Iran : démonstration et message de Trump à la Chine

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Le Moyen-Orient est désormais un terrain d’essai grandeur nature pour la dissuasion maritime américaine.

Les opérations en cours en Iran, avec le déploiement hors norme de la puissance américaine, peuvent paraître disproportionnées par rapport à la menace réelle que représente l’Iran face aux États-Unis. Malgré ses missiles, l’Iran ne fait pas le poids face aux États-Unis, pour qui l’opération semble être presque un exercice, puisque dans le même temps Israël détruit deux fois plus de cibles que les Américains.

Il faut voir dans cette opération un message adressé à la Chine, grandeur nature, au cas où elle aurait quelque velléité. Sur le ton de la fanfaronnade, Trump affirme et démontre la suprématie des États-Unis dans le domaine militaire, après l’avoir déjà fait dans le domaine économique avec les taxes qu’il a imposées selon son bon vouloir.

Les pays gouvernés par des dirigeants de gauche font mine de se moquer de Trump, mais finissent par se plier à sa logique. L’Europe a enfin compris que nous ne sommes pas dans un monde de bisounours et que l’obligation de se défendre face à de nombreuses menaces impose de mettre les idéologies woke et gauchisantes au placard.

Macron, qui pensait pouvoir peser en Europe, n’est plus qu’un figurant bruyant de la politique internationale, remplacé par Meloni comme point d’appui en Méditerranée, ainsi que par Friedrich Merz en Allemagne, Karol Nawrocki en Pologne et le Premier ministre Viktor Orbán en Hongrie.

Dans le même temps, Pedro Sánchez en Espagne, Keir Starmer en Angleterre et Emmanuel Macron en France sont devenus des ennemis des États-Unis, ou du moins des alliés encombrants. Leur positionnement face à la guerre actuelle en dit long sur leur incapacité à juger des défis du moment qui, au-delà de l’Iran, concernent avant tout la Chine et ses menaces.

Le Moyen-Orient, un message clair à la Chine

Le Moyen-Orient n’est plus un conflit périphérique. C’est un champ de bataille actif où la puissance navale américaine, le commerce mondial et la sécurité des alliés sont mis à l’épreuve en temps réel.

Lorsqu’un groupe aéronaval américain comme l’USS Abraham Lincoln opère en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, il constitue le fer de lance de la projection de puissance américaine. Un porte-avions de classe Nimitz, escorté par des croiseurs lance-missiles et des destroyers équipés du système Aegis, déploie une défense aérienne et antimissile multicouche, des avions de combat, des capacités de guerre électronique et une architecture de commandement et de contrôle intégrée dans un environnement maritime contesté. Il ne s’agit pas d’une présence symbolique, mais d’une dissuasion avancée.

Mais le contexte des menaces le long du littoral yéménite a fondamentalement changé.

Le détroit de Bab el-Mandeb est un point de passage stratégique reliant la mer Rouge à l’océan Indien et au canal de Suez. Depuis la côte ouest du Yémen, des missiles de croisière antinavires, des missiles balistiques antinavires, des drones de combat, des mines marines et des navires de surface sans pilote peuvent atteindre les voies de navigation commerciale et les groupes aéronavals opérant en eaux internationales. Les Houthis ont maintes fois démontré leur intention d’utiliser ces systèmes et leur maîtrise technique croissante dans ce domaine.

Leur arsenal témoigne d’un soutien extérieur constant. Les composants, la formation, l’assistance au ciblage et les transferts d’armes fournis par l’Iran ont permis d’accroître la portée, d’améliorer le guidage et de développer des profils d’attaque plus complexes. Il en résulte un réseau de menaces côtières à plusieurs niveaux, capable de réduire les délais d’alerte et de complexifier la défense maritime.

Un système de combat Aegis peut suivre simultanément des centaines de cibles. Les intercepteurs de missiles standard assurent une défense multicouche contre les menaces aériennes et balistiques. Les groupes aériens embarqués étendent la portée des frappes loin à l’intérieur des terres. Cependant, même les plateformes navales les plus avancées sont soumises aux lois de la physique et de la géographie. Lorsque des lanceurs mobiles se déploient le long de centaines de kilomètres de côtes et que des systèmes sans pilote effectuent des vols à basse altitude, lents et irréguliers, la charge défensive se multiplie.

Il s’agit de la guerre hybride moderne en mer.

