Guerre en Ukraine : Des missiles Patriot made in Ukraine ? « C’est de la poudre aux yeux »

Mercredi, Donald Trump a semblé faire preuve d’une inhabituelle bonne volonté envers son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky. En plein sommet de l’Otan à Ankara, en Turquie, il lui a promis d’octroyer à l’Ukraine une licence pour fabriquer sur place les chers mais précieux missiles américains Patriot. Un geste appréciable d’autant que ces armes, indispensables pour contrer les attaques de missiles et de drones russes, sont en rupture de stock partout. Sauf que cela ne va rien résoudre à court terme.

Les missiles Patriot PAC-3 de l’américain Lockheed Martin, couplés à la solution de guidage d’une autre entreprise américaine, Raytheon, constituent un système capable de neutraliser n’importe quelle menace venant du ciel. Tellement efficace et sans concurrent capable de rivaliser, Patriot est utilisé par une vingtaine de Nations, dont l’Ukraine récemment. Sauf que les nombreux conflits récents ont fait exploser une demande que le fabricant ne parvient pas à suivre.

La guerre en Iran a épuisé les stocks

Selon le Foreign policy research institute (FPRI), le rythme de production actuel de PAC-3 est de 600 missiles par an. « Chaque intercepteur PAC-3 MSE nécessite un délai de production de 24 mois pour le missile et de 30 mois pour le moteur-fusée à propergol solide », affirme le FPRI. D’après Lockheed Martin, un « accord-cadre historique » de près de 5 milliards de dollars a été signé avec le département américain de la Guerre pour « tripler la production actuelle ».

Sauf que cela ne se fera pas en claquant des doigts, sachant que l’essentiel de la production visera à remplacer les 1.700 missiles Patriot tirés par les Etats-Unis lors de sa guerre avec l’Iran, au détriment de l’approvisionnement des autres pays. En avril dernier déjà, le président ukrainien se plaignait d’une pénurie de PAC-3 lors d’une visite en Allemagne, seul pays avec le Japon ayant l’autorisation du Pentagone de fabriquer cette arme hors des Etats-Unis. La réponse de Donald Trump est donc arrivée mercredi, via cette promesse de licence pour fabriquer des Patriot made in Ukraine : « De cette façon, vous ne pourrez pas vous plaindre qu’on ne vous en fournit pas assez », a lancé le président américain à Volodymyr Zelensky.

Des années à mettre en place

« Cette annonce, c’est de la poudre aux yeux, de l’esbroufe », juge Yves Boyer, spécialiste des questions de défense et chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique. « Déjà, il n’a pas demandé leur avis aux fabricants, et leur acceptation fera sans doute l’objet de longues négociations », poursuit-il. Trump l’a reconnu, promettant que « ça va s’arranger ». Peut-être, mais en combien de temps ?

Quand bien même, « la mise en place des infrastructures jusqu’au lancement de la production demandera encore plus de temps, sans compter que ce seront des cibles prioritaires pour les Russes », explique Yves Boyer. Selon lui, donc, difficile d’imaginer que les premiers Patriot made in Ukraine sortiront de l’usine « avant cinq ans ».

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Le spécialiste des questions de défense est persuadé que cette annonce marque plutôt un désengagement américain en Ukraine et que ça ne se fera pas. « Il y a des questions de secret de fabrication ; je ne vois pas les Etats-Unis laisser fabriquer de telles armes dans un territoire près duquel se trouvent les Russes », poursuit-il. Au vu des réglementations américaines très contraignantes encadrant la vente d’armes à des pays étrangers, notamment la fameuse norme ITAR (International Traffic in Arms Regulations), cela semble d’ailleurs impossible. Pour Yves Boyer, « la seule vraie aide américaine sur laquelle l’Ukraine peut compter, c’est celle apportée par la CIA en matière de renseignement ».

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