Par Jean-Marc Alcalay
Panthéoniser : une passion française !
Ce 23 juin 2026, Marc Bloch, (6 juillet 1886-16 juin 1944) le célèbre historien-résistant et sa femme, Simonne Bloch-Vidal (14 février 1894-2 juillet 1944) sont entrés au Panthéon.
« Sont entrés au Panthéon, ». La formule habituelle, en cette circonstance, laisse penser qu’ils sont encore vivants et que cette « entrée » les rendra à jamais immortels. En 1977, les cendres de Marc Bloch ont été ramenées en sa tombe, dans le petit cimetière de Bourg-d’Hem, dans la Creuse, où il possédait une maison de famille. Quant à sa femme, décédée dans un hôpital à Lyon, d’un cancer de l’estomac, le 2 juillet 1944, elle a été enterrée sous la fausse identité de Simone Marie Perrier, mais son corps n’a jamais été retrouvé. Elle ne savait pas que son mari avait été fusillé dix-sept jours avant.
Il faut préciser que ce ne sont que des cercueils vides, ou à peu près, qui entrent ainsi dans ce Temple de la République, le pendant laïque de la basilique de Saint-Denis, qui accueille les rois, les reines et les pairs de France, depuis l’année 630 (NDLR : Ce qui du reste est préférable, car pour des Juifs, un tel site d’enterrement est à exclure). Que Marc Bloch, spécialiste entre autres du monde rural, reste donc dans le vert pâturage de ce petit cimetière niché au cœur de la Creuse (Id : Bien que sans doute il ne s’agisse pas d’un cimetière juif) ! Ne sont donc entrés au Panthéon que leurs symboles et, quelques objets familiers… Mais l’importance ne tient pas dans cet étrange arrangement cérémonial de reconnaissance nationale à un couple exemplaire de combattants pour la France. Ce qui fait tache et qui fâche, c’est bien le choix idéologique de Suzette Bloch, l’une de leurs petites-filles, les autres, restant plus discrètes.
Le choix de Suzette : pas de récupération politique ?
Ainsi, Suzette Bloch s’est-elle autoproclamée la dépositaire testamentaire de ses grands-parents. Elle ne voulait pas que cet hommage soit récupéré par les politiques. Seulement voilà, premier détournement obligé d’une cérémonie nationale, c’est le président Emmanuel Macron, devenu en sa fin de second mandat, le spécialiste des nécrologies des hommes illustres, qui a présidé cette panthéonisation. Et c’est comme si le dernier dialogue d’un président avec la France ne pouvait plus que s’instaurer avec les morts célèbres de la République, dans une longue méditation solitaire, grave et lyrique, façon André Malraux. François Mitterrand, en 14 ans de présidence, en avait célébré sept. Emmanuel Macron en a présidé six, en à peine neuf ans, et Napoléon, quarante ! Alors, Emmanuel Macron, exercice lié à sa fonction ou récupération ? Les deux, mon capitaine !
Suzette Bloch, disais-je, ne voulait pas de récupération politique. À cet égard, elle avait écarté les représentants du RN de cet hommage. Pourquoi pas ! Elle argumentait que le FN, pourtant constituée sur l’autel de l’Algérie française défunte, avait accueilli en son temps, d’anciens Waffen-SS, mais rappelons-le aussi, d’anciens résistants ! Par respect, le RN ne s’est donc pas rendu à cette commémoration. La famille de Robert Badinter, entré dans le Temple des immortels, le 9 octobre 2025, n’avait pas voulu, ni de la présence du RN, ni celle des leaders de LFI. Pas de récupération politique, avait réclamé Suzette Bloch ! Mais idéologie oblige, en invitant Jean-Luc Mélenchon, Éric Coquerel et bien d’autres LFIstes, dont une militante qui arborait un keffieh palestinien, Suzette Bloch a fait de l’hommage rendu à ses grands-parents, une honteuse récupération gauchiste, salissant ainsi leur mémoire. Comme quoi, la transmission d’une génération à l’autre suppose toujours de la perte, traduite ici en une nette et franche adhésion aux valeurs strictement opposées à celles de Marc Bloch et de sa femme, au prix de la mort de celui-ci, le 16 juin 1944, fusillé par la gestapo, avec 27 autres résistants. Paradoxe d’une femme qui, tout en honorant ses grands-parents, détourne et confisque les idéaux qu’ils ont toujours défendus et pour lesquels son grand-père a été exécuté : la République, le patriotisme, la lutte contre l’antisémitisme, la fidélité au judaïsme familial, mais aussi à la laïcité et par-dessus tout, l’amour de la France et de la vérité. Ajoutons-y, le courage face à l’Histoire !
Autrement dit, Marc Bloch était à l’opposé des leaders LFIstes qui ne rêvent qu’à la destruction de ces valeurs. Le pire est qu’ils sont soutenus par Suzette Bloch qui comme eux, n’est pas à une contradiction près. Peu importe ce que lui auraient dit ses grands-parents ! Au nom de son extrémisme de gauche, elle confisque leur mémoire et c’est comme si, elle les tuait une seconde fois, au profit d’un idéal totalitaire d’extrême gauche. Et Suzette Bloch, de poser fièrement pour la photo avec des leaders LFIstes, ravis d’essayer de s’exonérer de leur antisémitisme qui leur colle à la peau depuis le 7 octobre 2023. Eux aussi ne sont pas à une contradiction près ! Il y a peu de temps, Jean-Luc Mélenchon doutait que les massacres du 7 octobre aient été des actes terroristes, sans compter ses soutiens à Rima Hassan, passionaria pro-Hamas et antisémite, ses déclarations ambiguës sur le CRIF et les élus de religion juive, sa haine d’Israël… La liste est longue ! On croit rêver face à cette brochette d’hypocrites, spécialistes du mensonge en politique, et l’on se désole qu’une cérémonie aussi solennelle que l’entrée au Panthéon de Marc et de Simonne Bloch, soit détournée et confisquée par une nouvelle et étrange défaite de la pensée : celle de Suzette Bloch, eh oui, leur petite-fille !
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