L’administration Trump a préparé un accord de coopération nucléaire avec l’Arabie saoudite qui permettrait au royaume d’enrichir l’uranium pour son programme civil sans exiger les garanties internationales classiques destinées à prévenir toute utilisation militaire. Ce projet, finalisé en octobre 2025, n’a pas encore été signé ni soumis au Congrès pour examen, en raison notamment des tensions liées à la guerre avec l’Iran. Cette situation crée un paradoxe : alors que les États-Unis cherchent à empêcher l’Iran d’acquérir une bombe nucléaire, ils envisagent de fournir à son rival régional les technologies d’enrichissement de l’uranium, un élément clé pour la fabrication d’armes nucléaires.
Les négociations portent sur deux documents principaux : un accord de coopération civile nucléaire et un traité bilatéral de garanties. Contrairement aux standards internationaux, l’Arabie saoudite ne serait pas tenue d’adopter le Protocole additionnel de l’AIEA, qui permet des inspections renforcées, mais serait soumise à un mécanisme de contrôle bilatéral américano-saoudien dont les détails restent confidentiels. Cette absence de transparence alarme les experts, qui craignent que Riyad puisse développer un programme nucléaire militaire sous couvert civil. Le prince héritier Mohammed ben Salmane a publiquement menacé de développer une bombe nucléaire si l’Iran en obtenait une, accentuant les risques d’une course aux armements dans la région.
Au Congrès américain, l’accord rencontre une forte opposition bipartisan. La politique américaine a longtemps insisté pour que les pays bénéficiaires de la technologie nucléaire renoncent à l’enrichissement domestique afin d’éviter la prolifération. Le précédent des Émirats arabes unis, qui ont accepté le Protocole additionnel, est souvent cité comme un « standard d’or ». En revanche, ce projet d’accord avec l’Arabie saoudite déroge à cette règle, ce qui pourrait fragiliser la crédibilité des efforts américains en matière de non-prolifération. Certains analystes estiment néanmoins que refuser cet accord pourrait pousser Riyad à se tourner vers la Russie ou la Chine, ce qui compliquerait davantage le contrôle international.
L’enjeu sécuritaire est donc majeur. Autoriser l’Arabie saoudite à enrichir l’uranium sans garanties robustes pourrait déclencher une réaction en chaîne dans une région déjà instable, avec des conséquences directes pour la sécurité d’Israël et la stabilité du Moyen-Orient. Le risque que Riyad nationalise ses installations nucléaires et développe une capacité militaire soulève la question d’une possible intervention américaine pour empêcher la création d’une arme nucléaire. Cette situation illustre les dilemmes complexes auxquels sont confrontés les États-Unis dans leur politique nucléaire et régionale, entre intérêts économiques, alliances stratégiques et impératifs de sécurité globale.
Le projet d’accord nucléaire entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, en dépit de ses avantages économiques pour l’industrie nucléaire américaine, pose des questions cruciales sur la non-prolifération et la stabilité régionale. Le refus d’imposer des garanties internationales strictes à Riyad pourrait affaiblir les normes mondiales et exacerber les tensions au Moyen-Orient, avec des risques potentiels pour la sécurité d’Israël et la paix globale. La décision finale, encore en suspens, devra concilier ces enjeux délicats dans un contexte géopolitique tendu.
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