Un anniversaire pas comme les autres. Ce mardi, Alain Adam a fêté ses 85 ans au milieu d’une foule de gens qu’ils ne connaissaient pas il y a encore quelques semaines. Réunis dans une petite salle de la commune de Romillé, à l’ouest de Rennes (Ille-et-Vilaine), ces habitants étaient pourtant venus en nombre pour rencontrer cet homme. D’origine juive, Alain Adam a échappé à la déportation grâce au courage de son père et à une nourrice qui l’a élevé comme son propre fils. Quatre-vingt-deux ans après la Libération par les troupes américaines qu’il avait vu défiler dans son village, Alain Adam est revenu dans cette commune où il a été caché pendant des années. Non sans émotion au moment de rencontrer les descendants de celle qu’il a appelée « maman ». Et de voir toute une commune rendre hommage à son père, grâce au travail de quelques passionnés d’Histoire.
Alain Adam n’avait pas encore 2 ans quand son papa est décédé en avril 1943 dans l’étang de Romillé. Dans l’incapacité de surmonter la douleur du décès de sa femme deux ans plus tôt et se sachant poursuivi par les nazis, le docteur Arthur Abramovici avait choisi de se donner la mort pour échapper à la déportation. Très apprécié dans la commune, le médecin d’origine roumaine avait avant cela décidé de confier sa fille de 11 ans et son fils de 2 ans à des habitants. Pendant sept ans, Alain Adam, né Alain Abramovici, a donc vécu auprès de « maman Simon », une nourrice de Romillé chargée de l’élever. « Elle a véritablement été ma mère. Grâce à elle, j’ai eu une enfance heureuse, malgré la guerre, malgré le décès de mes parents. Je crois que je n’étais pas conscient de tout ce qu’il s’était passé », assure l’octogénaire. Sa sœur Monique était à Rennes, hébergée par des hôteliers qui logeaient des soldats allemands.
S’il est aujourd’hui installé en Loire-Atlantique, Alain Adam a énormément voyagé pendant sa riche vie. A la fin de la guerre, il est emmené dans les beaux quartiers parisiens par le frère de son père. Comme arraché à sa famille d’accueil à qui il doit pourtant la vie. Il retrouve alors sa sœur Monique, qui a neuf ans de plus que lui. Mais il ne reverra jamais « maman Simon », qu’il considérait pourtant comme sa mère. Ce mardi, il a pu rencontrer les descendants de cette femme qui l’a sauvé du génocide orchestré par Adolf Hitler. « C’est comme ma famille. C’est très émouvant », témoigne Alain Adam. Assise à ses côtés, Françoise Miel lui remet une photo de lui et de « maman Simon » devant la maison médicale où son père exerçait. Une photo qu’il n’avait jamais vue.
« C’était comme le fantôme de l’opéra »
Pendant toute sa vie, la petite-fille de la nourrice a très souvent entendu parler d’Alain, cet enfant disparu qu’elle n’avait jamais rencontré. « C’était comme le fantôme de l’opéra. On en entendait parler mais on ne le voyait pas. Ma grand-mère avait été très affectée de le voir partir », assure la petite-fille de la nounou. Au moment de le rencontrer, l’émotion était indescriptible. « Quand j’ai vu Alain, on s’est immédiatement pris dans les bras. C’était très émouvant pour lui comme pour moi. J’avais l’impression de revoir ma mère et ma grand-mère, de les serrer dans mes bras », raconte Françoise Miel.
Ces retrouvailles, les deux familles les doivent à l’association des Amis du patrimoine de Romillé (Amparo) et à l’abnégation d’un de ses membres. « Quand on a commencé les recherches, on ne savait pas que le docteur Abramovici avait un fils. Ce sont des habitants de la commune qui nous ont tout raconté. Comment le médecin s’était donné la mort pour sauver ses enfants des Allemands. Comment Alain avait vécu ici avant de partir. Mais on ne le retrouvait pas », explique Jean-Yves Le Clerc, archiviste professionnel et membre de l’association. Après avoir interrogé une intelligence artificielle, le conservateur du patrimoine retrouve la trace d’une fondation en Roumanie et leur adresse un mail, sans véritable espoir. « Le 7 avril, à 15 heures, j’ai reçu un appel d’un numéro inconnu. C’était Alain Adam », raconte l’archiviste, lui aussi ému.
Des pensées pour sa sœur
L’enfant qu’il était a évidemment bien grandi. Au moment de remercier tous les présents, Alain Adam a regretté que sa sœur ne soit pas présente. A près de 95 ans et vivant à l’étranger, Monique n’a pas pu se déplacer. « Elle n’a jamais cessé de parler de nos parents. Elle était bouleversée par leur décès. Elle aurait été tellement émue d’être là. Je pense très fort à elle en ce moment. »
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