Attaques au Mali : « Les djihadistes montrent clairement qu’ils sont les maîtres du jeu »

Après deux jours de combats intenses, le calme est progressivement revenu ce lundi dans les rues de la capitale Bamako et dans les autres villes ciblées par les djihadistes. Mais la situation reste très incertaine au Mali, qui s’enfonce toujours plus dans le chaos. Déjà en proie à une profonde crise sécuritaire depuis 2012, le pays d’Afrique subsaharienne a vécu ce week-end une offensive sans précédent des groupes djihadistes, alliés aux rebelles touaregs, contre des positions stratégiques de la junte malienne au pouvoir depuis 2020.

Sadio Camara, ministre de la Défense et pilier de la junte, a été tué samedi dans un attentat-suicide mené contre sa résidence à Kati, près de Bamako. Bastion de la rébellion touareg et reprise en novembre 2023 par l’armée malienne, la ville clef de Kidal, dans le nord du pays, serait également repassée entre les mains des rebelles. Chercheur associé à l’Institut français des relations internationales, Thierry Vircoulon revient pour 20 Minutes sur les attaques de ce week-end et sur la situation explosive au Mali.

Avant cette offensive coordonnée par les djihadistes et les rebelles touaregs contre le pouvoir en place, quelle était la situation au Mali ?

La guerre a éclaté dans le pays en 2012 et les combats n’ont pas cessé depuis. Avec d’un côté, l’armée malienne qui est soutenu par la force russe Africa Corps. Et de l’autre, les djihadistes du Jnim (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), affiliés à Al-Qaïda, qui sont alliés avec les séparatistes touaregs du FLA (Front de libération de l’Azawad).

Les djihadistes veulent prendre le pouvoir au Mali et depuis quelques mois, ils en sont aux portes. Ils contrôlent déjà 60 à 70 % du pays, dont presque toutes les zones rurales. Ils mènent aussi une stratégie d’asphyxie de la capitale Bamako, où il n’y a quasiment plus d’électricité ni de carburant, pour faire monter la pression interne contre la junte. Le rapport de force est donc en leur faveur.

Ces attaques simultanées ce week-end marquent-elles un tournant ?

Clairement, car les djihadistes et leurs alliés n’avaient jamais attaqué en même temps les villes principales que sont Bamako, Goa et Kidal. Ils ont aussi ciblé certaines têtes du régime, en tuant notamment le ministre de la Défense, et se sont emparés de la ville de Kidal, qui était un objectif fondamental pour eux.

Cette opération coup de poing montre donc qu’ils dominent militairement la situation et qu’ils sont les maîtres du jeu dans le pays. Ce sont eux qui dictent le rythme de la guerre, avec des capacités d’actions très fortes.

Le Mali va-t-il tomber aux mains des djihadistes ?

Je ne sais pas si ça arrivera ni quand, mais ils en sont en tout cas très proches. C’est inquiétant pour le peuple malien en premier lieu, mais aussi pour les autres pays du Sahel comme le Burkina Faso et le Niger. Et si cela doit arriver, personne n’interviendra. Car le Mali a rompu avec la France et a envoyé balader l’Union européenne et les Nations Unies. La junte malienne n’a pas beaucoup d’amis. Son principal allié, c’est la Russie. Mais je doute qu’elle envoie de nouveaux effectifs. Il y a aussi la Turquie qui l’aime bien, mais pas assez pour aller la défendre. Donc personne n’ira se frotter aux djihadistes s’ils prennent le pouvoir.

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