L’objectif n’est pas nécessairement une victoire décisive, mais plutôt l’usure, la perturbation et la normalisation de l’instabilité. Chaque tentative de frappe entraîne l’utilisation d’intercepteurs. Chaque lancement de drone nécessite la réaffectation de moyens de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR). Chaque perturbation maritime fait grimper les primes d’assurance, dévie les routes maritimes et signale une vulnérabilité accrue.

Pour un groupe aéronaval comme l’USS Abraham Lincoln, opérer à portée de missiles et de drones des systèmes côtiers hostiles implique un niveau de préparation opérationnelle élevé et permanent. Les avions de détection et de contrôle aéroportés doivent maintenir des orbites de surveillance étendues. Les destroyers doivent opérer en état d’alerte renforcée en matière de défense aérienne. Les systèmes de guerre électronique et de cyberdéfense doivent rester actifs pour contrer les réseaux de ciblage. Le rythme opérationnel s’accélère, tout comme le risque d’escalade.

Au-delà de la menace des missiles côtiers se cache une seconde source d’instabilité. L’environnement sécuritaire fragmenté du Yémen a historiquement offert un terrain propice aux organisations terroristes transnationales, notamment Al-Qaïda dans la péninsule arabique. Même affaiblis, ces réseaux exploitent les failles pour reconstituer leurs capacités logistiques, de recrutement et de planification opérationnelle. La présence de milices soutenues par l’Iran le long de la côte et de réseaux extrémistes à l’intérieur des terres crée une zone de convergence de menaces asymétriques dans un espace géographique restreint.

Cette convergence n’a pas besoin d’unité idéologique pour être dangereuse. Elle requiert seulement une pression simultanée.

Les conséquences pour les forces américaines et leurs alliés régionaux sont concrètes. Les installations américaines à travers le Moyen-Orient élargi se trouvent désormais dans des zones de frappe de missiles et de drones de plus en plus exposées. Les bases alliées sont confrontées à une vulnérabilité similaire. Les navires commerciaux transitant par la mer Rouge évoluent sous une menace constante. L’architecture ISR doit couvrir simultanément les espaces aérien, maritime et terrestre. Les centres de commandement et de contrôle doivent intégrer les partenaires de la coalition en temps réel.

La liberté de navigation ne s’impose pas d’elle-même. Elle est garantie par une force crédible, une présence permanente et une signalisation dissuasive claire.

La mer Rouge est devenue un terrain d’expérimentation pour déterminer si des systèmes asymétriques à bas coût peuvent imposer des coûts stratégiques disproportionnés aux grandes puissances navales. Si les attaques contre la marine marchande se normalisent, ce modèle se répandra ailleurs. Si le harcèlement des forces navales américaines par missiles et drones reste impuni, les adversaires adapteront leur stratégie en conséquence.

La dissuasion exige de la clarté. Elle exige des options de réponse crédibles. Et elle exige une interopérabilité soutenue de la coalition.

La situation géographique du Yémen en fait un enjeu crucial pour la stabilité mondiale. Son littoral surplombe l’une des voies maritimes les plus vitales au monde. Son instabilité offre une marge de manœuvre aux acteurs hybrides cherchant à exercer une influence sur les États-Unis et leurs alliés.

La mission n’est pas politique. Elle est opérationnelle.

La sauvegarde du détroit de Bab el-Mandeb vise à protéger le commerce international, à défendre les forces déployées en avant, à maintenir la crédibilité de l’alliance et à empêcher les acteurs hostiles de redéfinir les règles de l’engagement maritime par une coercition asymétrique persistante.

L’USS Abraham Lincoln et les marins qui opèrent dans ces eaux représentent bien plus qu’une simple présence américaine. Ils incarnent le principe selon lequel les voies maritimes internationales ne sauraient être mises en péril par des milices, des groupes armés interposés ou des réseaux terroristes.

Le Moyen-Orient est aujourd’hui un terrain d’expérimentation grandeur nature pour la dissuasion maritime américaine. La manière dont cette situation est gérée façonnera l’architecture de sécurité de la mer Rouge — et potentiellement au-delà — pour les années à venir.

James Foggo L’amiral James G. Foggo, de l’US Navy (à la retraite), est doyen du Centre de stratégie maritime et membre du conseil d’administration du JST. Il a commandé les forces navales américaines en Europe et en Afrique, ainsi que le commandement interarmées allié de Naples. Il a dirigé les exercices conjoints de l’OTAN (Opérations baltiques) en 2015 et 2016, ainsi que l’exercice Trident Juncture en 2018.

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