Pour retrouver leurs traces et constituer une banque de cibles, les agents de Nili recourent à une analyse massive de données. Ils exploitent les vidéos enregistrées par les assaillants, ou les photos qu’ils ont prises fièrement pour illustrer leurs «faits d’armes», avant de les diffuser imprudemment sur les réseaux sociaux. Le dernier cri des logiciels de reconnaissance faciale, de géolocalisation, d’interception des communications téléphoniques sont utilisés, de même que les informations soutirées lors des interrogatoires de détenus faits prisonniers, qui doivent être jugés ultérieurement par des tribunaux militaires spéciaux.
Méthode expéditive
Sont ainsi visés tous ceux qui ont enfoncé la clôture électronique censée protéger le territoire israélien, à l’aide de camions, de bulldozers, de pelleteuses, avant de s’attaquer à des positions de l’armée, à des habitants de localités israéliennes jouxtant la bande de Gaza, et de semer la mort parmi les participants à un festival de musique qui se tenait ce jour-là. Des Palestiniens, qui ne se sont pas infiltrés en Israël, se trouvent également dans le collimateur des services israéliens, s’ils ont participé à la détention et parfois aux meurtres d’otages.
Les chefs et les membres du groupe d’élite du Hamas, la «Force Nukhba», sont recherchés en priorité. Les responsables politiques du Hamas ayant donné le feu vert à l’opération, ou aidé à son financement, vivant à l’étranger, notamment en Turquie et au Qatar, sont aussi des cibles potentielles, même si, pour le moment, ce genre d’élimination n’est pas d’actualité pour des raisons diplomatiques, en raison surtout de pressions américaines qui veulent éviter une escalade.
La mission est considérée à ce point importante que le gouvernement de Benyamin Netanyahou a refusé de s’engager à respecter un gel des éliminations ciblées. Israël a accepté depuis plus d’une semaine de ne plus recourir à cette méthode expéditive contre des Palestiniens non impliqués dans les tueries du 7 octobre. Dans ce cas également, le Premier ministre a cédé aux exigences des États-Unis, qui veulent donner une chance à un plan de paix dans la bande de Gaza parrainé par Donald Trump, prévoyant une trêve de ce genre d’opérations. Mais plusieurs médias israéliens ont révélé que cette pause n’est que partielle. Elle ne concerne pas les Palestiniens recherchés pour les massacres du 7 octobre.
Comme le souligne un responsable du ministère israélien de la Défense, «les terroristes ne paient rien pour attendre, cela prendra sans doute du temps, mais nous les éliminerons». Il assure qu’il faut «au moins deux éléments de preuve», sans donner d’autre précision, avant que le feu vert soit donné pour tuer un suspect. Difficile de savoir si ce genre de «précaution» est suffisante pour éviter des victimes collatérales.
Au début du mois, une vingtaine de Palestiniens de la bande de Gaza ont été tués par l’aviation israélienne et par des tirs d’artillerie, dont plusieurs enfants, selon le ministère de la Santé du Hamas. Une partie de ces attaques ont visé des Palestiniens figurant sur la liste des éliminations dressée par Nili.
Cette chasse à l’homme rappelle l’opération surnommée «Colère de dieu», lancée par le Mossad en 1972 pendant plus de 20 ans pour éliminer les auteurs et complices du meurtre de 11 athlètes israéliens par «Septembre noir», un groupe lié à l’Organisation de la Palestine (OLP) dirigé à l’époque par Yasser Arafat, lors des Jeux Olympiques de Munich. Une douzaine de Palestiniens et de ressortissants de pays arabes ont été assassinés, dont quatre à Paris et d’autres à Rome, Nicosie, Athènes, Beyrouth et Tunis. Mais cette traque a été marquée par une «bavure», lorsqu’un serveur d’origine marocaine a été tué par erreur en Norvège, en raison de sa ressemblance avec un suspect palestinien. Le fiasco a été complet avec l’arrestation de deux agents du Mossad, qui ont été ensuite libérés au bout de quelques mois, à la suite de discrètes tractations.
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