Les relations se tendent entre l’Union européenne et Israël. La France ou l’Italie ont dénoncé le 20 mai le traitement humiliant d’activistes de la flottille pour Gaza, filmés menottés, traînés et mis à genoux, à côté du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. Quelques jours plus tôt, le conseil de l’Union européenne avait décidé de sanctionner des organisations de colons extrémistes israéliens accusés d’actes de violences contre des Palestiniens en Cisjordanie.
Selon le quotidien israélien Ha’aretz, sont visés des dirigeants et les organisations de colons Amana et Nashala, l’organisation d’extrême droite Regavim ou encore Hashomer Yosh. Ces sanctions visent aussi indirectement une méthode de colonisation dite par pâturage, qui s’est accélérée depuis 2022.
Plus de 100 nouveaux avant-postes établis depuis 2024
D’après l’ONG israélienne Peace Now, Amana est considéré comme étant « la mère et le père » des avant-postes et des exploitations agricoles illégales en Cisjordanie. Avec une centaine de volontaires, notamment des adolescents, Hashomer Yosh permettrait à des familles de colons de s’installer sur des terres en Cisjordanie, en les aidant « à faire paître leur bétail, à effectuer des travaux agricoles et à expulser systématiquement les Palestiniens des zones environnantes », indique Peace Now.
Dans un rapport publié en décembre 2024, Peace Now et une autre ONG israélienne, Kerem Navot, toutes deux spécialisées sur l’observation de l’occupation en Cisjordanie, ont documenté la colonisation par pâturage illégal. Elle fonctionne avec une méthode en trois axes « avec l’aide du gouvernement et de l’armée israélienne » indique le rapport : installer des pâturages illégaux et déplacer les bergers palestiniens de leurs terres, harceler, intimider et cibler les communautés palestiniennes alentour pour les obliger à partir, et enfin prendre le contrôle de ces larges bandes de terre et y installer des nouveaux avant-postes.
Fin 2024, au moins 786.000 dounams de terre, soit 78.600 hectares, ont été saisis de la sorte. Cela représente 14 % du territoire de la Cisjordanie, une proportion qui a doublé par rapport à 2022, d’après les ONG. Depuis la sortie du rapport, plus de 100 nouveaux avant-postes ont été établis, indique auprès de 20 Minutes, Dror Etkes, fondateur de Kerem Navot.
« Une véritable campagne systématique »
Les colonies sont construites sans l’approbation officielle du gouvernement israélien, mais avec son soutien tacite et peuvent être légalisées par la loi israélienne, rappelle Oxfam. Elles restent cependant illégales au regard du droit international, comme pour l’ONU et la Cour internationale de Justice, le transfert d’une population civile dans un territoire occupé étant interdit. Depuis 1967 et l’occupation de la Cisjordanie après la guerre de Six Jours, environ 2.000 km2 de terres ont été colonisées.
« Les premiers exemples d’utilisation du pâturage pour s’approprier des terres remontent juste après 1967, retrace Dror Etkes. Cela a commencé à prendre de l’ampleur en 2018, lors du premier mandat de Trump. » Le phénomène s’est accéléré depuis 2022 avec l’arrivée du nouveau gouvernement Netanyahou allié à l’extrême droite, comme le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, qui appelle, lui, à l’annexion de « zones stratégiques » de la Cisjordanie.
Entre 2022 et 2024, 70 % de la terre saisie par les colons l’a été sous couvert d’activités de pâturage, précise le rapport des ONG. Cette méthode est devenue un élément central de la violence des colons à l’encontre des Palestiniens, décrivent-elles. « Après le 7-octobre 2023 [et les attaques terroristes du Hamas], les colons savaient exactement comment s’y prendre, ils ont bénéficié du soutien total de l’Etat pour expulser les Palestiniens de leurs lieux de pâturage, mais aussi de leur zone d’habitation, détaille Dror Etkes. Depuis, c’est devenu une véritable campagne systématique. »
L’économie palestinienne étouffée
Cette forme de colonisation, décrit le fondateur de Kerem Navot, a commencé dans la zone C, qui est sous contrôle total israélien et recouvre 60 % de la Cisjordanie. Elle s’étend désormais à la zone B, sous contrôle civil palestinien et contrôle sécuritaire conjoint avec Israël, et, dans certains cas, à la zone A, sous contrôle de l’Autorité palestinienne. D’après Oxfam, plus de 700.000 colons israéliens vivent illégalement dans plus de 156 colonies et plus de 250 avant-postes répartis en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est.
« Au cours de l’année écoulée, poursuit Dror Etkes, nous avons assisté à des attaques systématiques menées par des colons, qui ont abouti au vol de plusieurs centaines de moutons et de chèvres. Le discours des colons est toujours le même, ils affirment récupérer ce qui leur a été volé. » Pour lui, une économie de l’accaparement se met en place, dont le but est de « briser l’économie palestinienne et contraindre les Palestiniens à s’installer dans les zones urbanisées de Cisjordanie ».
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S’il salue le troisième train de sanctions de l’Union européenne, elles demeurent insuffisantes selon lui. Un point de vue partagé par Louis-Nicolas Jandeaux, chargé de plaidoyer humanitaire pour Oxfam. « Dans le contexte où la colonisation s’accélère très fortement, on considère que c’est bien trop faible, explique-t-il. Il y a une multitude de leviers que l’UE devrait saisir, notamment mettre fin à l’accord d’association avec Israël. » Une position partagée par l’Espagne, mais qui n’a pas de majorité au sein des 27.
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