A quoi pensent les « grands religieux » dans les moments difficiles ?

Autour de la table de Chabbath, n° 549 Vaét’hanan-Na’hamou

A quoi pensent les « grands religieux » dans les moments difficiles ?

La paracha commence par la prière de notre maître Moché Rabénou afin d’entrer en Terre sainte. On le sait, Moché n’a pas la permission de monter en Erets Israël après la faute de « Mé Meriva » et doit céder la conduite de la nation à Yehochoua, son fidèle élève. Seulement les Sages de mémoires bénies enseignent dans le Midrach que Moché a beaucoup prié pour annuler le décret de D’. D’ailleurs Rachi enseigne que le mot « Vaét’hanan » est une manière de prier (il y en a dix comme la supplique, la prière, la demande, etc…). Donc Moché demanda la grâce du Ciel sans faire valoir aucun mérite particulier. D’une manière générale lorsqu’un homme demande à son supérieur, par exemple, une avancée dans l’échelle salariale, il emploiera toute une stratégie pour arriver à ses fins : il fera valoir le fait qu’il a réussi à augmenter le chiffre d’affaires alors que la situation générale était au grand marasme… Or, Moché Rabénou agira différemment. Il demandera à D’ de lui accorder cette faveur, de monter en Erets Israël, sans aucune contrepartie. Il aurait pu dire, « Hachem, c’est moi qui ait fait sortir le Clall Israël d’Egypte, j’ai nourri des millions de personnes dans le désert et j’ai fait descendre la Tora des Cieux… N’est-ce pas le meilleur des arguments ? À côté de la simple marge de bénéfice de notre commercial ? Rachi enseigne que les Tsadikim de notre peuple prient sans faire valoir aucun de leur mérite ! Et pour cause, Hachem est le moteur de tous les biens faits sur terre. C’est Lui la racine de la générosité entre les hommes car le monde a été créé sous le signe de la bonté « ‘Olam ‘hessed yibané ». Depuis la naissance jusqu’à notre dernier jour, Hachem se tient derrière nos pas et nous soutient dans tous nos cheminements… Qu’on le veuille ou non, que l’on fasse partie des « libéraux » ou des anarchistes. Donc lorsque je fais une Mitsva ou une bonne action ce n’est qu’un rendu de pièces d’un très gros billet qu’on a reçu gratuitement…N’est-ce pas mes chers lecteurs ? Pour plus de détail voir le Cha’ar Avodat HaElokim dans ‘Hovoth Halevavoth. Un Midrach enseigne que Moché a prié 515 Tefiloth afin de monter au pays que les Yeux de Hachem scrutent depuis le début de l’année jusqu’à la fin (515 est la valeur numérique du mot « Vaét’hanan »). Cependant il sera finalement débouté. On apprend de cet épisode que parfois les portes des cieux sont fermées… Cependant Moché Rabénou ne faiblira pas même après avoir essuyé ce refus. En effet, à la fin de la paracha de Massei il est indiqué une Mitsva particulière de construire des villes de refuges. Il en existait trois du côté Est du Jourdain, la Jordanie actuelle et trois en Terre sainte. Et les Sages dévoilent que tant que les villes en Terre sainte n’étaient pas inaugurées, les villes de l’autre côté du Jourdain n’avaient pas la capacité de protéger le meurtrier par inadvertance – voir mon développement des semaines précédentes. Si on avait été à la place de notre saint Maitre, on aurait très bien pu « mettre la clef sous la porte » et ne pas construire ces villes de refuge au-delà du Jourdain car, à quoi bon ? Seulement Moché Rabénou n’est pas du même calibre, excusez-moi pour l’expression et surtout de nous comparer un tant soit peu avec le plus grand des prophètes de tous les temps… et même s’il sait que les dés sont jetés qu’il ne pourra pas entrer en Israël, il fera tout pour accomplir les commandements et même une moitié de commandement… Voir Or Ha’haim siman 472 dans le Cha’ar Techouva.

A la fin de la lecture de la Tora on lira dans la Haftara un passage de la prophétie de Isaïe qui commence par ces mots : « Na’hamou, na’hamou ‘ami… Consolez, consolez-vous Mon peuple, dit Hachem… ». Il s’agit d’une prophétie qui vient donner la consolation au peuple qui part en exil et cela nous apprend que malgré la catastrophe de la destruction du Sanctuaire, Hachem ne S’est pas détaché entièrement de son peuple et n’a pas choisi une autre peuplade comme les latins de Rome ni même les Indiens d’Amérique…. Dans la suite, il est marqué  » la végétation se fane, les plantes se dessèchent car le vent (chaud) de D’ souffle et détruit toute cette verdure… ». C’est le symbole de la dureté de l’exil : la peine encourue pour s’être détourné de la Voix de D’. Cependant il est aussi marqué dans cette même prophétie : « Parler au cœur de Jérusalem… ». Le rav Gamliel Rabinovitch chlita explique que la dureté de l’exil vient pour réveiller notre cœur ! Lorsque le prophète énonce la destruction et la désolation symbolisé par le soleil torride qui dessèche et fait mourir toutes les plantes c’est un gage afin d’arriver au « Cœur de Jérusalem ». Car l’affliction de l’exil est LA manière dont Hachem S’y prend pour que la parole de D’ rentre dans le cœur de Son peuple. On accèdera à la repentance lorsque le cœur de l’homme sera touché. Lorsque l’on atteint les sentiments de l’homme et pas son intellect on arrivera à un véritable repentir et ainsi on accèdera à la consolation.

