Entre le marteau iranien et l’enclume libanaise
Alors que l’Iran et le Hezbollah exploitent la souveraineté illusoire du Liban, Israël doit rejeter les illusions diplomatiques et sécuriser sa frontière nord par un contrôle territorial durable au sud du fleuve Litani.
par le Dr Yossi Mansharof
Les pourparlers directs et historiques qui se sont entamés entre Israël et le Liban ne se déroulent pas en vase clos.
Ils s’inscrivent dans le contexte d’une stratégie iranienne plus vaste visant à imposer à Israël une « équation contraignante » : une guerre d’usure sur plusieurs fronts destinée à éroder la liberté d’action d’Israël et à protéger les intérêts stratégiques de Téhéran.
Pour l’emporter, Israël doit adopter une approche réaliste qui brise l’illusion de la souveraineté libanaise et la remplace par un contrôle territorial résolu.
La réalité à Beyrouth est claire pour tous : malgré les efforts de redressement, l’État libanais demeure une entité déconnectée de la réalité.
Le gouvernement de Beyrouth est trop faible pour appliquer ses propres décisions, et l’armée libanaise manque de moyens, voire parfois de volonté, pour faire respecter les décisions gouvernementales relatives au désarmement du Hezbollah.
Par conséquent, tout accord diplomatique signé avec le Liban, sans garanties concrètes sur le terrain, ne vaudra rien.
Israël ne peut confier la sécurité de ses résidents à un souverain fantôme qui ne contrôle même pas son propre territoire.
Face à ce vide politique où l’Iran et le Hezbollah demeurent les véritables maîtres du Liban, Israël doit passer d’une stratégie de défense active à la création d’une nouvelle réalité au Liban.
La clé réside dans l’établissement d’une zone neutre au sud du fleuve Litani. La menace des tirs directs de missiles antichars est devenue le principal outil stratégique du Hezbollah pour perturber la vie quotidienne dans le nord d’Israël.
Neutraliser cette menace exige un contrôle israélien physique de la zone, le démantèlement des infrastructures militaires dans les villages proches de la frontière et la maîtrise des hauteurs qui dominent les localités de Galilée en Israël.
Israël doit clairement affirmer cela lors des négociations : les Forces de défense israéliennes (FDI) occuperont et maintiendront des zones stratégiques au sud du Litani pour une durée illimitée.
Cette présence ne constituerait pas une simple « zone de sécurité », mais une garantie de sécurité et un atout stratégique dans les négociations. Sur le plan opérationnel, Israël doit se préparer à un scénario où les FDI stationnées dans la zone tampon deviendraient une cible constante des attaques de guérilla.
Cette préparation exige un passage à une « défense offensive » : l’utilisation de systèmes de défense technologiques, de fortifications intelligentes et d’une grande mobilité, ainsi que des frappes létales immédiates contre toute cellule tentant d’approcher la ligne de contact.
Le retrait d’Israël de la zone stérile ne doit pas être soumis à un calendrier précis, mais à un seul objectif : le désarmement complet du Hezbollah.
La zone stérile devient ainsi le seul véritable levier de pression sur le Hezbollah et ses soutiens à Téhéran, qui constateraient alors comment leur aventurisme conduit à la perte de territoires libanais.
Parallèlement, il ne suffirait pas de sécuriser la zone jusqu’au Litani. Israël doit s’atteler à détruire systématiquement les routes de contrebande en provenance d’Iran et de Syrie, tout en signifiant clairement que toute tentative du Hezbollah d’attaquer les forces de Tsahal restées au Sud-Liban se heurtera à des frappes israéliennes déterminées contre les infrastructures stratégiques de l’organisation plus profondément à l’intérieur du pays.
Jérusalem doit également rejeter les pressions de l’administration Trump en faveur d’un cessez-le-feu rapide au Liban, dans le cadre d’une tentative américaine de préparer le terrain à un accord plus large avec l’Iran.
Israël doit refuser fermement toute injonction liant la campagne du nord à un accord avec Téhéran.
Il doit clairement faire comprendre à ses alliés à Washington qu’un arrêt prématuré des combats, tout en laissant le Hezbollah dans l’expectative, équivaudrait à une victoire stratégique pour l’Axe du Mal et jetterait les bases d’une prochaine phase bien plus violente et meurtrière.
De plus, mettre fin à la guerre sans garantir la réouverture permanente du détroit d’Ormuz et sans retirer tous les stocks d’uranium enrichi d’Iran pourrait créer un faux sentiment de victoire au sein du pouvoir à Téhéran, occultant le prix terrible et sans précédent payé par le régime.
Pour éviter un tel sentiment de triomphe, il est nécessaire d’insister sur des conditions strictes, ce qui relève autant de l’intérêt américain que de l’intérêt israélien.
La sécurité existentielle des citoyens israéliens ne saurait servir de monnaie d’échange dans un accord global avec Téhéran.
Forces de Tsahal au Liban. Photo : JINI/Ayal Margolin
Sur le plan stratégique global, Israël doit rejeter l’équation iranienne qui cherche à lier le sort du Liban à la guerre contre l’Iran.
Il doit s’efforcer de rompre le lien entre les deux fronts en projetant une force dissuasive contre toute intervention directe de Téhéran.
Les pourparlers directs constituent un outil tactique important pour démasquer le Hezbollah comme oppresseur du Liban, mais ils ne doivent pas se transformer en un piège du « silence en échange d’un report de la menace ».
En conclusion, à l’heure où la souveraineté libanaise demeure une illusion, Israël doit garantir la sécurité sur le territoire qui menace ses populations.
Seule une combinaison de pressions diplomatiques révélant la faiblesse de Beyrouth, d’un contrôle terrestre sans faille le long de la ligne antichar et d’une ferme résistance aux diktats extérieurs permettra de renverser l’équilibre des forces face à l’Iran et au Hezbollah, et d’offrir aux habitants la possibilité de rentrer chez eux en toute sécurité.
Dans un Moyen-Orient où les mots ont perdu leur sens, la terre est la seule garantie.
Le Dr Yossi Mansharof est maître de conférences dans le programme de master « Politique du Moyen-Orient » de l’École de sciences politiques de l’Université de Haïfa, et chercheur principal à l’Institut Misgav pour la sécurité nationale et la stratégie sioniste.
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