Guerre en Ukraine, grogne en Russie… La paranoïa de Poutine s’accentue sous la multiplication des menaces

Vladimir Poutine a-t-il raison d’avoir peur ? Le chef d’Etat russe aurait fermement renforcé sa sécurité et celle de ses proches, d’après un document attribué à un service de renseignement européen qui a fuité dans la presse (comme CNN ou le Financial Times). Une prudence particulière qui se traduit par un protocole de sécurité renforcé autour du président russe. Désormais ses cuisiniers, gardes du corps et photographes ont, par exemple, l’interdiction de prendre les transports en commun.

Le président russe Vladimir Poutine  se sent de plus en plus menacé.
Le président russe Vladimir Poutine se sent de plus en plus menacé.  - APA Images/SIPA

Le personnel qui travaille dans l’entourage proche du chef du Kremlin ne peut pas avoir de téléphone avec Internet. Le chef d’Etat a également réduit ses déplacements et selon certains journalistes, il s’isolerait de plus en plus dans des bunkers sécurisés. Si le rapport n’a pas été authentifié, « il n’y a pas de fumée sans feu » et la paranoïa de Vladimir Poutine ne date pas d’hier, rappelle Carole Grimaud, doctorante en Sciences de l’information et communication et spécialiste en géopolitique de la Russie.

Une parano ancienne

Déjà à l’époque du Covid-19, Vladimir Poutine s’était isolé. En 2024, les autorités russes testaient toujours les participants aux rassemblements publics, racontait à 20 Minutes Pierre Lévy, ancien ambassadeur en Russie. Depuis l’époque de la pandémie, le chef d’Etat russe passe beaucoup de temps dans ses résidences secondaires hors de Moscou. Et pour que personne ne sache où il se trouve, son bureau du Kremlin a été répliqué à l’identique.

Ces précautions autour de la vie de Vladimir Poutine ne se sont pas assouplies avec la guerre en Ukraine. En 2023, les services ukrainiens lançaient même la rumeur de sosies employés par le Kremlin pour éviter au président russe de se montrer en public. Dernièrement, des journalistes d’investigation ont remarqué que les duplicatas du bureau officiel ont changé. « Ce qui laisse penser que, soit il y a eu des travaux soit il s’agit de nouveaux bureaux dans une quatrième adresse inconnue », développe Carole Grimaud. Et de préciser : « C’est de là que part la supposition qu’il se trouverait dans un bunker. »

Des ennemis à portée de drones

Il faut dire que Vladimir Poutine se trouve dans une situation très difficile, à l’extérieur comme à l’intérieur du pays. Loin de terrasser l’adversaire ukrainien sur le terrain, il est désormais atteignable par les drones qui ont déjà prouvé qu’ils pouvaient cibler la Russie, jusqu’au cœur de la capitale. Les services ukrainiens ont également montré leurs capacités à fomenter des assassinats ciblés de généraux et autres personnalités proches du pouvoir. De quoi alimenter le climat de danger autour du président russe dont l’une des résidences a d’ailleurs été prise pour cible par des drones envoyés par Kiev.

Mais le plus grand danger viendrait de l’intérieur, estime Vera Grantseva, politologue et enseignante à Sciences Po Paris. « La dégradation politique, économique et sociale avec l’envolée des prix du gaz et du pétrole, l’inflation, un taux de la banque centrale à 20 %…. Les petits problèmes ont longtemps été sous-estimés, mais ils s’accumulent et les Russes ne voient pas trop la porte de sortie », développe-t-elle. Le manque d’espoir de la population, de vision pour l’avenir… est perçu comme un danger. Les coupures d’électricité et d’internet risquent également d’alimenter la grogne puisqu’elles ne « touchent pas seulement les civils », comme le rappelle Carole Grimaud.

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Le passé a montré qu’un coup de force contre Vladimir Poutine n’est pas impossible. La tentative d’Evgueni Prigojine, ancien chef du groupe Wagner, en 2023, a laissé des traces. « Le pouvoir a certes désamorcé la bombe, mais il a montré que c’était possible », analyse Carole Grimaud. Surtout, l’ancien chef du groupe paramilitaire, depuis mort dans le crash de son avion, a pu traverser quatre régions russes sans la moindre résistance. Si le scénario se répétait, « le régime a bien vu que les régions n’allaient pas le défendre », explique Vera Grantseva.

Le propre des régimes autoritaires

Car malgré une idée reçue, même dans les régimes autoritaires, l’opinion du peuple compte. « Il faut s’appuyer sur un soutien intérieur : plus l’opinion publique est mécontente, plus les élites prennent conscience que le dirigeant, Vladimir Poutine, peut devenir plus un danger qu’un atout pour elles-mêmes », poursuit Vera Grantseva. Autant de raisons qui font craindre à Vladimir Poutine la concurrence, notamment des prétendants plus jeunes au pouvoir susceptibles de remettre en cause sa légitimité.

Mais cette ambiance de paranoïa n’est pas seulement liée au contexte mais à la nature même du régime. « Tous les régimes autoritaires sont paranos et plus ils durent, plus leur paranoïa augmente, chaque année, elle s’accentue », résume Vera Grantseva. Avant Vladimir Poutine, Staline avait déjà une obsession pour le complot. Plus actuel, Kim Jong-un ne quitte jamais la Corée du Nord en avion et ne voyage que dans son train blindé.

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