L’antisionisme, la dernière utopie qui reste au militant d’aujourd’hui
[BLOG You Will Never Hate Alone] Le militant a besoin d’une cause pour exister. La défense légitime du peuple palestinien quand elle verse dans l’antisionisme est une cause bien trop teintée d’arrière-pensées nauséabondes pour ne pas être dénoncée.
Souvent, l’être humain s’ennuie. Son existence ne le satisfait pas, elle s’abîme dans la routine. Son travail l’exaspère. La vie en société ne lui procure aucun plaisir, le monde le dépasse, et pris en tenaille entre obligations professionnelles et familiales, il sent sa vie lui échapper. Son monde intérieur n’est pas assez construit pour pallier ce désenchantement, il manque de profondeur, de richesse, d’épaisseur. Alors, à la recherche d’un but qui lui ferait oublier la médiocrité de son existence, désireux de trouver manière à exalter, il se lance dans une quête éperdue de reconnaissance.
Cette reconnaissance, ce besoin presque pathologique de se sentir exister, il va le trouver soit dans la religion, soit dans le militantisme, cette forme d’engagement qui en exclut tout autre et fournit un cadre bien précis où s’épanouir entièrement. Une cause à défendre, voilà ce que cherche l’être humain quand sa vie manque singulièrement de relief. Ce n’est pas un appel de l’âme, encore moins une vocation, auquel cas elle mérite tous les éloges, mais quelque chose de plus fétide, une sorte d’effacement volontaire où l’individu s’oublie pour mieux renaître sous la forme d’un engagement qui ne peut être que total et définitif.
Voilà pourquoi souvent le militant est si sérieux, si appliqué, si obtus aussi. La défense de sa cause est si enracinée en lui, elle lui est si vitale, qu’elle ne tolère aucun manquement, aucun relâchement. Le militant ne peut pas vivre sans cause à défendre. Il lui faut toujours en trouver une, sans quoi il s’éteint. Le XXe siècle fut le siècle du militantisme par excellence. Son bruit et sa fureur a attiré des millions et des millions d’entre eux qui ont tout sacrifié au triomphe d’une cause censée incarner une espérance capable de changer le cours du monde, le communisme comme le nazisme ou le maoïsme. Avec les résultats qu’on connaît.
On ne combat pas l’antisémitisme avec des lois, mais par l’éducation
De nos jours, les causes se font plus rares, plus discrètes. Les combats politiques ont perdu de leur ardeur. Les idéologies ont cessé d’enflammer les passions humaines, elles sont rentrées dans le rang, laissant derrière elles des bataillons de militants désœuvrés. Les révolutions ont échoué, les fascismes se sont partiellement éteints, la loi du marché a tout recouvert, les imaginaires comme les envolées collectives.
Mais dans cet effacement de la pensée politique, il subsiste encore une cause, une seule, qui permette au militant de sentir son âme renaître à la vie, une cause d’autant plus magnifique qu’elle semble à elle seule embrasser toutes les autres causes, la défense de l’opprimé, la dénonciation de l’oppresseur, d’un régime sans foi ni loi prêt à tout pour étendre son empire colonial; cette cause, c’est la cause palestinienne avec son corollaire inévitable, l’antisionisme devenu le réceptable des passions les plus folles.
A titre personnel, je suis probablement propalestinien. J’entends que l’aspiration de ce peuple à posséder un État bien à lui me semble relever tout autant de l’évidence que de la nécessité. Tout comme il convient d’assurer aux Juifs du monde entier un morceau de terre où ils puissent vivre dans la paix et dans la sécurité. Ce discours, qui est pourtant un discours de raison, est devenu aujourd’hui inaudible, phagocyté par une bande d’excités pour qui Israël se doit de représenter et d’incarner l’image du mal absolu.
On ne s’habitue jamais à l’antisémitisme et à sa violence
Il faut les voir ces militants qui ne sont ni palestiniens, ni musulmans, ni arabes, ni juifs, vociférer bêtement l’accusation de génocide comme si leur vie en dépendait. Ou de les voir défiler en ordre serré, adoptant la démarche ardente de ceux qui ont vu la vérité en face et sont chargés de la transmettre au monde. Il y a chez eux comme un fanatisme, un absolutisme qui glace le sang. Ceux qui pendant la Terreur demandaient de voir des têtes tomber devaient avoir la même fièvre, le même regard, cette sorte d’exaltation mystique où suintent par tous les pores de la peau les folies des passions humaines quand elles ne connaissent plus de limites.
Plus le crime perpétré est présenté sous un jour odieux et plus le militant de base trouvera de quoi étancher sa soif d’absolu.
L’accusation fabuleusement tronquée de génocide est de celles qui auprès d’esprits faibles et surtout ignorants, infiniment ignorants, suscitent le plus d’engouement. Plus le crime perpétré est présenté sous un jour odieux et plus le militant de base trouvera de quoi étancher sa soif d’absolu. Dans la mesure où tout militantisme est aussi une forme de narcissisme, une manière de se considérer soi-même, en dehors de tout critère objectif, sous une lumière des plus avenantes, il s’épanouira d’autant plus que la cause à défendre s’apparente à l’antique combat du bien contre le mal.
Et quand à tout cela, vous rajoutez que l’un des protagonistes a eu à souffrir tout au long de son histoire des exactions les plus cruelles sans jamais être défendu, lorsqu’il est lui-même l’enfant du pire des génocides possibles, le fait même de le voir se livrer à des comportements extrêmes s’apparente à une monstruosité, un outrage qui balaie tout sur son passage, la raison comme la capacité de garder intactes ses facultés de discernement.
e qui n’exclut en rien la critique nécessaire du gouvernement israélien quand il s’égare dans les vapeurs d’un racisme d’État. Quand il laisse les colons, ce cancer de la société israélienne, terroriser des Palestiniens sans défense. Quand il ferme les yeux sur des crimes de sang. Quand il se comporte avec une désinvolture qui tourne à l’écoeurement. Autant de crimes à dénoncer sans pour autant recourir à un vocabulaire empreint à l’imaginaire nazi. C’est à partir de cet instant que l’antisionisme devient un antisémitisme. Quand il cherche à prêter aux victimes d’hier les traits de bourreaux de ceux qui les ont persécutées.
L’antisionisme est la dernière des causes. Dans tous les sens du terme.
L’antisionisme est une maladie de l’âme. Il trouve ses racines dans les profondeurs les plus sombres de l’être humain. Il ne prétend pas œuvrer à une solution pacifique mais à envenimer les esprits pour permettre à la haine de s’exprimer sans retenue. Il prospère sur les sentiers désolés de l’ignorance, ces terres arides où rien n’a jamais poussé sinon les champs fertiles de la confusion et de l’approximation. Il est vénéneux parce qu’il est agité par des esprits éclairés qui entendent se servir des Juifs pour mieux asseoir leur pouvoir. Il est la répétition des obsessions du passé quand le Juif servait d’exutoire aux mécontentements des peuples bousculés par les grandes convulsions de l’histoire.
L’antisionisme est la dernière des causes. Dans tous les sens du terme.

Par Laurent Sagalovitsch
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