LE SIPPOUR

Être rescapé et garder le sourire…

Cette semaine nous sommes à peine sortie du Ticha Beav et ce Chabbath s’appelle Chabbath – Na’hamou/ la consolation donc j’ai choisi de vous proposer un sippour assez impressionnant dans le même esprit…

Le rav Chlomo Braverman (rav/conférencier) de Bené Braq rapporte ces faits vrais. Une fois il s’est rendu dans un Beth Hamidrach (de la Hassidout Belz) et il vit un vieil homme à l’étude. Seulement cet homme fréquemment demandait au rav Braverman « apporte-moi un livre… », ce dernier s’exécutait (comme la Tora l’indique « devant la vieillesse lève-toi ») et à chaque fois l’ancien avait toujours un bon mot en gage de remerciement comme : « Je te souhaite que tu arrives toi aussi à mon âge et que tu demandes à d’autres de t’aider.. », c’était dit en Yiddish savoureux et à chaque fois les gens autour d’eux rigolaient de son humour. Le rav Chelomo était impressionné par la légèreté que dégageait ce vieil homme (il avait 90 ans passé) et il s’enquerra auprès d’autres de l’identité du personnage. On lui dit qu’il s’agissait de reb Léïzer/Eliezer Lévinguer une figure du Beth Hamidrach qui a toujours le sourire et une bonne blague à la bouche alors que c’est un ancien rescapé. De plus après la sortie des camps il est devenu un élève du rav de Klozenbourg zekhouto yaguen ‘alénou.

Reb Chelomo s’approcha de l’ancien et lui demanda : « Est-ce vrai que tu es rescapé de la guerre ? » Il répondit par l’affirmative. « Et qu’en est-il de tes proches ? » Il répondit : « Je suis arrivé à Auschwitz avec ma famille et ils ont tous été envoyés dans les fours crématoires lors de la sélection faite par le docteur Manguelé yima’h chemo (ndlr juste à écrire ces lignes je pense que cela devrait faire réfléchir à deux fois les âmes perdues de la communauté qui veulent terminer leur passage sur terre dans un crématoire pour finir sous l’arbre d’une belle forêt (les cendres dispersées par le vent) quelque part dans la région parisienne alors qu’à la fin de la cérémonie très émouvante, n’est-ce pas, un chien perdu vienne faire ses besoins juste à l’endroit des traces qu’a laissé le carbone, tant qu’à faire…). Mais revenons à nos moutons. Rav Chelomo lui demanda : « Et comment as-tu trouvé grâce auprès de ce mécréant (qui ne t’as pas envoyé à la mort dans les fours) » ? (Or, reb Léizer est petit de taille et pour survivre à la sélection il fallait être de belle allure (grand) pour mériter de travailler pour le 3ème Reich..). Reb Leizer : « Pour te répondre, il faut que je te raconte ma longue histoire…

Avant la guerre nous habitions à Vienne, la capitale de l’Autriche. Dans le passé mon père était riche. Seulement avec le temps il perdit une partie de sa fortune mais les gens autour de nous ne le savaient pas. Une fois est venue à la maison une connaissance qui lui demanda un prêt d’argent. Mon père n’avait pas les moyens, il déclina l’offre. Toutefois ce dernier le supplia. Finalement il accepta, mais mon père lui dit qu’il devait préparer la Bar Mitsva de son fils (c’était moi) et cet argent il l’avait mis de côté pour cela. L’emprunteur lui dit qu’il pouvait compter sur lui pour le rembourser à l’heure. Au final l’homme prit l’argent et nous n’avons plus jamais eu de ses nouvelles. Les mois passèrent et la date de ma Bar Mitsva s’approchait et mon père n’avait toujours pas de retour. Cette attente était très pénible pour la maison, mais quoi faire ? Au final mon père a dû emprunter de l’argent pour payer les frais de la cérémonie. Après ma Bar-Mitsva nous avons revu l’emprunteur dans le quartier seulement à chaque fois qu’on s’approchait, il changeait de trottoir, plus encore, il changea de synagogue et de communauté… Mes grands frères étaient très énervés contre lui, il voulait se rendre chez lui pour lui réclamer le prêt mais notre père refusait de tels agissements ; il nous répétait sans arrêt : ‘Juge ton prochain du bon côté… Ne juge pas ton ami jusqu’à ce que tu sois à sa place’ (Pirké Avoth), etc… Notre père ne voulait pas utiliser la main forte et au final mes frères n’ont rien dit.

