בס״ד
Peut-on encore être, ou rester enterré à Paris… ?
Ce que chaque famille juive doit savoir !
Une concession funéraire… mais pour combien de temps ?
L’une des questions les plus préoccupantes concernant les cimetières parisiens et de la région Île-de-France est la durée des concessions funéraires accordées aux familles.
Pourquoi ? Car les cimetières sont saturés depuis de nombreuses années, la loi française en interdit la création de nouveaux, et les concessions perpétuelles étaient rarement proposées par les sociétés de pompes funèbres, car sans marge bénéficiaire possible.
Comment connaître la réalité du terrain ?
Les statistiques officielles sont limitées. À notre connaissance, ni l’INSEE ni les autorités publiques ne publient de données précises sur la répartition des différentes durées de concessions funéraires en région parisienne. En revanche, les rapports des services funéraires ainsi que les pratiques des communes d’Île-de-France permettent de dégager une tendance très claire.
La concession de trente ans est devenue la norme
À Paris intra-muros comme dans la proche banlieue, la concession de 30 ans a été la formule la plus couramment proposée par les sociétés commerciales de Pompes Funèbres.
Pourquoi ?
Pour la grande majorité, ces sociétés de Pompes Funèbres, afin de rester compétitifs, l’écart de prix au-delà de 30 ans étant considérable, ont toutes donné la préférence à des concessions de trente ans : de la sorte, elles pouvaient leur facturer des produits à haute marge bénéficiaire tels que le cercueil ou la pierre tombale, même si cela signifiait que les descendants du titulaire de la concession devaient à l’expiration du contrat de « location », obligatoirement, en demander le renouvellement (mais qui en avait été informé ?).
Un choix dicté par le coût
À Paris dans les cimetières intra-muros (Père Lachaise, Montparnasse, etc. – c’est de loin inférieur dans les autres cimetières, dans les 4500 euros pour une place perpétuelle), les tarifs actuellement pratiqués sont les suivants :
10 ans : 1 004 € – 30 ans : 3 054 € – 50 ans : 5 416 €
Concession perpétuelle : 18 198 €.
Et pour les cimetières extra muros (Pantin, Thiais…)
10 ans : 452 € – 30 ans : 1 558 € – 50 ans : 2490 €
Concession perpétuelle : 4 534 €
Pour la grande majorité des familles, l’écart de prix au-delà de 30 ans est considérable.
La concession de trente ans avait été ainsi proposée dans la grande majorité des cas. Elle devint ainsi le seul choix financièrement envisageable, même si cela signifie que les descendants titulaires de la concession devront à l’expiration du contrat de « location », obligatoirement, en demander le renouvellement.
Une autre évolution préoccupante
Un autre phénomène caractérise aujourd’hui la région parisienne : la progression constante de la crémation.
Selon les départements, elle concerne désormais 40 à 45 % des décès. Dans ces situations, les familles choisissent généralement une case de columbarium ou une concession destinée à recevoir une urne cinéraire, le plus souvent pour une durée limitée de 10 ou 30 ans.
Il va sans dire qu’une telle pratique est totalement incompatible avec la Halakha, qui exige l’inhumation en terre et interdit la crémation.
Toutes ces évolutions conduisent à une même réalité : la concession de trente ans est aujourd’hui devenue le modèle dominant en Île-de-France.
Or, pour la tradition juive, qui considère la sépulture comme devant être définitive, cette évolution soulève une question fondamentale : que devient la tombe lorsque la concession arrive à son terme ?
- Que devient une tombe lorsque la concession arrive à échéance ?
C’est ici que commence la véritable inquiétude.
À l’expiration d’une concession – qu’elle soit de 30 ou de 50 ans –, si elle n’est pas renouvelée, la municipalité engage obligatoirement une procédure de reprise administrative.
Avant cette reprise, un avis est apposé sur la tombe et à l’entrée du cimetière, ainsi que dans le Bulletin Officiel de la Ville (que personne ne consulte), informant les familles qu’à défaut de régularisation dans le délai imparti, la concession sera reprise par la commune.
De plus lorsque la tombe n’est pas entretenue, souvent par dégradation de la pierre tombale verticale (donc à éviter ou à supprimer, en particulier dans les cas de contrats « perpétuels »), un procès-verbal d’abandon est établi puis adressé au titulaire de la concession. Mais, dans la majorité de ces cas, celui-ci est décédé depuis longtemps ou n’habite plus à l’adresse enregistrée. Une fois la procédure achevée, les restes du défunt sont exhumés et deviennent propriété de la ville.
