Trois sources palestiniennes ont indiqué à Asharq Al-Awsat que de hauts responsables du bureau politique du Hamas avaient récemment tenu une réunion hautement confidentielle avec une délégation française comprenant des diplomates en exercice et d’anciens diplomates, ainsi que des parlementaires des deux partis de la coalition gouvernementale française et de l’opposition.
Deux sources – l’une affiliée à une organisation de la société civile palestinienne impliquée dans des programmes avec la France et d’autres pays européens, et l’autre liée à une faction palestinienne proche du Hamas – ont indiqué que la réunion s’était tenue « récemment » dans un pays de la région non précisé. Toutes deux ont refusé de révéler le lieu, mais ont qualifié la réunion de « extrêmement secrète ».
Selon des sources, plusieurs gouvernements, factions palestiniennes et médiateurs impliqués dans les efforts de cessez-le-feu à Gaza, dont l’Égypte, le Qatar et la Turquie, ont été informés de la réunion peu avant ou peu après sa tenue. Une source a indiqué que le Hamas avait informé plusieurs parties de la tenue de la réunion, sans toutefois en divulguer les détails.
Deux responsables du Hamas ont confirmé à Asharq Al-Awsat que la réunion avait eu lieu, mais ont refusé de faire d’autres commentaires.
Cette rencontre est remarquable car elle semble être la première connue entre des responsables européens et des dirigeants du Hamas depuis l’attaque perpétrée par le groupe contre Israël le 7 octobre 2023.
Depuis, des représentants du Hamas ont rencontré des responsables américains et des envoyés présidentiels dans le cadre de négociations de cessez-le-feu qui ont abouti à la libération d’otages détenus par le groupe. Ces contacts avaient été publiquement salués à l’époque par le président Donald Trump, malgré la désignation du Hamas comme organisation terroriste par Washington depuis 1997.
La France ne désigne pas formellement le Hamas comme organisation terroriste dans son cadre juridique national, bien que les autorités françaises poursuivent les personnes accusées de financer le groupe. Suite à l’attentat du 7 octobre, le débat s’est intensifié à Paris concernant la nécessité de classer officiellement le Hamas comme organisation terroriste.
L’Union européenne a inscrit le Hamas et sa branche militaire, les Brigades Izz ad-Din al-Qassam, sur sa liste de sanctions terroristes depuis 2001. En mai, l’UE a imposé des sanctions supplémentaires au Hamas et au mouvement Jihad islamique palestinien.
Cette rencontre, telle que rapportée, intervient également dans un contexte de relations tendues depuis près de deux ans entre Paris et Tel-Aviv, ainsi que de tensions croissantes entre le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au sujet des campagnes militaires israéliennes à Gaza et au Liban et de ses frappes en Syrie.
Après la reconnaissance par la France de l’État de Palestine, Netanyahu a accusé Macron en août d’« alimenter l’antisémitisme », ce qui a provoqué une vive réaction de l’Élysée, qui a qualifié ces propos de « vils » et fondés sur des mensonges.
Questions abordées
Selon une source de la société civile palestinienne, les discussions ont porté de manière générale sur la situation palestinienne, notamment sur les efforts visant à réorganiser les affaires intérieures palestiniennes, à améliorer la réconciliation nationale et à faire progresser un processus politique destiné à mettre fin au conflit avec Israël.
Selon cette source, les discussions ont également porté sur le soutien au droit des Palestiniens à établir un État indépendant sur la base des frontières du 4 juin 1967.
La France a été l’un des principaux défenseurs de la solution à deux États et, aux côtés de l’Arabie saoudite, a mené des efforts internationaux qui ont contribué à susciter une vague de reconnaissance diplomatique en faveur d’un État palestinien et un soutien plus large au sein des Nations Unies.
Cette révélation intervient alors que le Hamas est engagé dans des négociations difficiles concernant l’avenir de son arsenal d’armes.
Le groupe a conditionné toute discussion sur le désarmement à un processus politique clairement défini qui garantisse l’autodétermination palestinienne et la création d’un État souverain.
Un historique des contacts
Cette réunion, telle que rapportée, n’est pas sans précédent. En 2008, le Hamas avait révélé avoir tenu des discussions avec plusieurs responsables européens, dont des représentants français.
Le ministre français des Affaires étrangères de l’époque, Bernard Kouchner, a reconnu l’existence de tels contacts, mais a souligné que la France n’établirait pas de relations formelles avec le Hamas à moins que celui-ci ne reconnaisse Israël et ne renonce à la violence.
À l’époque, le porte-parole du Hamas, Sami Abu Zuhri, avait déclaré que ses interlocuteurs européens cherchaient à comprendre les positions du mouvement sur l’évolution de la situation politique et les perspectives d’un État palestinien.
Ces contacts ont coïncidé avec l’adoption progressive par le Hamas d’une position acceptant un État palestinien dans les frontières de 1967 comme solution transitoire, tout en s’abstenant de reconnaître Israël et en insistant sur le droit au retour des réfugiés palestiniens et sur Jérusalem-Est comme capitale d’un futur État palestinien.
En 2009, Khaled Meshaal, alors chef du bureau politique du Hamas, a rencontré deux parlementaires français à Damas.
Un autre changement s’est produit en 2017, lorsque le Hamas a élu une nouvelle direction menée par Ismail Haniyeh et a révisé son document politique pour accepter un État palestinien à l’intérieur des frontières de 1967.
Le mouvement a également étendu son action à la Russie, à l’Iran, aux pays arabes et islamiques et aux États européens, tout en se déclarant ouvert au dialogue avec un large éventail d’acteurs internationaux, y compris les États-Unis.
Plus récemment, le Hamas a cherché, par le biais de cabinets d’avocats internationaux et d’initiatives juridiques, à contester sa désignation comme organisation terroriste dans plusieurs pays européens, notamment en Grande-Bretagne.
Ces efforts étaient appuyés par un document signé par Moussa Abou Marzouk, membre du bureau politique du Hamas et chef de son bureau des relations internationales, affirmant que le Hamas est un mouvement de libération nationale, et non une organisation antisémite, et qu’il ne représente pas une menace pour les pays occidentaux.
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