniers, reconstruire les localités détruites et obtenir le retrait d’Israël.

Ce sont ces positions que défend la délégation négociatrice, conformément aux instructions du président de la République, le général Joseph Aoun.

La source estime enfin qu’il n’existe plus de justification au maintien des armes du Hezbollah.

Le rapport de force lui est défavorable. Le mouvement n’a pas respecté les règles d’engagement et a continué à s’arroger le droit de décider seul de la guerre et de la paix. Cette politique a fait payer au Liban un prix très lourd.

La question devient donc, selon elle, très simple :

« Pourquoi conserver ses armes puisqu’il a évacué les collines sans obtenir la moindre contrepartie, tout en faisant porter au gouvernement le coût de son soutien à Gaza et à l’Iran ? »

Hussein Ayyash (33 ans), qui avait été détenu par l'armée israélienne, a retrouvé sa famille dans la ville de Harouf, dans le district de Nabatieh, au sud du Liban (Reuters).Hussein Ayyash (33 ans), qui avait été détenu par l’armée israélienne, a retrouvé sa famille dans la ville de Harouf, dans le district de Nabatieh, au sud du Liban (Reuters).

Les prisonniers contre les dépouilles

La source estime par ailleurs que la libération par Israël de cinq personnes enlevées pourrait ouvrir une nouvelle brèche dans les négociations.

Cette libération serait intervenue grâce à l’intervention de l’ambassadeur américain à Beyrouth, Michel Issa. Celui-ci aurait réussi à obtenir du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu son accord pour leur libération.

Cette initiative pourrait permettre de relancer la question de la libération des prisonniers libanais et de sortir les négociations de leur enlisement.

Mais Tel-Aviv insiste parallèlement pour connaître le lieu où ont été enterrés les Juifs libanais morts pendant la guerre civile au Liban, afin de pouvoir récupérer leurs dépouilles.

Selon une source ministérielle impliquée dans les négociations, Netanyahu aurait remis à Michel Issa des cartes indiquant les lieux où ces personnes pourraient avoir été enterrées.

Israël chercherait ainsi à obtenir la restitution de leurs dépouilles en contrepartie d’une éventuelle discussion sur la libération des prisonniers libanais.

Le Liban dispose de son côté de listes contenant les noms des Juifs libanais concernés ainsi que les lieux où ils auraient été enterrés.

Ces informations auraient été fournies par un responsable de la synagogue juive de Beyrouth.

La source affirme que le Liban a effectué toutes les démarches nécessaires par l’intermédiaire des services compétents. Ceux-ci n’ont toutefois retrouvé jusqu’à présent aucune dépouille correspondant aux listes dont ils disposent.

Le Liban poursuit néanmoins ses recherches malgré les difficultés rencontrées.

Le principal obstacle réside dans l’absence de personnes capables d’indiquer avec précision les lieux des sépultures.

La coopération se poursuit entre un responsable de la synagogue juive et les services de sécurité. L’objectif est désormais de parvenir à localiser les lieux d’inhumation.

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