Ils sont exhumés par les fossoyeurs municipaux puis transférés dans un ossuaire communal, espace fermé au public où sont regroupés les ossements provenant de l’ensemble des reprises de concessions. Selon les informations recueillies, ils ne sont pas déposés individuellement.
Pour une famille juive, cette réalité soulève une difficulté majeure : dans cet ossuaire, les ossements des défunts juifs ne sont plus séparés de ceux des personnes appartenant à d’autres confessions, alors que la Halakha attache une importance fondamentale au respect de la sépulture et à l’identité du lieu de repos.
Selon le rapport de l’Inspection Générale, lorsque les » reliquaires sont endomagés avec le temps », les ossements sont incinérés pour des raisons de « santé publique de protection des travailleurs de l’ossuaire ». Or cette pratique totalement interdite par la loi juive, comme dit.
Lorsqu’une famille interroge les responsables concernés, il lui est systématiquement dit que le défunt est toujours « présent » dans le cimetière, sans préciser que c’est «…dans une petite boite de cendres ». Il ne repose plus dans sa tombe d’origine.
Pour de nombreuses familles, cette situation demeure totalement inconnue.
Combien de Juifs sont concernés ?
Il est impossible de donner un chiffre officiel. La législation française interdit en effet aux collectivités publiques de tenir des registres fondés sur la religion des personnes décédées. Les communes gèrent les concessions funéraires, non l’appartenance confessionnelle des défunts.
Cependant, l’histoire de la communauté juive parisienne et l’importance des principaux cimetières permettent d’affirmer qu’il s’agit de plusieurs dizaines de milliers de personnes, probablement plus de cent mille.
Les deux principaux sites sont les cimetières parisiens de Pantin et de Bagneux.
Pantin, la plus grande nécropole de France, accueille depuis plus d’un siècle une part considérable des inhumations juives, notamment celles des communautés ashkénazes venues d’Europe de l’Est puis des Juifs originaires d’Afrique du Nord.
Bagneux est, quant à lui, souvent surnommé « le cimetière juif » en raison de l’importance de ses carrés israélites. Il compte environ 83 000 sépultures, dont une part significative est consacrée aux familles juives.
Au-delà de ces deux grands cimetières, des dizaines d’autres cimetières municipaux d’Île-de-France – à Sarcelles, Créteil, Neuilly, au Père-Lachaise et ailleurs – comportent également des carrés israélites.
Aujourd’hui, la plupart de ces carrés sont presque entièrement saturés.
Trouver une nouvelle concession en région parisienne est devenu particulièrement difficile et extrêmement coûteux en intra muros..
Cette pénurie explique pourquoi les concessions temporaires sont devenues la règle.
Mais elle soulève surtout une interrogation fondamentale : comment garantir à une famille juive que la sépulture de ses proches demeurera réellement définitive ?
- Que pouvons-nous faire ?
Le constat est préoccupant.
Chaque année, plusieurs centaines de sépultures juives se retrouvent exposées au risque d’une reprise de concession dans les conditions décrites précédemment.
Il suffit de consulter les avis affichés dans les cimetières, annonçant les procédures de reprise en cours, pour constater le nombre de noms à consonance juive qui y figurent. Il faut, dans le cas où un membre de la famille est concerné, se rendre en urgence au secrétariat du cimetière prolonger la concession si possible en ‘perpétuelle‘ et vérifier l’état de la pierre tombale, pour renouveler la concession de 30 ans ; et si la tombe n’est pas encore en danger, il faut vérifier que votre adresse est bien inscrite dans les dossiers du cimetière, afin que vous soyez tenu au courant du danger qui menace la tombe à expiration du contrat de « location » pris à la base.
Selon certaines informations annoncées récemment, près de 600 dépouilles seraient transférées chaque année vers Israël, soi-disant celles de personnes dont la concession est arrivée à sa fin.
Mais une question essentielle se pose alors : le transfert d’un défunt vers Israël représente un coût de plusieurs milliers d’euros. À cela s’ajoute le prix d’une concession funéraire en Israël pour une personne qui n’est pas résidente israélienne, généralement compris entre 30.000 et 100.000 shekels, voire davantage. Or, les tombes reprises en France sont précisément, dans la majorité des cas, celles dont plus personne ne renouvelle la concession faute de proches ou de moyens financiers.
La question mérite donc d’être posée : qui aurait-il financé le transfert et la nouvelle inhumation en Israël de ces centaines de dépouilles lorsqu’il n’existe plus personne pour renouveler leur concession en France ?
La réponse s’impose d’elle-même.
Attention : pompes funèbres !
