Tuerie de Chevaline : L’arme repêchée dans le lac d’Annecy pourrait-elle enfin faire avancer l’enquête ?

Quatorze ans après le drame, l’enquête sur la tuerie de Chevaline est-elle sur le point de connaître une avancée décisive ? Une arme à feu a été découverte le 20 août dernier par des touristes britanniques dans les eaux du lac d’Annecy (Haute-Savoie), à proximité de la commune de Chevaline. Une trouvaille qui a suscité l’intérêt immédiat du pôle « cold case » de Nanterre. Les investigations visent à déterminer s’il s’agit du Luger P06 utilisé le 5 septembre 2012 pour abattre Saad al-Hilli, son épouse, sa belle-mère et le cycliste Sylvain Mollier.

Pour rappel, les corps de trois membres de cette famille britannique et celui du cycliste ont été découverts criblés de balles près de leur véhicule, stationné sur un chemin forestier. Leurs deux petites filles ont survécu au carnage : l’aînée, grièvement blessée à la tête, et la cadette, restée prostrée huit heures sous le corps de sa mère. Au point mort, cet épineux dossier a été transféré en 2022 à la juridiction spécialisée de Nanterre dans l’espoir d’un nouvel élan.

Le couperet du calibre et de la crosse

Les premiers examens s’annoncent déterminants. L’enjeu prioritaire consiste à vérifier le calibre de l’objet. « Même si elle est rouillée, [les experts vont] vite voir si c’est le bon », décrypte Jacques Dallest, ancien procureur général à Chambéry, qui évoque ce dossier dans son dernier livre Mémoire criminelle, les confidences d’un magistrat*. Si les munitions ne correspondent pas, la piste se refermera instantanément : « Ce n’est pas la peine d’aller plus loin car ce n’est pas l’arme du crime. »

Dans le cas contraire, un détail matériel précis pourrait sceller l’identification du pistolet. Lors des constatations initiales en 2012, les gendarmes avaient prélevé un fragment sur la scène de crime. « À Chevaline, [les techniciens ont] retrouvé une plaquette en bois, qui se trouve sur les crosses des armes. [L’expertise dira] vite si elle manque sur l’arme retrouvée dans le lac d’Annecy », ajoute le magistrat.

Faire parler la pièce à conviction

Si la compatibilité se confirme, le travail balistique s’intensifiera. L’examen du canon permettra de vérifier si ce dernier a tiré les projectiles retrouvés sur la scène de crime. Les experts traqueront également le numéro de série. Ce dernier « a peut-être été limé », relève Jacques Dallest, ajoutant que « si ce n’est pas le cas », cette inscription permettra de « savoir quand l’arme a été produite, quand est-ce qu’elle a été fabriquée ».

Quid de l’ADN et des empreintes digitales après un si long séjour dans le lac ? Si une recherche en surface risque de ne rien donner, une autre piste existe à l’intérieur du mécanisme. Lors d’un dossier que Jacques Dallest a eu à traiter au cours de sa carrière, le démontage intégral d’une arme immergée avait permis aux enquêteurs de découvrir de la graisse interne renfermant encore de l’ADN humain exploitable.

L’hypothèse du tueur de type « survivaliste »

Cette potentielle avancée ravive le débat sur le profil du tireur, alors que l’enquête est restée sans témoin ni portrait-robot. L’hypothèse d’un contrat professionnel missionné pour exécuter la famille britannique se heurte aux éléments concrets du dossier. L’usage d’une arme ancienne dans un lieu isolé et le fait que l’assaillant ait manqué les deux fillettes de la famille al-Hilli fragilisent fortement cette thèse.

« Ce n’est pas un crime exécuté par un tueur à gages qui serait venu dans cet endroit improbable pour exécuter une famille », souligne Jacques Dallest, qui privilégie un crime d’opportunité perpétré par « un fou, un survivaliste, un passionné d’armes de guerre qui a rafalé tout le monde ». Une absence de mobile rationnel qui complique singulièrement les investigations face à un suspect « qui n’a jamais fait parler de lui […] et qui n’en a jamais parlé à personne ».

Enfin, si l’expertise écarte tout lien avec la tuerie de Chevaline, le parquet d’Annecy récupérera le dossier de l’arme. Une pièce jetée à l’eau dissimule souvent une origine frauduleuse ou un autre acte criminel que les enquêteurs locaux s’attacheront alors à retracer.

* « Mémoire criminelle, les confidences d’un magistrat », à paraître le 13 août aux éditions Mareuil, 22 euros

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