La rupture entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis

Le cheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, président des Émirats arabes unis, pose pour une photo avec le prince Mohammed bin Salman bin Abdulaziz Al Saud, prince héritier et Premier ministre d’Arabie saoudite

La rupture entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis

L’Arabie saoudite a instauré des contrôles financiers renforcés sur les transferts d’argent vers les Émirats arabes unis, une décision discrète mais significative qui complique les échanges bancaires entre ces deux puissances économiques du Golfe. Cette mesure, qui n’a pas été annoncée publiquement, explique les difficultés rencontrées par plusieurs entreprises pour transférer des fonds depuis des comptes saoudiens vers les Émirats ces derniers mois. Ces restrictions s’inscrivent dans un contexte de tensions croissantes entre Riyad et Abu Dhabi, malgré leurs liens commerciaux étroits.

Selon plusieurs sources proches du dossier, la banque centrale saoudienne a demandé aux institutions financières d’appliquer des contrôles supplémentaires sur les transactions impliquant les Émirats, considérés désormais comme un pays à risque accru pour le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Cette décision a entraîné des retards importants, voire des rejets de transferts, sans explications officielles. Certaines entreprises ont dû recourir à des circuits alternatifs via des pays tiers pour contourner ces obstacles. Cette surveillance accrue intervient peu après l’annonce par les Émirats de leur sortie de l’OPEP, un geste perçu comme une rupture par Riyad, aggravant les frictions entre les deux États.

Malgré ces tensions, les autorités des deux pays minimisent l’impact de ces mesures. La banque centrale saoudienne affirme qu’il n’existe pas de restrictions directes sur les transactions avec un pays spécifique, soulignant que les contrôles renforcés s’inscrivent dans le cadre d’une lutte globale contre les crimes financiers. De son côté, un responsable émirati assure que le ministère de l’Économie n’a reçu aucune plainte officielle concernant des retards ou des blocages dans les transferts bancaires. Toutefois, la réalité vécue par les entreprises semble indiquer une surveillance plus rigoureuse, reflétant une volonté de Riyad d’adresser un message discret à Abu Dhabi dans un contexte de rivalités économiques et géopolitiques.

Cette situation illustre la complexité des relations entre l’Arabie saoudite et les Émirats, deux acteurs majeurs du Golfe engagés dans une compétition pour attirer investissements et talents, tout en restant interdépendants sur le plan commercial. Si une rupture économique totale paraît improbable, ces mesures de contrôle renforcées traduisent un refroidissement des relations et pourraient peser sur les flux financiers et commerciaux à court terme. Elles soulignent aussi les enjeux sécuritaires et stratégiques qui pèsent sur la région, où la coopération et la rivalité cohabitent étroitement.

L’intensification des contrôles saoudiens sur les transferts vers les Émirats révèle une fracture croissante entre ces deux puissances du Golfe, malgré leurs intérêts économiques communs. Ce durcissement des règles financières, bien que présenté comme une mesure de précaution contre les risques de blanchiment et de financement du terrorisme, traduit aussi des tensions politiques et économiques sous-jacentes qui pourraient influencer l’équilibre régional dans les mois à venir.

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