Guerre au Moyen-Orient : Grâce à une pétition et une lettre à Macron, un lycéen fait annuler le bac dans la région

Une pétition en catimini, un courrier culotté et, finalement, un baccalauréat en moins à réviser. Du haut de ses 17 ans, Younes, un jeune Toulousain en classe de terminale au lycée français MLF du Bahreïn, vient de changer le destin de milliers d’élèves au Moyen-Orient.

Depuis le 27 février, son quotidien et celui de ses camarades a basculé au rythme de la guerre en Iran et des tensions géopolitiques au Proche et Moyen-Orient. « Depuis cette date, ça a vraiment été tous les jours des alertes, non-stop, du matin au soir. Ça ne s’arrêtait pas », confie le lycéen à 20 Minutes. Face à l’urgence de la situation, la famille de Younes décide de fuir temporairement le pays pour se mettre à l’abri à Toulouse, le temps d’une accalmie.

« Ce n’est pas quelque chose qu’on peut rattraper facilement »

À distance, Younes se trouve enfin loin des bombes mais aussi loin des cours. Mais le 5 mai, l’établissement ordonne le retour en présentiel. Il faut rentrer au Bahreïn pour préparer les examens. Pour Younes et ses camarades, c’est le choc. « On était dégoûtés. On s’est dit : c’est injuste. Comment est-ce qu’on peut passer le bac alors qu’on a raté quand même deux mois d’école ? Ce n’est pas quelque chose qu’on peut rattraper facilement. »

C’est là que la résistance lycéenne s’organise. Avec un de ses camarades, ils lancent une pétition pour réclamer le passage en contrôle continu. Mais dans cette monarchie du Golfe, la contestation est risquée. « On n’a pas mis la pétition en public », glisse Younes. Le proviseur du lycée l’invite « à rester prudent » et lui rappelant que « les pétitions ne sont pas autorisées sur le territoire du Bahreïn ».

Une lettre et une réponse du cabinet présidentiel

Peu importe le protocole, le texte s’échange en catimini et récolte plus de 1.000 signatures de Dubaï, au Qatar, en passant par l’Arabie saoudite ou encore le Koweït. Le proviseur lui demande d’oublier l’idée et de « rester focus sur le bac ». Qu’à cela ne tienne. Sans même prévenir sa mère, le Toulousain décide de taper plus haut. Beaucoup plus haut. Il écrit directement au cabinet d’Emmanuel Macron.

« Entre le stress des événements, le changement de pays et les cours à distance, il devient très compliqué pour beaucoup d’entre nous de rester concentrés […]. Nous espérons que notre situation pourra être prise en considération », écrit-il notamment dans une lettre à l’Élysée. Le coup de bluff fonctionne. Le 7 mai, le chef de cabinet du président lui répond officiellement, assurant que le chef de l’État est « sensible à sa démarche ». Quelques jours plus tard, le couperet tombe : les épreuves sont annulées.

Lettre de réponse à Younes de la part de Laurent Carrié, chef du cabinet présidentiel.
Lettre de réponse à Younes de la part de Laurent Carrié, chef du cabinet présidentiel.  - DR

« Ça sautait de partout de joie »

« Quand on a appris la nouvelle, on était tous à l’école. C’est notre CPE qui est venue nous l’annoncer. Vraiment, on était tous heureux : les troisièmes pour le brevet, les premières, et nous. Ça sautait de partout de joie ! », s’enthousiasme le jeune homme. Une décision bénéfique pour sa classe de 36 élèves, qui affiche aujourd’hui un taux de réussite de 100 %. Younes, lui, s’en sort avec une mention « assez bien » et s’apprête à rentrer définitivement à Toulouse pour intégrer, il l’espère, une licence de gestion à l’Université Capitole 1.

Cette audace a, par ailleurs, été saluée par Rosiane Houngbo-Monteverde, représentante des affaires étrangères au Bahreïn : « La citoyenneté chez les jeunes n’a pas dit son dernier mot. Bravo à cette jeunesse qui a su se faire entendre tout en restant engagée et respectueuse des institutions », a-t-elle écrit dans un message adressé aux principaux concernés que 20 Minutes a pu consulter.

Neuf pays basculent en contrôle continu

Contacté par 20 Minutes, le ministère de l’Éducation nationale confirme la mise en place de « dispositions exceptionnelles d’aménagement » face aux événements en cours. Ainsi, les élèves des lycées français de neuf pays sont exemptés d’épreuves écrites et orales au profit du contrôle continu : le Bahreïn, les Émirats arabes unis, l’Irak, l’Iran, Israël, le Koweït, le Liban, le Qatar mais aussi le Mali.

Pour le brevet comme pour le baccalauréat, « les notes seront attribuées sur la base de la moyenne annuelle du livret scolaire ». Les candidats sont également dispensés du Grand oral. « Pour les candidats libres (statut individuel), une session de remplacement sera organisée en septembre 2026. » Le ministère précise enfin que la situation reste sous surveillance constante : si les conditions de sécurité l’exigent, le dispositif pourrait encore être étendu à d’autres pays d’ici le début des examens.

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