Puis arriva l’Anschluss/l’invasion des nazis en Autriche qui ont été reçu par des bouquets de fleurs de la part de la population locale. A leur arrivée, la communauté s’est cloîtrée chez elle. Mon père décida qu’on devait fuir au plus tôt se réfugier en Hongrie chez nos grands-parents. Pour se faire, il contacta un passeur en se faisant passer pour une famille non-juive. Pour l’occasion il cacha tout signe extérieur de judaïsme (la barbe et les payess/papillotes). Et le soir de la fuite, nous étions plongés dans la peur dans l’attente du passeur. Puis nous entendîmes des coups répétés à la porte, mon père me dit d’aller ouvrir. Avec la peur au ventre, j’ouvris la porte : il s’agissait en fait de l’ancien emprunteur qui demandait à voir mon père. J’appelais mon père tandis que j’étais à côté de la porte et j’entendais leur conversation. L’ancien emprunteur très tendu dit : « Je te demande pardon ! Pardonne-moi pour mon comportement. Toutes ces dernières années je me suis mal comporté vis à vis de toi en faisant comme si je ne te connaissais pas. La vérité est que je suis parti en dehors du pays pour tenter ma chance mais je suis rentré au pays avec moins de sous encore que lorsque je suis parti. Je ne savais plus quoi faire c’est pourquoi j’ai fait comme celui qui ne te connaissait pas. Vois-tu, je suis couturier de métier et dernièrement un officier de l’armé m’a commandé un superbe manteau fourré. Or il n’est jamais venu le chercher (et ne me l’a pas payé) et je sais que ce soir vous prenez la fuite. Je veux te donner ce manteau en titre de début de remboursement. Je sais que le prêt est plus important que sa valeur mais c’est un début de paiement. Je pense que ce manteau pourra t’aider en temps de guerre et de grand froid. Mon père prit le long manteau fourré dans les mains et dit : « C’est bon, je considère que tu ne me dois plus rien, avec ce manteau tu as remboursé ta dette ». L’homme était soulagé et sortit de la maison. Cette même nuit (plus tard) est venu le passeur qui nous fera passer la frontière et arrivé en Hongrie j’ai étudié dans la Yechiva de la ville de Papa (sic) nom d’une ville ou d’une Hassidouth.

Seulement en 1944 les allemands ont envahi la Hongrie et ont déporté toutes les familles juives (j’avais alors 16 ans). Dans le convoi du train mon père tenait avec lui le précieux manteau et chacun de nous portions différents paquets aux bras. A l’arrivée à Auschwitz les allemands hurlaient en disant de jeter au sol tous les sacs et les valises. Mon père gardait précieusement le manteau à la main tandis que la foule terrifiée se dirigeait vers l’entrée du camp. Puis un autre allemand s’est tenu devant mon père avec cette fois un pistolet pointé sur lui en criant de jeter le paquet (le manteau) sinon il serait tué. Mon père ne perdit pas son sang-froid, me fit signe de m’approcher et me dit de mettre le lourd et long vêtement (nous étions en pleine été 44, il faisait chaud et moi j’étais petit de taille… dans ce long manteau je ressemblais à un chat dans des grosses bottes) mais comme mon père m’ordonnait de le mettre je m’exécutais. Au loin on pouvait voir et entendre l’ange de la mort (Manguelé) qui criait « Rechst-Rechst/Links-Links » : « Droite/gauche ». A l’époque nous ne savions pas la signification de ces directions, mais la gauche c’était la mort immédiate dans les fours crématoires (ndlr prière de revoir ma première digression..) tandis que la droite c’était vers le camp de travail (avec ses conditions inhumaines mais au moins nous étions pour l’instant en vie). Lentement nous nous approchions du Racha/mécréant qui disait Links/Links… à toute ma famille puis est arrivé mon tour il commença à dire « Lin… » et s’arrêta (il n’avait pas fini son mot) : il dévisageait mon manteau fourré, et devait se dire qu’un jeune comme moi devait être de grande valeur pour avoir un si beau vêtement et que je serais utile pour le 3ème Reich. Le Racha se ravisa et dit « Rechst !« . J’ai donc pris la droite vers les camps de travail et j’ai travaillé à la cuisine… Tu ne peux pas savoir ce que signifiait « le travail » en cuisine à Auschwitz… Je suis le seul qui a survécut de toute ma famille. Après la guerre je suis monté en Erets et j’ai fondé Baroukh Hachem une grande famille tous investis dans la Tora et la crainte du Ciel. Tout cela je le dois par le mérite de mon père qui ne s’est pas emporté contre le mauvais emprunteur car s’il l’avait fait, jamais il nous aurait donné ce manteau… » Fin de l’histoire vécue dans la chair de reb Leïzer. Et c’est certainement pour cela qu’il a su garder le sourire sur son visage bien longtemps après la guerre jusqu’à ces derniers jours (passé 90ans). Tihié nichmato tsrora bitrsor ha’haim.

Chabbat Chalom et à la semaine prochaine, si D’ le veut.

David Gold

Tél : 00972 55 677 87 47

Email :

La refoua cheléma de Mordechai Zéév ben Yvonne parmi les malades du Clall Israël.

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