Il faut savoir encore qu’en France, la législation funéraire n’autorise la réalisation des inhumations uniquement à des opérateurs funéraires homologués à cet effet et ainsi le rôle de la ‘Hevra Kadicha se limite en général uniquement à la réalisation de la toilette rituelle. De ce fait, ces sociétés de pompes funèbres dont la motivation est uniquement lucrative par définition, prennent totalement ‘en mains’ les familles qui leur font confiance faute de choix et de temps de réflexion, et font concentrer tous leurs efforts financiers pour le kavod du défunt uniquement sur des produits à haute marge bénéficiaire tels que le luxe du cercueil et de la pierre tombale, aux dépends de l’achat de la concession.
Le contrat de concession pour lequel aucune marge n’est autorisée par la loi est donc le plus souvent réduit à sa plus courte durée possible et souvent sans information des familles, en supposant qu’elles en prendront le relai à expiration.
Que devons-nous faire face à cette situation ?
Informer le plus largement possible le public juif de la situation, afin que chaque famille puisse prendre une décision en toute connaissance de cause avant de choisir un lieu d’inhumation quand un membre de la famille décède, que D’ nous en préserve.
Car il y a des alternatives aux cimetières saturés de la région parisienne : c’est le cas notamment dans l’Est de la France, en Alsace et en Moselle, où le caractère permanent des concessions demeure beaucoup plus largement préservé, mais dans d’autres villes de France également, dans le cas où les communautés sont arrivées à des accords avec les municipalités (Lyon, Marseille, etc…).
Quant aux dizaines de milliers de tombes en danger d’exhumation dans la région parisienne, il est possible, au lieu de laisser les cimetières décider ce qui sera fait avec ces ossements après leur exhumation – en priorité quand ils risquent d’être envoyés dans les ossuaires avant leur envoi au crématorium -, d’obtenir de la municipalité l’autorisation de leur transfert dans des cimetières conforme aux exigences de la Halakha, dans l’Est de la France ou ailleurs. À notre connaissance, au moins un cimetière en Alsace a déjà exprimé son accord de principe pour accueillir de telles réinhumations.
Et aux descendants de familles dont les ancêtres sont encore enterrés à Paris de vérifier auprès des secrétariats des cimetières si leur adresse actualisée leur est connue, afin d’être informé de tout problème. Il faut alors également déclarer opposition à toute incinération des restes funéraires de ces proches.
Il est également essentiel de vérifier quel est le nom du concessionnaire sur lequel cette tombe est inscrite, car il peut y avoir de grandes surprises à cet égard.
C’est une étape courte, permettant d’obtenir en toute simplicité les informations concernant la durée et la date d’expiration du contrat ainsi que le nom et adresse du concessionnaire.
Depuis plus de dix ans, nous suivons ce dossier avec attention. Malheureusement, malgré les nombreuses alertes, la situation ne s’est pas améliorée. Nous estimons donc qu’il est de notre devoir d’informer notre communauté de cette réalité, afin que les familles concernées, les responsables communautaires et les autorités religieuses puissent prendre la mesure de l’enjeu et agir ensemble.
Rabbi Israël Salanter, qui passa les dernières années de sa vie à Paris, quitta la capitale lorsqu’il sentit sa fin approcher et retourna en Europe de l’Est, où il s’éteignit à St-Pétersbourg. Il résuma son choix par une phrase restée célèbre : « On ne peut pas mourir à Paris ».
Rav H. Kahn – Kountrass
La publication du présent texte a été effectuée suite à la demande des rabbanim rav Yi’hia Teboul, dayan de Lyon, rav Chemouel Melloul, dayan de Marseille et rav Yossef Ye’hiel Bamberger, rav à ‘Haïfa.
NB : Pour toute question technique, des bénévoles sont à votre écoute à .
Ils conseillent : « En pratique pour les défunts inhumés dans les cimetières municipaux : une première étape, courte : signer et déposer au bureau du cimetière l’opposition à crémation (voir pièce jointe). Et ainsi pouvoir obtenir en toute simplicité les informations concernant la durée et la date d’expiration du contrat ainsi que le nom et adresse du concessionnaire. Il s’agit d’arriver à la prolongation du contrat de concession et de faire respecter le repos éternel du défunt« .
Les citoyens israéliens, quant à eux, bénéficient d’une prise en charge par le Bitoua’h Leoumi pour leur lieu d’inhumation.
Témoignage de r. Zvi Hirsch Masliansky dans le « Livre de Masliansky », p. 128, qui confirme que le rav Israël de Salant a quitté Paris par crainte que les lois d’inhumation françaises ne conduisent à la profanation de ses ossements après sa mort.
Sur la présence de rav Israël de Salant à Paris voir Kountrass n. 43 et notre site : https://www.kountrass.com/le-sejour-de-rabbi-israel-salanter-zatsal-a-paris-1882-1883/
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