L’annonce fait suite à la signature, par le président sortant Tamás Sulyok, proche fidèle de Viktor Orbán, d’un amendement constitutionnel ayant conduit à mettre fin à son propre mandat. Le Parlement hongrois, où le parti de Magyar (Tisza) dispose d’une majorité des deux tiers, doit désormais élire un nouveau chef de l’État, qui restera en fonction jusqu’à l’entrée en vigueur d’une nouvelle Constitution, ou pour un maximum de cinq ans.
Judit Polgár a grandi au sein d’une famille juive connue de Hongrie. Elle possède aussi la nationalité israélienne. Avec ses sœurs Zsuzsa (Susan) et Zsófia (Sofia), elle avait notamment contribué, en 1988, à mettre fin à la domination soviétique en remportant l’Olympiade d’échecs féminine sous les couleurs de la Hongrie. Sa sœur Susan vit aujourd’hui aux États-Unis, tandis que d’autres membres de la famille résident en Israël où elle vient régulièrement leur rendre visite. Judit Polgár avait d’ailleurs participé aux Maccabiades en 2009.
Fière de ses origines juives qu’elle n’hésite pas à revendiquer, elle avait déclaré: « Un peu comme le violon, les échecs sont à la fois intellectuels et faciles (et peu coûteux) à transporter, ils conviennent donc aux errances constantes de l’histoire juive ». »
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Péter Magyar a insisté sur le rôle rassembleur que devrait incarner le ou la président(e) : « Notre pays a besoin d’unité, de paix, et d’un président dont l’ensemble du peuple hongrois puisse être fier. L’institution de la présidence de la République n’est pas un métier, ce n’est pas un emploi, mais le plus haut service public. Le rôle du président : servir et représenter. Tous les Hongrois. Judit Polgár, recommandée aujourd’hui à la présidence de la République par des personnalités reconnues de la vie publique hongroise, est une personnalité de cette trempe. C’est pourquoi, demain, je la rencontrerai et lui demanderai si elle est prête à servir notre pays dans une nouvelle fonction, jusqu’à l’adoption de la nouvelle Constitution. »
Magyar a également salué le parcours professionnel de la joueuse d’échecs : « Le nom de Judit Polgár est associé, depuis des dizaines d’années, au talent et à la persévérance. En tant que joueuse la plus accomplie de l’histoire des échecs féminins, elle a dominé le classement mondial féminin pendant 26 années consécutives, tout en intégrant le top 10 mondial toutes catégories confondues. Tout au long de sa carrière, le parcours de Judit Polgár s’est toujours caractérisé par la réussite. L’estime immense qu’elle suscite ne découle ni d’une appartenance politique, ni de relations, mais de son talent exceptionnel, de sa rigueur, de sa résistance mentale hors norme et de son intégrité. C’est une Hongroise dont les succès suscitent respect et admiration, tant dans son pays qu’à travers le monde. À titre personnel, je considérerais comme un immense privilège et un honneur immense qu’elle accepte cette proposition. »
Si elle accepte la proposition et qu’elle est élue par le Parlement, Judit Polgár, qui fêtera cette semaine son 50e anniversaire, deviendrait la première présidente hongroise issue du monde du sport et des échecs, ainsi que l’une des personnalités juives les plus en vue à avoir dirigé le pays. Considérée comme la plus grande joueuse d’échecs de l’histoire, elle a longtemps affronté principalement des joueurs masculins, s’est classée à son apogée parmi les dix meilleurs joueurs du monde toutes catégories confondues, et reste à ce jour la seule femme à avoir franchi la barre symbolique des 2 700 points au classement Elo, seuil considéré comme celui des « super grands maîtres ». Elle compte notamment des victoires face à d’anciens champions du monde tels que Garry Kasparov et Anatoly Karpov.
Son parcours a par ailleurs fait l’objet, en février dernier, d’un documentaire diffusé sur Netflix, Queen of Chess.
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