Bagdad: 1er juin 1941,180 juifs sont assassinés

Le 1er juin 1941, à Bagdad, des familles juives sortent pour Chavouot. À 16 h environ, la violence commence près du pont Al-Khurr. En deux jours, entre 150 et 180 Juifs sont assassinés, 600 blessés, et environ 1 500 maisons et commerces sont pillés ou détruits.

Ce massacre porte un nom.

Farhud.

En arabe, le mot renvoie à une dépossession violente.

Mais pour les Juifs d’Irak, il ne désigne pas seulement une émeute.

Il désigne le jour où une communauté ancienne a compris qu’elle pouvait être attaquée dans sa propre ville, dans ses propres rues, devant ses propres portes.

Les Juifs vivent dans cette région depuis le VIᵉ siècle avant notre ère.

Bien avant l’Irak moderne.

Bien avant l’État d’Israël.

Bien avant les frontières que le XXᵉ siècle allait imposer au Moyen-Orient.

En 1941, environ 90 000 Juifs vivent à Bagdad. Ils parlent arabe. Ils travaillent dans les marchés, les administrations, les écoles, les commerces. Ils font partie de la vie urbaine irakienne depuis des générations.

Puis le pays vacille.

Au printemps 1941, un gouvernement pro-allemand prend le pouvoir à Bagdad autour de Rashid Ali al-Gaylani. La propagande nazie circule. Des mouvements nationalistes et antijuifs gagnent du terrain. La guerre mondiale, déjà en feu en Europe, entre par les radios, les journaux, les discours.

À la fin mai, le régime s’effondre.

Le 1er juin, les Juifs de Bagdad croient que le danger est passé.

C’est Chavouot.

Une fête.

Un jour de sortie.

Un jour de famille.

Puis la foule attaque.

Des hommes juifs sont frappés dans les rues. Des femmes sont agressées. Des enfants sont pris dans la panique. Des maisons sont ouvertes de force. Des magasins sont vidés. Des quartiers entiers deviennent des pièges.

Pas une rumeur.

Pas un débat.

Pas une tension abstraite.

Une chasse.

Pendant deux jours, Bagdad bascule.

Des soldats et policiers liés au camp de Rashid Ali participent ou laissent faire. Des jeunes du mouvement Futtuwa, influencés par les modèles fascistes européens, jouent aussi un rôle dans la violence. Des civils se joignent au pillage.

Le 2 juin, vers midi, les troupes irakiennes rétablissent l’ordre.

Mais l’ordre ne rend pas les morts.

Il ne rend pas les maisons intactes.

Il ne rend pas la confiance.

Après le Farhud, beaucoup de Juifs de Bagdad comprennent que quelque chose s’est brisé. Même ceux qui restent savent que la peur a changé de place : elle n’est plus au loin, elle est dans la rue voisine.

L’histoire du Farhud dérange parce qu’elle refuse les explications faciles.

Ce massacre a lieu en 1941.

Sept ans avant la création de l’État d’Israël.

Il vise une communauté juive enracinée en Irak depuis l’Antiquité.

Il montre que l’antisémitisme au Moyen-Orient n’est pas né d’un seul événement moderne, ni d’un seul conflit politique. Il a aussi été nourri par des idéologies, des propagandes et des pouvoirs qui ont désigné les Juifs comme des ennemis intérieurs.

Se souvenir du Farhud, ce n’est pas accuser un peuple entier.

C’est nommer un crime.

C’est refuser que les victimes disparaissent une deuxième fois, avalées par le silence.

C’est dire que les hommes, les femmes et les enfants de Bagdad ne sont pas morts dans une note de bas de page.

Ils avaient des noms.

Des maisons.

Des fêtes.

Des clés.

Le 1er juin 1941, ils étaient sortis pour Chavouot.

Le 2 juin, une communauté entière savait qu’elle ne regarderait plus Bagdad de la même manière.

La mémoire n’est pas une vengeance.

Elle est une barrière.

Quand on oublie les pogroms, on laisse les mensonges reconstruire les rues où ils ont commencé.

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