Elle porte une Maguen David à la télé et déclenche la haine

Fille d’un Palestinien, cette ministre suédoise porte l’étoile de David et déclenche une tempête.

Un fait hors du commun : en Suède, une musulmane, outrée par l’antisémitisme ambiant, choque une partie du public suédois en portant ostensiblement une Magen David afin de manifester son soutien à la communauté juive. Son geste a toutefois engendré un torrent de réactions haineuses, démontrant ainsi qu’elle avait appuyé là où cela fait mal.

Par son geste, la ministre suédoise de l’Éducation Simona Mohamsson, née dans une famille musulmane, a voulu dénoncer l’antisémitisme et interpeller l’extrême gauche lors d’un débat électoral lundi soir. Son geste lui vaut depuis un torrent d’attaques.

Lundi soir, les téléspectateurs d’un débat électoral à l’approche des législatives en Suède ont écarquillé les yeux en voyant la cheffe du parti libéral Simona Mohamsson, ministre de l’Éducation et de l’Intégration, porter une chaîne ornée de l’étoile de David. Ce geste inattendu de la part de cette immigrée de 31 ans, fille d’un père palestinien d’Haïfa et d’une mère libanaise chiite de Tripoli, a enflammé les réseaux sociaux, la scène politique et les médias suédois. Elle a suscité de vives réactions, entre indignation, voire haine, d’un côté, et éloges de son courage de l’autre.

En marge du débat organisé par le tabloïd Expressen et le journal économique Dagens Industri, à moins d’un mois des élections législatives du 13 septembre, Simona Mohamsson a justifié son acte comme une volonté de critiquer Vänsterpartiet. Elle accuse cette formation d’extrême gauche d’antisémitisme depuis qu’une représentante de ce parti, Ilona Szatmari Waldau, a exprimé son soutien à un prisonnier palestinien, Ahmad al-Mogharbi, condamné à perpétuité pour terrorisme.

« Je ressens le devoir de dénoncer l’antisémitisme qui a augmenté de façon exponentielle dans notre pays », a par ailleurs déclaré la ministre, estimant que « la Suède doit être un refuge pour les Juifs » et jugeant « très important que l’on prenne ses distances avec les forces qui cherchent à semer la peur et qui utilisent un conflit (Gaza, Liban) pour répandre l’antisémitisme ».

Un engagement politique précoce

Née à Hambourg en 1994 où sa famille avait trouvé refuge, en attendant de rejoindre la Suède, elle arrive à l’âge de 8 ans dans le pays scandinave. La famille s’installe à Overlida, dans la région de Västergötland, au sud-ouest du royaume. Un village « idyllique, ouvert et chaleureux », dit-elle.

Ses parents, Mehsen et Iman, n’ont qu’un but, l’intégration à tout prix de leur fille à la société suédois, au point qu’ils troquent leur nom de famille pour un patronyme à consonance suédoise, Mohamsson. Il « rappelle d’où nous venons, mais aussi de la Suède où nous avons pris racine », confiait l’an dernier la dirigeante du parti libéral suédois à des militants. Adolescente, elle ouvre son propre commerce qui vend du café et des glaces, avant de poursuivre ses études au lycée puis à l’université de Göteborg.

Première de la famille à obtenir un diplôme universitaire, elle s’engage rapidement en politique, militant pour les plus démunis, les enfants privés d’une bonne éducation, les femmes musulmanes aux prises avec des normes sociales archaïques et les jeunes des quartiers minés par les guerres de gangs et l’insécurité.

« Qu’elle brûle en enfer »

Vice-présidente de l’Union des jeunes libéraux, membre puis secrétaire du parti, elle en prend les rênes en 2025 et entre la même année au gouvernement de centre droit de Ulf Kristersson en détenant le portefeuille de l’Éducation et de l’Intégration. Une intégration qui bat de l’aile dans le pays à la suite de l’arrivée massive et mal contrôlée de migrants, venus notamment de Syrie, en 2015.

Face au danger de l’islamisme qui règne dans certaines banlieues suédoises, elle défend un « Islam bleu et jaune », les couleurs du drapeau suédois, intégré aux valeurs démocratiques de la Suède. Et elle s’oppose vigoureusement aux islamistes radicaux qu’elle accuse de « diviser la société ». Préoccupée par l’influence des islamistes, elle a lancé en juin, sous l’égide du gouvernement, une étude sur l’islamisme visant à cartographier la radicalisation religieuse en Suède. Cette enquête vise à examiner l’influence de la mouvance islamiste sur l’intégration, l’exclusion et la cohésion sociale.

« Nous devons mieux comprendre comment les idées radicales et antidémocratiques affectent les individus et la société », estime Simona Mohamsson. La radicalisation religieuse contribue, selon elle, à l’émergence de structures sociales parallèles et offre un terrain propice aux forces antidémocratiques. « Nous devons la combattre avec la plus grande fermeté », assure-t-elle.

Déjà dans la ligne de mire de ses opposants en raison de son franc-parler, Simona Mohamsson a franchi un nouveau cap avec son coup d’éclat de lundi dernier qui a déclenché un tollé d’une rare violence. Ses contempteurs se sont déchaînés sur les réseaux sociaux. À l’instar de Valley Ghanem, politologue et chroniqueuse, impliquée dans l’élaboration du plan d’action municipal de Malmö (sud du pays) contre l’islamophobie. « Qu’elle brûle en enfer », écrit-elle dans un commentaire sur Instagram.

Un pays en proie à l’islamisme

Arborer l’étoile de David serait, pour cette dernière, « un moyen d’afficher une loyauté aveugle envers Israël et un soutien au génocide perpétré contre son propre peuple, les Palestiniens ». À la suite du tollé, cette militante musulmane a tenté de minimiser sa sortie publique. « Je ne veux évidemment pas dire que quiconque mérite d’être brûlé vif, mais il est important de ne pas détourner l’attention du véritable problème : un génocide est en cours à Gaza et Israël en est responsable. »

Face au déferlement de commentaires haineux, le chef du gouvernement conservateur suédois, Ulf Kristersson, a serré les rangs autour de sa ministre, qualifiant, devant la presse, ces attaques de « flagrant antisémitisme », ajoutant que « ce qu’elle endure actuellement, c’est exactement ce que de nombreux Juifs suédois endurent en permanence ».

« Je pense à tous les Juifs qui subissent quotidiennement menaces et haine, sur Internet, dans les rues et sur les places publiques, a pour sa part commenté la ministre. Je pense aux jeunes enfants accueillis par des manifestants devant la synagogue ou sur le chemin de l’école. Je pense aux étudiants qui m’ont confié ne pas oser porter l’étoile jaune à l’université. Je comprends que beaucoup de Juifs se demandent si la Suède peut continuer à être un refuge pour eux. En portant l’étoile de David, je veux montrer que je ferai le nécessaire pour qu’ils ressentent que la Suède est aussi leur pays. »

JForum.Fr & Le Poiint

La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

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