J’apprends à l’instant le décès de mon ami Maurice Ruben Hayoun. Son départ inattendu est un véritable choc et une immense tristesse. Je perd un homme que j’appréciais profondément.
Baroukh dayan Ha-Emet.
J’ai connu Maurice Ruben Hayoun en 1980. À l’époque, nous étions ensemble dans l’équipe d’AVEC pour la reconquête du Consistoire israélite de Paris, afin de tenter d’enrayer les dérives de ces années-là.
Cette équipe était dirigée par Moïse Cohen, Za’’l, et Roger Pinto, Za’’l. Elle était constituée de militants communautaires de longue date. Parmi ses membres figuraient Maurice Allouche, Za’’l, qui fut un temps trésorier du Consistoire et qui avait réussi à rétablir les comptes de l’institution ; Lazare Kaplan, Za’’l, fils du Grand Rabbin Kaplan ; Max Bokobza, Za’’l, président à l’époque de la communauté de Sarcelles, alors à son zénith ; ainsi que bien d’autres militants, dont Maurice Ruben Hayoun.
Nous n’avions pas, à l’époque, de lien très particulier. Mais lors de la création de JForum, Maurice Ruben s’était rapproché de moi pour la publication de ses textes, qu’il avait l’amabilité de nous adresser. Depuis près de seize années, nous avons veillé à leur parution, reflets d’une pensée brillante et d’une analyse pointue de la situation. Cette analyse était toujours fondée sur des références universitaires et des sources juives.
Maurice Ruben a toujours cherché à faire la synthèse de ces deux sources. Dans son dernier livre, Aux racines de la pensée occidentale, qu’il avait eu la gentillesse de m’adresser, il affirmait la prééminence de la pensée juive comme source du savoir premier.
Cette vision du monde de la connaissance, il a toujours eu à cœur de la partager avec le plus grand nombre, et pas uniquement avec les membres de la communauté. Le savoir, dans sa dimension universelle, devait — et doit — être partagé universellement. C’est ce qu’il a fait durant toute sa vie : prêcher la connaissance, celle qui fonde les sociétés civilisées sur la base d’un savoir qui ne nie ni Dieu ni les hommes.
Nous sommes très fiers d’avoir été à ses côtés durant toutes ces années de combat. Nous conservons précieusement ses textes, qui constituent un héritage vivant.
La tradition juive utilise une formule quelque peu mystérieuse :
תהא נשמתו צרורה בצרור החיים,
que l’on trouve sous forme d’abréviation תנצב״ה. Dans le cas de Maurice Ruben Hayoun, le doute n’est pas permis. Comme le dit cette phrase :
« Que son âme — que Dieu lui a donnée — soit à jamais liée au faisceau des vivants, auprès de Dieu. »
À Moshé Ruben Hayoun, Za »ל, nous gardons le souvenir ému de votre infinie gentillesse. Vous demeurez, pour nous, l’exemple d’un homme profondément civilisé.
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