« C’est le travail d’une vie »… On a demandé des conseils pour « dater une princesse »

On aurait pu publier cet article un 4 août, nuit de l’abolition de la noblesse et des privilèges de féodaux, mais Paris Match, Jordan Bardella et la princesse Maria Carolina de Bourbon des deux Siciles, avait un autre agenda. Un agenda qui n’allait toutefois pas si mal à la réalisatrice Licia Meysenq, dont le documentaire Comment draguer en Haute Société, diffusé par « France 3 », le 26 mars dernier est tombé à point nommé. Et est-elle à même de répondre à cette question que l’on se pose : comment on date une princesse ?

« Déjà tu n’es pas sur Tinder, pose la journaliste qui a essuyé 300 refus d’entretiens, dont celui de Maria Carolina, lors de son enquête. La séduction passe d’abord par la reproduction sociale et généralement dans des lieux de fréquentations validées par les parents, comme les rallyes, des événements organisés et réservés à la noblesse qui permettent de rencontrer des gens comme soi. »

Clubs, cercles et soirées fermées…

Dans le cas de « l’idylle » rendue publique entre le présidentiable et président du RN Jordan Bardella, 30 ans, et Maria Carolina, 22 ans, la rencontre s’est, d’après les détails distillés, nouée au printemps dernier à l’occasion d’une soirée privée en marge du Grand Prix F1 de Monaco. « Typiquement, ce genre d’événement qui mélange influence politique, aristocratie et dirigeants d’entreprise marque l’importance des lieux de sociabilité, de mondanités, réservés à une élite. Car si les rallyes et les bals sont réservés à l’aristocratie, ce qui n’est pas le cas de Bardella, les « clubs privés » en revanche sont les espaces où se font ces rencontres », poursuit Licia Meysenq.

Parmi les plus connus, l’Automobile Club de France ou encore le Cercle de l’Union interalliée, tous deux situés dans des hôtels particuliers du 8e arrondissement de Paris, qui ne sont accessibles que par parrainages et avec des droits d’entrée et des cotisations à même de remplir un réfrigérateur pendant plus d’un an. Citons encore « les Cercles sportifs du bois de Boulogne », hébergeant notamment les clubs de « Tir aux pigeons de Paris », le « Polo de Paris » ou le « Lagardère Paris Racing ». Tous ayant été fondés par des nobles au XIXe et début du XXe siècle, alors que la République s’affirmait.

« Comme citoyen lambda, intégrer de tels clubs privés est très difficile. C’est le travail d’une vie, a constaté la réalisatrice dans son enquête. C’est un monde tellement fermé que si tu n’as pas un poids économique et/ou politique – pour le cas de Bardella –, t’as zéro chance. C’est une relation donnant-donnant, et pour les aristos une sorte de soft power et un moyen de reproduction sociale. »

Des rencontres pour nobles 2.0

Une reproduction sociale qui colle à la devise de famille de Jeanne de Chalon, « Je maintiendrai ». A 30 ans, cette noble a lancé en novembre dernier la première application internationale de rencontre réservé à la noblesse, dont quelques images de la soirée de lancement au Musée de la chasse et de la nature ont été publiées sur les réseaux.

« J’ai commencé à avoir l’idée lorsque je suis arrivée de Lyon à Paris, pendant le Covid. Il n’y avait ni bal, ni rallye pour rencontrer du monde et l’idée est partie de là. Beaucoup de communautés ont leur site de rencontres dédié et la noblesse n’en avait pas », rembobine auprès de 20 Minutes la cofondatrice de « NOB », qui ambitionne de fonctionner à l’échelle européenne. « En France, il y a 3.000 familles nobles et pour chaque pays il y a une association comme l’Association des nobles de France [ANF], qui a un annuaire des personnes nobles. Pour y être inscrits, les candidats doivent passer par « la commission de preuves » où il faut présenter des justificatifs de noblesse, un arbre généalogique, titre de propriété, etc. »

Un annuaire sur lequel s’appuyer au moment de la validation des profils sur NOB par ses administrateurs. « Tu crées un profil avec tes noms, prénoms, titres, blason et devise, et pour l’heure, avec un millier d’inscrits environ, chaque adhérent se voit présenter un profil et a le droit à un swipe par jour, en plus des accès aux informations concernant des soirées », résume l’entrepreneuse.

Voilà donc la noblesse pouvant s’adonner aux mœurs populaires et numériques, ce dont ne se soucie guère Jeanne de Chalon qui « prône une noblesse moderne. Après tout un Français sur cinq a déjà utilisé une application de rencontre. Il faut aussi vivre avec son temps ». Elle regrette toutefois que si elle venait à épouser un roturier, elle perdrait, à l’inverse d’un homme, ses titres et se verrait radier de l’ANF.

Difficile, donc, sans particule ni titre de noblesse et sans parrainage aux clubs privés d’espérer « dater » une princesse. Reste alors peut-être les agences matrimoniales « haut de gamme », comme ELC International, crée par Valérie Bruat.

La sociologie est brutale

« J’ai, par exemple, actuellement un noble espagnol en client. Il ne fait pas une fixette sur la particule, davantage sur le niveau culturel, l’éducation au patrimoine. Ensuite, tout dépend généralement de l’ouverture d’esprit de la personne la plus titrée, la plus diplômée. Je me souviens des frasques de Stéphanie de Monaco, qui a eu des relations avec son personnel. Il y a aussi des princesses qui cassent les codes », souligne-t-elle à 20 Minutes. Et peut-être Maria Carolina, avec plus de 200.000 followers sur Instagram, est vaguement de celle-là.

Reste qu’au sujet des manières, il y a tout de même des standards. « Ne pas passer devant, tenir la porte, payer l’addition au resto, à partir d’un certain niveau, ce n’est pas une discussion, c’est un acquis au même titre que la bonne éducation à table », énumère la matchmaker. Ce que pouvait résumer Jeanne de Chalon ainsi : « Dans un monde où tout le monde se fout un peu de tout, de la politesse, de la courtoisie, etc., le retour « aux vieilles valeurs » est une bonne chose. »

« Comme dans tout entre-soi, tu as des codes sociaux, une façon de se comporter dans l’espace, de se présenter », analyse Licia Meysenq qui a essayé pour le bien de son enquête d’entrer dans ce milieu pendant près d’un an. Mais pour la journaliste, « le prolo et la princesse ou les contes de fées n’existent pas. Il faut regarder avec la sociologie ».

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