Urgences saturées, pic de mortalité, fêtes annulées et bac réorganisé à la hâte… Ça ne vous rappelle rien ? Six ans après le chaos de la pandémie de 2020, certains Français ont eu un sentiment de « déjà-vu ». Sauf que l’ennemi n’est plus un virus mais le thermomètre. Et si la canicule devenait notre nouveau Covid ? 20 Minutes s’est dans les archives pour comparer les deux crises… et le parallèle est plutôt saisissant.
Des hôpitaux saturés
Covid en mars 2020 : Construction d’un hôpital de campagne militaire, réquisition des cliniques privées, mobilisation de la réserve sanitaire, recensement des vétérinaires disponibles… Face à l’explosion des cas, le ministère de la Santé tente par tous les moyens de libérer des lits pour accueillir les « covidés ». Pendant des semaines, on égrène chaque soir le nombre de lits occupés, on applaudit les soignants à la fenêtre. Au total, 218.000 patients ont été hospitalisés pour le Covid-19 cette année-là, selon l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation.
Canicule de juin 2026 : Pas de virus mais même surchauffe. Au cours de la semaine caniculaire, les urgences ont vu défiler des victimes de malaises, déshydratations ou hyperthermies. Pour faire face, le gouvernement a activé le niveau 3 du plan Orsan, le 25 juin, le niveau maximal de la mobilisation sanitaire. À Rennes, où le thermomètre a explosé les 40 °C, le plan blanc a été déclenché dès le lundi. Selon notre journaliste rennais, le Samu 35 a reçu 2.908 appels le seul 25 juin : « un record absolu, plus d’appels que pendant le Covid », s’alarmait Matthieu Revest, directeur médical de crise. Toutefois, si l’intensité de cette canicule a été inédite, la crise reste limitée dans le temps : certes, cette vague de chaleur nous a semblé interminable mais elle n’est rien comparée aux mois de surchauffe liés aux « vagues » de Covid.
Un pic de mortalités
Covid en mars 2020 : Le Covid-19 a provoqué 167.664 décès en France entre le 18 mars 2020 et le 30 juin 2023, selon Santé publique France. Chaque jour, le pays compte ses morts. A la mi-avril 2020, au plus fort de la crise, on enregistre près de 1.500 décès quotidiens. Sans compter les services de réanimation totalement saturés, qui peinent à faire face à l’afflux de malades.
Canicule de juin 2026 : Si les chiffres nécessitent d’être consolidés, cette canicule promet déjà d’être meurtrière. Vendredi, Santé publique France a annoncé avoir constaté « une hausse de 29,1% » des décès entre le 22 et le 28 juin, correspondant à « 2 025 décès supplémentaires par rapport à la semaine précédente ». L’organisme a d’ores et déjà annoncé que ces données seront très vraisemblablement revues à la hausse. Certes, les chiffres ne sont pas (encore) comparables à ceux du Covid car le « pic » est plus court mais qu’en sera-t-il si les vagues de chaleur viennent à se multiplier et à s’intensifier ?
Des pompes funèbres débordées
Covid de mars 2020 : « Les employés des pompes funèbres font, eux aussi, partie de ces métiers essentiels qui doivent continuer de fonctionner alors que la France entière s’enferme. Exposés mais sous-équipés, mobilisés mais peu soutenus, certains ont déjà peur pour la suite des événements, au troisième jour seulement de confinement », écrivait 20 Minutes dès le 18 mars 2020. Le nombre de décès est inédit depuis la Seconde Guerre mondiale et enterrer ces morts (sans rompre confinement et donc prendre le risque d’accroître les courbes) est un défi. « Trop c’est trop. On court du matin au soir, on travaille à un rythme effréné », nous confiait le 3 avril 2020 le gérant d’une entreprise de pompes funèbres dans le Haut-Rhin.
Canicule de juin 2026 : Ce week-end, les deux funérariums intra-muros de Paris ont affiché un taux d’occupation de 100 %, obligeant les professionnels à déplacer les corps vers la grande couronne. Des villes comme Nantes ou Valenciennes ont connu le même pic d’activité. Toutefois, ces saturations sont régionales et assez courtes en termes de durée. Pour les professionnels du secteur, les deux dernières semaines évoquent davantage la canicule de 2003 que la pandémie.
(Im) préparation des gouvernements
Covid de mars 2020 : C’est le scandale des masques et des lits. Alors qu’Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, se voulait rassurante début 2020, l’État doit réquisitionner tous les stocks de masque le 4 mars. Quelques jours plus tard, son successeur Olivier Véran reconnaît qu’il ne restait que 110 millions de masques en stock… contre un milliard dix ans plus tôt.
Canicule de juin 2026 : Aujourd’hui, c’est le scandale des climatiseurs. Sophie Binet (CGT) a dénoncé « une absence complète d’anticipation par l’Etat », tandis que la députée Sandrine Rousseau a annoncé le dépôt d’une motion de censure par les Écologistes contre « un gouvernement qui gère aussi mal quelque chose qui est prévu ». Face aux accusations d’impréparation, Sébastien Lecornu a défendu l’exécutif : « L’ensemble de la chaîne a tenu ». Il se félicite que le système énergétique ait résisté malgré un bond de 25 % de la consommation liée à la clim. Pour calmer la colère des soignants qui étouffent, il a promis la livraison de 30.000 climatiseurs et annoncé la création d’un plan « Orsec chaleur extrême ».
Impact sur le travail et sur l’école
Covid de mars 2020 : On s’en souvient comme si c’était hier : Emmanuel Macron annonce un confinement pour tenter d’endiguer la pandémie. La société tente (tant bien que mal) de se réorganiser : école à distance, télétravail massif ou chômage partiel… Les épreuves du bac et du brevet sont annulées au profit du contrôle continu.
Canicule de juin 2026 : Pour certains parents, cette canicule a rappelé des souvenirs pas si lointains. Des épreuves du bac ont été réorganisées à la hâte, de nombreuses écoles ont fermé en raison des températures extrêmes dans certaines classes. Et les parents ont dû s’organiser à la hâte. Mais cette fois, le télétravail n’a pas toujours été la solution privilégiée : beaucoup d’enfants ont accompagné leurs parents au bureau pour bénéficier d’un peu de clim. Mais de la même manière que le Covid a ouvert le débat sur le télétravail, le ministre du Travail souhaite même un temps de « réflexion » sur les horaires durant les canicules, à la manière espagnole.
Bernard Arnault aussi touché
Non, on plaisante mais le comparatif peut continuer longtemps : les difficultés accrues pour les personnes les plus précaires et isolées, la situation en détention, l’apparition de théories du complot…
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