Coupe du monde 2026 : « Montrer à Trump que Haïti est là »… La fierté et la résilience des Haïtiens de retour au Mondial

De notre envoyé spécial à Boston,

On a retrouvé la magie de la Coupe du monde. Peut-être même son essence. Au beau milieu de la nuit, pendant que les Français étaient plus occupés à regarder la tentative de remontada des Spurs de Victor Wembanyama, ce Haïti-Ecosse nous a réconciliés, en partie, avec un Mondial qui était lancé sur des bases pas franchement folichonnes, entre la politique discriminatoire de Donald Trump (on y reviendra), les prix exorbitants et des matchs pas super emballants.

Emballé, honnêtement, on ne l’était pas plus que ça par ce « choc ». Mais tout a changé en arrivant, très longtemps avant le coup d’envoi, au Gillette stadium, l’antre habituel des New England Patriots. Une marée humaine impressionnante de supporteurs écossais et haïtiens. Des maillots bleu électrique pour les Grenadiers et des liquettes bleu foncé ou corail (et des kilts) pour la Tartan Army de partout. Le tout dans une ambiance de franche camaraderie. C’en était presque émouvant.

Si les Ecossais sont des habitués des déplacements massifs, malgré les précautions prises par le sélectionneur écossais, Steve Clarke, qui ne voulait pas que ses compatriotes se ruinent en venant aux Etats-Unis, on ne s’attendait pas à ce qu’il y ait autant d’Haïtiens. « Ça fait cinquante-deux ans (unique participation en 1974) qu’on n’a pas vécu une Coupe du monde, bien sûr qu’on allait venir en nombre », s’enjaillait Patrice (39 ans).

Aller-retour Montréal-Boston dans la journée

Sourire jusqu’aux oreilles, maillot des Grenadiers sur le dos, notre gaillard a décidé, sur un coup de folie, de prendre la voiture depuis Montréal (Canada) et d’embarquer sa mère pour descendre à Boston (environ 500 km) assister à ce moment historique, qui s’est malheureusement soldé par une défaite (0-1). « Ma mère ne voulait pas attendre autant de temps avant de revoir Haïti au Mondial. C’est une immense fierté, c’est un grand moment pour tout le pays », reprend-il, inarrêtable quand il s’agit de parler de son pays, lui qui a grandi au Canada, avant de passer plusieurs années sur l’île, puis de rentrer à Montréal.

Un supporteur d'Haïti avec une superbe voiture tunée aux couleurs de l'île.
Un supporteur d’Haïti avec une superbe voiture tunée aux couleurs de l’île. - A. Huot / 20 Minutes

William est, lui, venu depuis le New Jersey pour assister à ce match face à l’Ecosse. « Il y a une énorme communauté haïtienne dans l’est des Etats-Unis et au Canada (entre 500.000 et 1 million de personnes), nous assure-t-il. On représente ceux qui sont restés au pays, c’est une injustice qu’ils n’aient pas pu venir. » Oui, car si Haïtiens étaient en nombre à Boston, aucun d’eux ne venait de leur île. La faute à une décision de Donald Trump d’interdire l’entrée aux Etats-Unis aux personnes de plusieurs pays, dont Haïti.

« Quand t’organises une Coupe du monde, tu dois autoriser tout le monde, joueurs, arbitres, supporteurs à venir dans ton pays, sinon, ça ne s’appelle pas Coupe du monde, ajoute Cédric, venu avec sa petite amie, dont les parents sont haïtiens. Tous les gens de Haïti, même si ça peut paraître compliqué financièrement car on reste un pays pauvre, devraient avoir le droit de venir soutenir leur équipe. Mais on reste soudé. »

« L’union fait la force »

« On est un peuple résilient, reprend Patrice. C’est important de montrer la solidarité de notre équipe. C’est un moyen de montrer aussi à Trump que les supporteurs haïtiens sont là, que Haïti est là. On va prendre l’espace qu’ils essaient de nous enlever.  »

Le Canado-Haïtien prend aussi l’exemple du maillot que les Grenadiers ont dû changer au dernier moment après une plainte de la Fifa. La raison : l’instance internationale estimait que certains visuels, qui visaient à célébrer « la fierté, la résilience et l’esprit du peuple haïtien », selon l’équipementier Saeta, pouvaient « donner lieu à des interprétations différentes ».

« Ce n’est pas la première fois, reprend Patrice. Ils ont joué avec notre maillot, mais à la fin, ça nous donne plus de publicité. Tout le monde en parle. J’ai même vu des députés en France (Antoine Léaument et Hadrien Clouet, LFI) qui en parlaient. Ça nous permet aussi de raconter notre histoire, on est plus fort que tout ça ensemble. » Comme le dit la devise sur le drapeau haïtien, l’union fait la force.

La source de cet article se trouve sur ce site

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

PARTAGER:

spot_imgspot_img
spot_imgspot_img