Le blocus du détroit d’Ormuz au cœur de la guerre en Iran provoquée par les attaques des Etats-Unis et d’Israël ne cesse de punir, à des milliers de kilomètres, les Français. Depuis le blocage, l’effet papillon ne se limite plus aux prix des carburants, la filière plastique tire la sonnette d’alarme depuis quelques semaines et on vient de passer un cap : celui de la santé. La crise remonte, en effet, jusque dans les couloirs des hôpitaux français. Le plastique y est, aussi, irremplaçable. Ou plutôt les polymères et polypropylènes, ces composants indispensables à la fabrication des seringues, des poches à perfusion, des cathéters ou encore des masques.
A l’hôpital, « il faut un polymère ou un polypropylène spécial pour respecter le « grade médical » avec des règles très élevées pour éviter tout problème de contamination », résume pour 20 Minutes Joseph Tayefeh, secrétaire général de Plastalliance. Et c’est tout là le problème : il faut un niveau de « pureté extrême, plus rare et plus cher que celui utilisé pour un pare-chocs ou un pot de yaourt, pour produire des équipements médicaux », détaille-t-il. Et aujourd’hui, cette matière devient une denrée encore plus rare et luxueuse. Elle ne circule presque plus et les prix d’achat ont « au moins doublé », selon le spécialiste du plastique… Doit-on donc s’attendre à une pénurie d’équipements ?
« La Chine pense d’abord à son usage propre avant d’exporter »
« La crise d’Ormuz a un impact sur l’ensemble de l’économie mondiale du plastique. Il y a des usines qui s’arrêtent, des ruptures d’approvisionnement qui touchent tous les secteurs dont le médical », alerte Joseph Tayefeh. Pour les industriels français, la situation vire donc au casse-tête chinois, au sens propre comme au sens figuré. « Car si certains dispositifs sont encore produits en France, une immense majorité des produits médicaux à usage unique, comme les masques, provient toujours de Chine », prévient le secrétaire général de Plastalliance.
Or, « Pékin, lui-même confronté à des problèmes d’approvisionnement en pétrole et en matières premières à cause du blocus, commence à restreindre sa production de polymères plastiques ». Résultat : aucune garantie de livraison à moyen, ni même à court terme de produits à usage unique médicaux. « Ils doivent penser d’abord à leur usage propre avant d’exporter en pénurie. »
Un courrier pour annoncer la fin des livraisons
Sur le terrain, donc, la tension s’intensifie de jour en jour. Les industriels ne peuvent plus acheter de matière qu’à « prix d’or » et peinent à renflouer les stocks. « On a des entreprises qui commencent soit à mettre en congé pendant une semaine ou deux les gens, soit ils mettent en activité partielle parce qu’ils ne peuvent plus honorer les commandes », confie Joseph Tayefeh.
L’inquiétude est, par ailleurs, bien réelle : un adhérent de Plastalliance, fabricant de produits à usage unique pour le transport d’organes vient, d’ailleurs, d’en prendre la mesure. « Il a anticipé et a fait une grosse commande pour tenir trois mois mais [lundi], il a reçu un courrier pour lui dire que suite à sa dernière livraison, il n’y a plus rien qui sera livré ensuite. On parle quand même d’un élément essentiel dans la santé… », explique le secrétaire général. Malheureusement, la consommation des hôpitaux reste constante, mais les stocks s’épuisent sans certitude, aujourd’hui, d’être renouvelés.
Le ministère de la Santé se veut rassurant
Face à ce scénario catastrophe, le ministère de la Santé tente de calmer les esprits et les inquiétudes. Contacté par 20 Minutes, le département de la communication de crise sanitaire assure que « les autorités de santé sont mobilisées pour anticiper tout risque de ruptures et/ou tensions en produits de santé en France ».
L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) dit surveiller « de près » l’impact sur les chaînes de production et la logistique. Le discours officiel se veut rassurant : « À date, les industriels du médicament et du dispositif médical, les centrales d’achat des établissements de santé n’ont pas identifié de rupture d’approvisionnement lié au conflit. » Néanmoins, le ministère concède des « risques potentiels à plus long terme », notamment des « perturbations croissantes dans les transports » et une « augmentation des coûts des matières premières ».
Mais pour Joseph Tayefeh, ce silence gouvernemental sur l’état réel des stocks est inquiétant. « L’absence ou le flou dans les réponses, c’est déjà que ça sent mauvais en général. Combien de semaines de seringues reste-t-il vraiment ? Combien de cathéters avons-nous ? Avons-nous assez de stocks pour continuer à soigner ? », demande-t-il sans réponse précise du gouvernement.
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