A quoi « joue » Al-Jazeera avec ses journalistes à Gaza ?

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L’information est inquiétante et nous n’avons pas obtenu de démenti de la part de la chaîne qatarie que nous avons interrogée. Al Jazeera aurait résilié brutalement les contrats de nombre de ses journalistes et collaborateurs palestiniens à Gaza, soit 24 journalistes qui n’ont pas démérité !

Ces journalistes ont fourni à Al Jazeera des images et des entretiens exclusifs durant les pires moments du génocide. Aujourd’hui, Al Jazeera les écarte ?

« Al Jazeera a mis fin aux contrats de 24 journalistes qu’il employait à Gaza, rompant ainsi des promesses antérieures de sécurité de l’emploi au sein de la chaîne. Selon des informations en provenance de Gaza, le versement des salaires de ces journalistes a été interrompu et ils ont été renvoyés vers une société privée baptisée « Media » ; ils y seraient rémunérés à la tâche, sans contrat à durée indéterminée, sans assurance ni protection sociale clairement définie », rapporte la journaliste canadienne Eva Karene Bartlett.

« Cette décision intervient alors que nombre de ces journalistes licenciés ont, durant des années, risqué leur vie pour documenter et filmer les crimes commis par Israël contre les Palestiniens de Gaza. Plus de 260 journalistes ont été tués par Israël depuis octobre 2023, rappelle-t-on. En réalité, sans leurs images et leurs reportages, Al Jazeera n’aurait pu produire ses propres sujets d’actualité ni en tirer profit financièrement », écrit la journaliste, qui a vécu à Gaza (À Gaza, elle a documenté les massacres israéliens de 2008-2009 et 2012), comme en Cisjordanie, et qui suit la situation au Moyen-Orient.

 « L’un de ces journalistes concerné, indique-t-elle, est le caméraman Mahmoud Shalha, qui travaillait aux côtés d’Anas al-Sharif, journaliste célèbre et très apprécié. Ensemble, ils ont courageusement couvert les bombardements israéliens incessants dans le nord de la bande de Gaza. Anas al-Sharif et cinq autres journalistes ont été tués lorsqu’Israël a pris pour cible la tente des journalistes d’Al Jazeera, située dans l’enceinte de l’hôpital Al-Shifa, le 10 août 2025.

Il a évoqué son licenciement brutal par Al Jazeera en ces termes : « À tout moment, j’aurais pu mourir en martyr alors que je couvrais les événements et filmais des images pour transmettre la vérité au monde. Mais aujourd’hui, je me retrouve — non sans regret — évincé de la chaîne Al Jazeera, sans le moindre avertissement préalable. Depuis le début de la guerre, j’ai travaillé comme caméraman aux côtés d’Anas al-Sharif, correspondant d’Al Jazeera tombé en martyr, puis avec Anas al-Sharif et Muhammad Qurayqea — eux aussi martyrs — après la blessure de notre collègue Fadi al-Wahidi ; j’ai poursuivi ma mission pour la chaîne après leur mort, malgré les risques et les conditions éprouvantes. » Sa publication souligne que ce travail représentait une mission à laquelle il croyait profondément, tout en constituant son unique source de revenus pour subvenir aux besoins de sa famille. « Pourtant, un simple appel téléphonique de moins de quinze secondes a suffi à tout arrêter. La direction d’Al Jazeera m’a informé de la fin de mon contrat sans fournir d’explication, sans préavis, sans versement de mes indemnités, et sans même un seul mot de remerciement. »

« Ces journalistes ont vécu la guerre dans les moindres détails, ont fait face à des menaces, ont vu leurs photos figurer sur des listes de personnes recherchées et ont été séparés de leurs familles et de leurs enfants par peur d’être pris pour cible ; pourtant, ils ont choisi de rester sur le terrain et de continuer à dire la vérité, quel qu’en soit le prix. »

Le journaliste palestinien Ismail Al Ghoul, correspondant d’Al Jazeera, assassiné par Israël, ainsi que son équipe, le 31 juillet 2024,dans le camp d’Al-Shati, à Gaza-ville

Le Syndicat des journalistes palestiniens a appelé Al Jazeera à reconsidérer le licenciement des journalistes et du personnel sous contrat travaillant pour Al Jazeera Mubasher (en direct) dans la bande de Gaza. Il a indiqué avoir reçu une plainte de la part des journalistes et employés concernés, qui contestent la résiliation de leurs contrats et leur transfert vers une entreprise médiatique privée. 

« Les organisations médiatiques, souligne le syndicat, quelle que soit leur envergure, ont la responsabilité professionnelle et éthique d’honorer leurs engagements envers leurs employés et de gérer les changements contractuels ou administratifs de manière équitable et transparente »

Témoignage De Tamer Nahed, Journaliste à Gaza :

TRADUCTION : AlJazeera à Gaza licencie certains des journalistes les plus importants et les plus éminents qui ont porté la responsabilité de transmettre la vérité tout au long des mois de guerre, d’une manière humiliante qui ne reflète pas les sacrifices qu’ils ont faits. Ces journalistes se sont tenus en première ligne sous les bombardements, montrant au monde les moments les plus difficiles et travaillant dans des conditions qu’aucune personne n’aurait pu imaginer. Après tout cela, la fin est venue par un court appel téléphonique leur disant qu’ils ne faisaient plus partie du travail, comme si tout ce qu’ils ont enduré, leur peur, leur douleur et leurs sacrifices pouvaient être effacés en quelques secondes. Parmi eux se trouve le journaliste Mahmoud Shalha, le seul survivant de l’attaque contre la tente des journalistes dans laquelle le journaliste Anas Al-Sharif et plusieurs de ses collègues ont été tués. Ces journalistes ont vécu chaque détail de la guerre, ont fait face à des menaces, ont vu leurs photos placées sur des listes de personnes recherchées, et ont été séparés de leurs familles et de leurs enfants par peur d’être ciblés, pourtant ils ont choisi de rester sur le terrain et de continuer à raconter la vérité, quel qu’en soit le coût. Ils n’étaient pas de simples employés derrière des caméras ; ils étaient des témoins de l’une des guerres les plus brutales, portant leurs vies entre leurs mains à chaque reportage, sachant qu’un missile pouvait les atteindre à tout moment. Ces journalistes ne méritent pas que des années de courage et de sacrifice soient réduites à cela. Ils méritaient de la reconnaissance, de la loyauté et du respect, et non de l’humiliation et une fin qui ignore tout ce qu’ils ont donné.

CAPJPO-Europalestine

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