Incendie en Gironde : L’appel à l’aide du village du Porge, ravagé par les flammes

Apocalyptique. A la sortie du village du Porge (Gironde), sur l’avenue du bassin d’Arcachon qui mène au Cap Ferret, les maisons détruites et les terrains brûlés se succèdent les uns après les autres. Sans aucune logique, des habitations épargnées surgissent tout à coup, sans doute contournées par l’incendie en raison des vents, ou par le phénomène des sautes de feu.

Le long de l'avenue d'Arcachon, les maisons et les terrains brûlés se succèdent.
Le long de l’avenue d’Arcachon, les maisons et les terrains brûlés se succèdent. - Mickaël Bosredon

L’incendie, parti de Saumos à quelques kilomètres de là, le 22 juillet dernier, et qui a parcouru en tout 42.000 hectares, a ravagé ce village du Médoc de 3.500 habitants dans la nuit du 23 au 24 juillet dernier. En quelques heures, « environ 185 maisons, sur 1.600 habitations principales, ont brûlé » nous explique Jean Lajzerowicz, premier adjoint au maire que nous avons rencontré sur place jeudi. « Seul le centre du bourg a été épargné. »

« Deux vagues de feu »

« Le premier jour, l’incendie est passé par le sud de notre commune, puis les vents ont tourné et il est passé par le nord, il y a donc eu deux vagues de feu, nourries par des phénomènes convectifs générant des allers-retours, poursuit Jean Lajzerowicz. Avec la sécheresse, cela a enflammé les structures des maisons. C’est ainsi que l’on voit des habitations assez loin des bois qui ont quand même brûlé. »

Jean Lajzerowicz, premier adjoint au maire du Porge,
Jean Lajzerowicz, premier adjoint au maire du Porge,  - Mickaël Bosredon

Dans les quartiers périphériques, « une maison sur deux a brûlé » estime-t-il. « C’est une vision de guerre. C’est traumatisant avant tout pour les gens qui ont perdu leur habitation, évidemment, mais ça l’est pour tous les habitants. »

L'incendie en Gironde a détruit de nombreuses maisons au Porge dans la nuit du 22 au 23 juillet.
L’incendie en Gironde a détruit de nombreuses maisons au Porge dans la nuit du 22 au 23 juillet. - Mickaël Bosredon

A ce jour, les habitants évacués dans l’urgence dans la nuit du 22 au 23 juillet, n’ont toujours pas le droit de revenir au Porge. Les fumées sont toujours présentes, et l’odeur de brûlé prend à la gorge en permanence. Surtout, si l’incendie est considéré comme « maîtrisé », et que les conditions météo sont plus favorables depuis quarante-huit heures, « le feu vit toujours sous la tourbe, et il y a encore des départs de flammes ici ou là » prévient l’élu. « Nous avons des bénévoles qui sillonnent la forêt pour éteindre ces feux naissants. On ne fait appel aux pompiers que pour les incendies conséquents. »

L'incendie en Gironde a parcouru 42.000 hectares et détruit une bonne partie de la forêt autour du Porge.
L’incendie en Gironde a parcouru 42.000 hectares et détruit une bonne partie de la forêt autour du Porge. - Mickaël Bosredon

Parallèlement, d’énormes travaux ont été réalisés avec des bulldozers pour créer des pare-feu. « Mercredi soir, nous avons réalisé un feu tactique [ou contre-feu, qui consiste à allumer volontairement un feu pour brûler la végétation qui pourrait alimenter le feu principal] pour protéger le village naturiste La Jenny, qui fait partie des cibles prioritaires à défendre » expliquait, jeudi, Marc Vermeulen, directeur général du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis).

Situés au bord de l’océan, « La Jenny et ses 750 maisons en dur, ainsi que notre camping de la Grigne, sont nos bijoux touristiques, que nous essayons de préserver, pour le tourisme évidemment, mais aussi parce qu’ils serviront à accueillir ceux qui n’ont plus de maison » explique encore le premier adjoint du Porge.

« La solidarité est fantastique »

A côté de ces scènes de désolation, la vie a rapidement repris le dessus dans le cœur du village, devenu le centre névralgique pour l’accueil des pompiers et des bénévoles. Stéphanie fait partie des habitants qui se sont mobilisés pour cuisiner chaque jour « entre 1.000 et 1.500 repas » pour « ceux qui essaient de sauver le village. » « Ce sont des journées très intenses, dit-elle, mais on n’a pas le temps de réfléchir, le cerveau est focalisé sur l’action. »

La commune du Porge est devenue un centre névralgique pour l'accueil des pompiers et des bénévoles.
La commune du Porge est devenue un centre névralgique pour l’accueil des pompiers et des bénévoles. - Mickaël Bosredon

« Les 48 premières heures, on s’est sentis très seuls, poursuit-elle. Puis, quand les gens ont compris ce qu’il se passait vraiment, on a commencé à recevoir de l’aide. On a reçu beaucoup de nourriture. » « La solidarité, que ce soit dans le village, aux alentours, et même de la part de communes à l’autre bout de la France, est fantastique » confirme Jean Lajzerowicz. « Mais on a encore besoin d’aide. C’est peut-être cru à dire, mais on a besoin d’argent tout simplement. Il nous faut des moyens pour replanter notre forêt, compenser notre saison touristique, refaire notre réseau d’assainissement qui a été abîmé, aider nos commerçants, nos artisans, tout comme les food trucks qui viennent bénévolement, tous les soirs, offrir 400 repas aux bénévoles. »

« Traumatisant pour des années »

Et le plus dur est devant. « Quand les gens vont pouvoir revenir au village, cela va être difficile, car il va falloir s’occuper d’eux, les aider à nettoyer, à reconstruire, anticipe Stéphanie. Nous avons montré à quel point nous sommes solidaires, c’est un village très uni, mais nous ne sommes que 3.500 habitants, nous aurons besoin de bras ». « Ce que l’on vit ne va pas être traumatisant pour un ou deux mois, mais pour des années » prévient quant à lui Jean Lajzerowicz.

Notre dossier sur les incendies

Parallèlement, un collectif de plusieurs centaines d’habitants du Porge, dénonçant la stratégie adoptée la nuit où le village a brûlé, envisage de mener une action en justice pour obtenir réparation. Nombre d’entre eux estiment en effet que la commune a été « sacrifiée » pour « aller sauver le Cap Ferret ».

Interrogée à plusieurs reprises sur cette question, la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, assure qu’« on ne démunit pas l’un pour l’autre […] Notre priorité, c’est de sauver des vies. » Aucune victime n’est à déplorer, tandis que l’incendie a détruit 240 habitations en tout.

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