L’accord de Trump avec l’Iran: une opportunité stratégique
par Ahmed Charai
Le véritable obstacle à la paix n’a jamais été la nation iranienne. C’est le régime qui gouverne l’Iran contre la volonté et les aspirations de son peuple – un régime qui se comporte moins comme un État normal que comme un cartel révolutionnaire et sécuritaire.
Il est inadmissible que l’Iran se dote de l’arme nucléaire – ni dans ce cadre, ni après soixante jours, ni dans cinq ans, ni par l’ambiguïté, le retard, la dissimulation ou la normalisation progressive des violations.
Le dossier nucléaire ne saurait être relégué au second plan sous prétexte d’alléger les sanctions, d’assurer l’accès au pétrole et de débloquer les avoirs. Tout processus diplomatique sérieux doit s’appuyer sur des engagements vérifiables, des inspections approfondies, un recensement complet des stocks d’uranium enrichi et des conséquences concrètes et non de simples déclarations.
Un accord avec Téhéran n’est pas un contrat avec un gouvernement normal. C’est un arrangement avec un système divisé, opaque et militarisé, où les diplomates peuvent signer tandis que les commandants sabotent ; les présidents peuvent parler tandis que les Gardiens de la révolution décident ; les modérés peuvent faire des promesses tandis que les radicaux préparent la prochaine escalade.
La posture récente de l’Iran suit un schéma bien connu : négocier sous la pression, exiger un allègement de la situation, préserver son influence et recourir à des intermédiaires régionaux pour complexifier le conflit. Les Gardiens de la révolution constituent l’épine dorsale du pouvoir de coercition du régime à l’intérieur du pays et de sa capacité de projection de force à l’étranger. Des figures comme Ahmad Vahidi symbolisent ce problème.
C’est pourquoi ce cadre ne doit pas se limiter au détroit d’Ormuz et à la question nucléaire. Il doit également prendre en compte les mécanismes de déstabilisation régionale.
Si l’on permet à Téhéran d’échanger un calme temporaire dans le Golfe contre la poursuite des pressions par procuration au Liban, à Gaza, en Syrie, en Irak ou au Yémen, alors l’accord n’apportera pas la paix. Il ne fera que déplacer la guerre d’un front à un autre.
Le troisième principe doit être la consultation régionale. Israël a des préoccupations sécuritaires directes qui ne peuvent être balayées d’un revers de main comme un simple inconvénient politique.
Washington n’a pas besoin de faire du changement de régime l’objectif déclaré de cette diplomatie. Mais l’Amérique ne devrait pas légitimer le régime sans conditions. Les droits humains doivent rester au cœur de cette démarche : liberté d’internet, droits des prisonniers politiques, droits des femmes, droit de manifester et obligation de rendre des comptes pour la répression.
C’est là que le président Trump devrait envisager un complément politique et économique audacieux aux négociations sur la sécurité : confier à Jared Kushner une voie parallèle axée sur l’avenir de l’économie iranienne, mais conçue pour le bénéfice du peuple iranien et non pour l’enrichissement du régime.
Le succès de Kushner avec les accords d’Abraham ne se limitait pas à sa contribution à la négociation des documents ; il résidait dans sa compréhension du pouvoir stratégique de l’imagination économique dans une région épuisée par l’idéologie. La même logique devrait désormais s’appliquer à l’Iran. Tout allègement des sanctions, mécanisme d’investissement, plan d’infrastructures ou ouverture économique doit être conditionné par la transparence, le développement du secteur privé, les jeunes entrepreneurs, les femmes, les étudiants, la technologie et la société civile – et non par les Gardiens de la révolution, le clergé ou les réseaux de coercition du régime.
La diplomatie ne doit pas avoir pour but de soustraire le régime aux conséquences de ses propres échecs. Elle doit viser à garantir que le peuple iranien, et non ses geôliers, soit le véritable bénéficiaire de la paix.
Ahmed Charai est président-directeur général de World Herald Tribune, Inc., et éditeur du Jerusalem Strategic Tribune, de TV Abraham et de Radio Abraham.
JForum.fr avec gatestoneinstitute.org
Sur la photo : le président iranien Massoud Pezeshkian assiste à la présentation d’un missile « Qassem Soleimani » lors d’un défilé militaire à Téhéran, le 21 septembre 2024. (Photo : Atta Kenare/AFP via Getty Images)
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