C’est quoi exactement un « champion Pokémon » ?

Vous aimez la découverte de nouveaux Pokémon mignons tout plein, les ballades dans les paysages de Kanto, Johto et Sinnoh, flâner à Bourg-Palette et faire du shopping à Illumis ? Disons-le tout net : il y a peu de chance que vous soyez un Champion Pokémon dans l’âme. Pour, justement, trier le bon grain des vacanciers, il existe désormais un jeu Pokémon à part, intitulé Pokémon Champions. Centré sur les combats, il est l’exact opposé de Pokopia, jeu mignon et chill (pour les faibles…).

Pokémon Champions vise les joueurs chevronnés, ceux qui aspirent à la performance et attendent par exemple avec impatience les Championnats du monde, fin août, à San Francisco… Pour y être qualifié, il faut avoir écumé les championnats régionaux pendant un an, que ce soit sur jeu vidéo ou jeu de cartes. Mais cette année, un « champion » bien particulier sera invité à côtoyer, en tant que spectateur, la crème de la crème des champions Pokémon : le ou la gagnante du tournoi exclusif Champion of Champions.

Une plateforme pour les gouverner tous

Lancé dans la foulée de la plateforme Pokémon Champions, ce tournoi organisé le 29 juillet à Londres réserve son arène à un casting savoureux. Seules huit personnes ont été sélectionnées, et aucune n’est vraiment experte du maniement de la Pokéball de sa vie. Leur seul point commun ? Être sacrés champions dans des disciplines totalement insolites !

Dans ce choc des cultures, on retrouvera notamment une championne de sifflement, le champion de pizza acrobatique (un Italien, forcément…), le champion de bataille d’oreillers… Un champion de Pierre-Papier-Ciseaux est-il à l’aise avec les attaques Eau, Feu et Plante ? Une championne de mémorisation rapide peut-elle retenir des paquets de cartes en dix secondes ? Et surtout, notre candidat français sera-t-il à la hauteur ?

Garder la frite

« J’ai emprunté la Switch de mon frère, je vais m’y mettre là », nous racontait, en toute décontraction, Aurèle Mestré, à quelques jours de la compétition. « Je suis un vieux joueur de la génération Game Boy, mais après j’ai un peu laissé tomber. Je suis un gamer mais je peux passer trois semaines sans toucher la console… » Si Aurèle représente la France, c’est grâce à un autre talent. Il est champion du monde… de frites.

« Je vais au tournoi Pokémon dans le même état d’esprit qu’au championnat du monde de frites : je serai moi-même, décontracté, et je ferai de mon mieux, sans pression du résultat. » A la différence que faire des frites, c’est son métier, et que ses cornets, dans son restaurant lillois, s’arrachent…. « Au tournoi Pokémon, j’espère quand même ne pas finir dernier… Surtout que c’est filmé et diffusé en direct sur Twitch… »

Du welsh au TCG

Rassembler des champions de tout et de rien pour un tournoi Pokémon est une manière de montrer qu’on peut prendre au sérieux toutes sortes de pratiques, même le fait de jouer aux Pokémon. « Aujourd’hui il y a des compétitions de tout, explique Aurèle Mestré. Par exemple, en restauration, il y a le champion du monde de carbonade, de welsh… Tout est devenu important et sérieux, il y a des débats interminables sur tout avec une guerre de la visibilité sur les réseaux sociaux. On se retrouve à noter les kebabs, on met une note sur tout… »

Mais derrière cette tendance, le restaurateur voit aussi une vertu : montrer que tout le monde peut y arriver. « Tout ça s’est vraiment démocratisé. Les compétitions Pokémon, le jeu de cartes par exemple, avant c’était pour les spécialistes. Aujourd’hui, le jeu est complètement intergénérationnel, nos grands-parents connaissent aussi les Pokémon ! »

Athlètes cérébraux

Si les participants au tournoi Champion of Champions sont en effet représentatifs de la richesse de la communauté Pokémon, le grand gagnant aura l’occasion de mesurer que les « vrais » champions Pokémon sont des joueurs à part… Rien à voir avec un gamin de dix ans casqué de rouge qui crie « Pika-Pika » en lançant une boule plastique dans les hautes herbes

Le jeu dans l’univers du Play ! Pokémon, la branche compétitive officielle du géant japonais, est millimétré et hautement stratégique. Le joueur compétitif moderne de VGC (Jeu Vidéo) ou de TCG (Jeu de Cartes à Jouer) est un véritable athlète cérébral. Il ne joue pas : il calcule. En VGC, il ne choisit pas son Pokémon parce qu’il est mignon, mais parce que son EV spread (la répartition des points d’effort) est ajusté pour dépasser la Vitesse d’un Dracaufeu sous le soleil d’un petit point. Il connaît par cœur la formule des dégâts, anticipe les coups critiques à 4,17 %, et maîtrise la gestion des Speed Tiers.

En TCG, c’est un joueur d’échecs sous amphétamines : il pratique le Prize Mapping, mémorise les 60 cartes de son deck et calcule la probabilité d’arriver à sa carte clé en repérant les cartes cachées dans ses récompenses dès le premier tour.

Au panthéon Pokémon

Ainsi, le monde compétitif Pokémon compte aussi ses légendes. Au tournoi Champion of Champions, Ray Rizzo, trois fois champion du monde du tournoi du jeu vidéo Pokémon, officie comme coach au service des participants en amont de la compétition.

Les grands champions historiques, comme Wolfe Glick, légende du jeu, ou Eduardo Cunha, ont la particularité de ne jamais compter sur la chance et de décortiquer en permanence le métagame. Le Coréen Sejun Park est entré au panthéon mondial en remportant le titre avec un humble Pachirisu, un écureuil électrique jugé inutile que personne n’avait vu venir, mais dont la capacité « Par Ici » a encaissé les plus grosses frappes du tournoi. En TCG, des légendes comme le Norvégien Tord Reklev usent de tech cards chirurgicales et de bluff psychologique pour asphyxier la main adverse en trois tours.

Notre dossier Pokémon

En résumé, le champion Pokémon est un savant mélange d’ingénieur en statistiques, de joueur de poker et de passionné infatigable. Et parfois, il fait une pause Frites.

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