La grande fraude électorale palestinienne

La grande fraude électorale palestinienne

par Khaled Abu Toameh

Les gouvernements occidentaux et les donateurs accueilleront sans doute favorablement l’annonce [des élections présidentielles] comme un signe qu’Abbas répond enfin aux demandes de réforme qui durent depuis longtemps. Ils ne devraient pas.

Organiser des élections pour le simple plaisir d’organiser des élections n’est pas une réforme. Les élections, à elles seules, ne créent pas la démocratie, n’enrayent pas la corruption et n’établissent pas la responsabilité.

Comme le soulignent Natan Sharansky et Ron Dermer dans leur ouvrage * A Case for Democracy* , les élections, à elles seules, ne constituent pas une démocratie. Il est indispensable de disposer d’institutions démocratiques fonctionnelles : liberté d’expression, liberté de la presse, séparation de l’Église et de l’État, liberté de ne pas avoir de religion, indépendance du pouvoir judiciaire, séparation des pouvoirs, égalité de tous devant la loi, respect des procédures légales, etc. Ce n’est qu’au terme de ces processus, véritables fondements de la démocratie, une fois qu’ils sont pleinement opérationnels, qu’une élection représentative de la démocratie peut être organisée. Autrement, comme on peut le constater en Russie, en Iran et dans d’autres dictatures, les élections ne sont en aucun cas un signe de réforme, mais de simples mascarades.

Les Palestiniens ont désespérément besoin d’institutions transparentes, d’un système judiciaire indépendant, d’une presse libre, de mécanismes de contrôle et d’équilibre efficaces, et de dirigeants qui rendent des comptes au public plutôt que de gouverner indéfiniment par décret présidentiel.

Rien de tout cela n’existe sous l’Autorité palestinienne en Cisjordanie ni sous le Hamas dans la bande de Gaza.

Le parlement palestinien, connu sous le nom de Conseil législatif palestinien (CLP), est de facto inopérant depuis que le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza par la violence en 2007, et qu’Abbas l’a officiellement dissous en 2018.

« La preuve la plus flagrante de la dérive autoritaire réside dans la décision prise par le Fatah, parti perdant des élections de 2006, de dissoudre le Conseil législatif palestinien (CLP) en 2018. La suspension des réunions du CLP a inévitablement entraîné le transfert de ses fonctions législatives et de contrôle au pouvoir exécutif, représenté par le président. Depuis 2007, le président Abbas a promulgué par décret plus de lois que le CLP n’en a jamais promulguées depuis sa création en 1996. La plupart de ces lois n’étaient pas urgentes, comme l’exige la Loi fondamentale, et nombre d’entre elles en violaient les dispositions. En l’absence de parlement, le président s’est octroyé le pouvoir de gouverner par décret sans obligation de rendre des comptes ni contrôle. » — Centre palestinien de recherche sur les politiques et les enquêtes (PCPSR), janvier 2021.

Le dernier sondage réalisé par le PCPSR a révélé que 80 % des Palestiniens souhaitent que [le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas] quitte ses fonctions.

Si Abbas et les dirigeants du Fatah déterminent quels candidats peuvent participer, le résultat sera largement prédéterminé avant même le premier tour de scrutin.

Le Fatah reste fermement sous le contrôle des mêmes dirigeants, de la même culture politique et des mêmes réseaux de clientélisme. Quelques noms ont changé, mais le système est resté inchangé. On retrouve la même vieille politique, agrémentée de quelques nouveaux visages, dont celui de Yasser, le fils d’Abbas.

Pour les Palestiniens ordinaires, le choix se résume essentiellement à un duel entre le Fatah et le Hamas. Il n’existe pas de troisième force crédible capable de rivaliser au niveau national, et les deux mouvements s’emploient depuis des années à réprimer toute voix politique indépendante.

Les sondages d’opinion réalisés au cours des deux dernières années ont montré à maintes reprises que le Hamas… bénéficie d’un soutien plus important que la faction Fatah de Mahmoud Abbas.

Dans ces circonstances, de nouvelles élections pourraient une fois de plus donner la victoire au Hamas. Un tel résultat renforcerait un groupe terroriste soutenu par l’Iran qui prône ouvertement la destruction d’Israël, rejette la paix et continue de prôner le djihad armé (guerre sainte).

La démocratie ne peut exister lorsque la faction au pouvoir contrôle les règles, les institutions et le terrain politique.

Le pouvoir est concentré entre les mains d’un petit cercle restreint. Le parlement est inopérant. La séparation des pouvoirs est illusoire. Le débat public authentique est quasi inexistant. Les journalistes exercent leur métier sous une pression et une crainte constantes. Les nominations politiques reposent souvent davantage sur la loyauté personnelle que sur le mérite.

La question n’est pas de savoir si les Palestiniens doivent voter, mais plutôt si les conditions d’élections libres et significatives sont réunies. Tant que le Hamas restera un groupe terroriste armé bénéficiant d’un large soutien populaire, et tant que le Fatah continuera de monopoliser la vie politique palestinienne, les élections risquent davantage de reproduire la crise actuelle que de la résoudre.

Les Palestiniens ont besoin d’une réforme institutionnelle. Ils ont besoin de tribunaux indépendants. Ils ont besoin de transparence financière. Ils ont besoin de mécanismes anticorruption. Ils ont besoin d’une véritable liberté d’expression. Ils ont besoin du pluralisme politique. Ils ont besoin d’une transition pacifique du pouvoir.

Ce n’est qu’une fois ces fondements établis que les élections peuvent engendrer un véritable changement. Autrement, elles ne servent qu’à masquer un système antidémocratique par une façade démocratique.

Les gouvernements occidentaux devraient donc se garder de célébrer le dernier décret d’Abbas comme une preuve de réforme et de progrès démocratique. Ce décret doit être perçu pour ce qu’il est très probablement : une manœuvre politique de plus visant à préserver la légitimité internationale et à garantir le maintien du soutien financier occidental, plutôt qu’un effort sincère pour instaurer la démocratie au peuple palestinien.

Khaled Abu Toameh est un journaliste primé basé à Jérusalem.

Photo : Le bâtiment du CLP à Ramallah, le 28 janvier 2006, trois jours après ses dernières élections. (Photo : Zharan Hammad/Getty Images)

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